Derrière cette moyenne, l’étude de 2025 repose sur un panier de 24 produits de consommation courante, avec des comparaisons d’une communauté à l’autre. Ce panier ne reflète toutefois pas entièrement les habitudes d’achat de tous les ménages.
Cette nouvelle enquête marque un retour à la diffusion de données complètes sur les prix des aliments. Ces informations avaient bien été recueillies en 2021, mais n’ont jamais été publiées en raison de problèmes de capacité.
Le gouvernement indique que les résultats ne doivent pas être directement comparés à ceux de 2019 et qu’ils doivent être interprétés avec prudence, notamment en raison des perturbations des chaînes d’approvisionnement, de la hausse des frais de transport et des pressions inflationnistes observées ces dernières années.
À Iqaluit, le coût du panier atteint 200,43 $, légèrement supérieur à la moyenne territoriale de 198,75 $. Les produits non disponibles au moment de la collecte ont été exclus des calculs. Il s’agit d’une limite importante dans un territoire où l’accès aux aliments varie d’une communauté à l’autre.
Des écarts marqués entre les collectivités
Les écarts de prix demeurent marqués entre les régions, variant d’environ 165 $ à Resolute Bay et de plus de 237 $ à Taloyoak. Même à l’échelle du territoire, les différences persistent : le panier alimentaire s’élève en moyenne à 204,31 $ dans la région du Kitikmeot, contre 192,49 $ dans le Kivalliq, la région la moins dispendieuse.
Certains aliments de base, dont les bananes et le gruau, peuvent coûter jusqu’à deux fois plus cher qu’à Ottawa. Les produits frais figurent parmi les plus volatils : dans certaines communautés, un litre de lait peut dépasser 8 $. D’autres denrées atteignent aussi des prix très élevés, comme les barres de chocolat, qui peuvent grimper autour de 88 $ le kilogramme, et les tomates, près de 20 $ le kilogramme.
Si cette hausse s’inscrit dans un contexte plus large d’inflation alimentaire à l’échelle canadienne, elle est particulièrement accentuée au Nunavut par les réalités du transport.
Interrogé sur les écarts de prix relevés par l’étude, le ministère de la Famille du Nunavut indique ne pas être surpris, évoquant notamment les coûts d’acheminement et les limites de l’approvisionnement.
Le transport, un facteur déterminant
Les coûts de transport figurent parmi les principaux facteurs qui influencent les prix au Nunavut, en particulier pour les produits frais et périssables, explique Brigitte Burgoyne, directrice des communications chez North West Company.
Dans le sud du pays, ces coûts représentent une part relativement faible de la facture alimentaire alors qu’au Nunavut, ils deviennent un facteur déterminant. De nombreux produits doivent être acheminés par avion, ce qui est beaucoup plus coûteux et très sensibles aux variations du prix du carburant.
« Lorsque le coût du carburant augmente, l’effet se fait sentir rapidement et directement en magasin », précise Brigitte Burgoyne. Même une hausse modeste des frais de transport peut avoir un impact concret.
Le fret maritime joue également un rôle clé puisqu’il constitue la base de l’approvisionnement annuel dans plusieurs communautés, ce qui fait que certaines augmentations se répercutent sur l’ensemble de l’année.
Dans les collectivités desservies par avion, une augmentation de 5 % à 10 % des tarifs de fret peut représenter 20 à 50 cents de plus par livre, soit 2 à 5 dollars de plus pour un contenant de lait de 4 litres. Selon la North West Company, les répercussions sont immédiates et bien visibles pour les ménages.
L’entreprise mentionne également que les différences entre les communautés ne se limitent pas aux prix, mais se traduisent aussi par une variabilité marquée des conditions d’approvisionnement, souligne Brigitte Burgoyne.
Les localités davantage dépendantes du transport aérien font face à des livraisons moins fréquentes et plus sensibles aux aléas climatiques, ce qui entraîne des fluctuations plus prononcées dans la disponibilité des produits, notamment les denrées fraîches, tandis que celles qui bénéficient de volumes plus importants ou d’un ravitaillement plus régulier profitent d’une certaine stabilité.
Un impact direct sur les ménages
Ces données confirment une réalité bien connue sur le terrain. « L’insécurité alimentaire atteint un niveau sans précédent au Nunavut », observe Olivia Tagalik, directrice des communications à Ilitaqsiniq.
« Le coût élevé des aliments n’est pas qu’une statistique. C’est une situation que vivent les personnes qui participent à nos programmes chaque jour. Dans chaque communauté que nous servons, le besoin est visible et grandit » poursuit-elle.
Elle précise que le panier standard présenté dans l’étude ne reflète pas toujours les conditions de vie des ménages du territoire, souvent multigénérationnels ou surpeuplés, comptant de six à plus de dix personnes sous le même toit. « Les familles peuvent devoir acheter trois ou quatre fois cette quantité simplement pour passer la semaine », note-t-elle. Par exemple, quatre litres de lait peuvent être consommés en un à deux jours.
Au-delà du prix, elle insiste aussi sur les enjeux d’accès et de régularité de l’approvisionnement, qui forcent fréquemment les foyers à faire des choix difficiles. Le ministère de la Famille indique que ces données pourraient servir à appuyer des demandes de financement et à orienter certains programmes.