Plus de 11 650 foyers du Nunavut devraient bénéficier d’un meilleur accès à Internet haute vitesse grâce à cet investissement fédéral, a indiqué le secrétaire d’État au Développement rural, Buckley Belanger.
Mené par Northwestel, le projet reposera sur la constellation de satellites en orbite basse de Télésat pour accroître la capacité et la fiabilité des services dans le Nord. Selon Brandon Cooper, directeur principal du marketing et des ventes au détail de l’entreprise, le projet prévoit l’installation d’une infrastructure de fibre optique directement dans les habitations et les entreprises du territoire.
Déjà déployée dans la plupart des communautés du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, où plus de 95 % des foyers ont accès à Internet haute vitesse, cette infrastructure sera combinée à des liaisons satellites en orbite basse, via Telesat Lightspeed, afin d’offrir une connexion performante et à faible latence adaptée aux réalités nordiques.
Une infrastructure adaptée au Nord
Le projet est actuellement en phase de préparation, alors que des consultations sont en cours avec les communautés pour en planifier les modalités de déploiement. Brandon Cooper précise que la construction s’échelonnera sur plusieurs années, de manière progressive. L’objectif est de rendre la technologie accessible dans les 25 collectivités du Nunavut d’ici l’automne 2028.
Pour y parvenir, Northwestel s’appuie sur la nouvelle génération de satellites de Télésat, une entreprise canadienne spécialisée dans les communications par satellite. Le gouvernement du Canada a d’ailleurs conclu une entente de 600 millions de dollars avec Télésat pour déployer cette technologie, notamment dans les régions nordiques et éloignées.
« Les Nunavummiut devraient disposer du même accès à des services Internet haute vitesse fiables que leurs concitoyens des autres régions du pays », affirme le secrétaire d’État au Développement rural, Buckley Bélanger.
Ce projet s’inscrit dans la Stratégie canadienne pour la connectivité, qui prévoit une enveloppe de 3,225 milliards de dollars pour brancher l’ensemble des foyers d’ici 2030.
Dans une réponse écrite, le ministère des Transports et de l’Infrastructure du Nunavut n’a pas été en mesure de préciser les impacts concrets de l’initiative pour les résidents, renvoyant plutôt vers le gouvernement fédéral et l’entreprise Northwestel.
Des répercussions dans les écoles
Au-delà des usages résidentiels et commerciaux, les limites du réseau ont des répercussions dans le milieu scolaire. Annie Larocque, directrice générale à la Commission scolaire francophone du Nunavut (CSFN), affirme que l’accès à Internet demeure une source constante de préoccupations.
« Les limites de forfaits entraînent une surveillance continue de l’utilisation afin d’éviter les dépassements, ce qui génère du stress pour le personnel et freine la réalisation de projets pédagogiques ambitieux. »
Elle ajoute que l’instabilité du réseau oblige les enseignants et les employés à prévoir systématiquement un plan B, compliquant l’organisation.
La directrice rappelle que les apprentissages ne doivent cependant pas reposer uniquement sur Internet, mais aussi sur les ressources et les réalités du territoire.
Une transformation amorcée
Sur le terrain, certaines technologies ont déjà transformé l’accès à Internet, notamment avec l’arrivée de services comme Starlink. Contrairement à ces offres utilisées directement par les consommateurs, le projet fédéral repose plutôt sur des infrastructures satellitaires fournies à des entreprises comme Northwestel.
Selon Graham Dickson, président d’Arctic Kingdom, ces avancées ont permis d’améliorer la vitesse et la flexibilité des connexions, y compris dans des zones très isolées. « Jusqu’à récemment, nous dépendions du service DSL de Northwestel, de Xplornet ainsi que d’autres comme Qiniq et Ice Wireless. Ces services fonctionnaient, mais restaient lents et moins fiables », explique-t-il
Il souligne toutefois que cette évolution s’accompagne de nouveaux défis. « Le Nord dépend maintenant fortement d’un seul fournisseur ».
Une dépendance qui inquiète
Cette situation ravive les inquiétudes liées à la concurrence dans le secteur des télécommunications nordiques. Adam Fiser, directeur par intérim de l’équipe des communautés autochtones et nordiques de Signal49, estime que la dépendance a un nombre limité de fournisseurs comporte certains risques, notamment en ce qui concerne les interruptions de service et les prix. L’arrivée de nouveaux concurrents ne suffira toutefois pas, à elle seule, à régler le problème. Selon lui, il s’agit de marchés de petite taille et à coûts élevés, où les opérateurs dépendent souvent d’infrastructures de base partagées et de financements publics.
Il ajoute que des options satellitaires telles que Starlink ou InukNET peuvent élargir l’accès dans certaines régions, sans constituer une solution complète. D’autres avenues, comme des financements dans des infrastructures de transport partagés, par exemple des liaisons de fibre optique sous-marines, pourraient selon lui hausser la performance de l’ensemble du réseau.
« Des progrès concrets sont plus susceptibles de découler d’investissements coordonnés permettant de réduire les coûts et d’améliorer la fiabilité à l’échelle du système », affirme Adam Fiser.
Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) soutient de son côté vouloir favoriser davantage la concurrence, notamment en facilitant l’accès au réseau de Northwestel pour d’autres fournisseurs.
L’organisation canadienne OpenMedia, qui milite pour un Internet plus accessible et ouvert à la concurrence, déplore que les financements publics dans les infrastructures Internet au Nunavut contribuent à renforcer un marché où l’offre reste limitée.
Matt Hatfield, directeur général d’OpenMedia, souligne que la réalité d’un territoire vaste et peu peuplé complique l’arrivée de nouveaux acteurs. Il évoque notamment des solutions comme un accès ouvert aux infrastructures financées par l’État ou la création d’un fournisseur public.
« Les retombées de cet appui devraient bénéficier aux citoyens du Nunavut, et non se traduire par une hausse des profits d’un monopole du secteur privé que le gouvernement contribue à créer ».