Après un mandat de cinq ans, Mary Simon quittera ses fonctions prochainement. Toute première femme inuk a avoir occupé cette fonction, la gouverneure générale du Canada avait essuyé, de très nombreuses critiques lors de sa nomination. En effet, originaire de Kangiqsualujjuaq au Nunavik, elle parle couramment l’anglais et l’inuktitut, mais pas le français.
Mary Simon s’était rendue à Iqaluit lors de la Fête du Nunavut, en juillet dernier.
Une nomination qui a soulevé des crispations chez les francophones
Dans son rapport annuel 2021-2022, Raymond Théberge, commissaire aux langues officielles, a rappelé que les Canadiens ont un attachement profond à la dualité linguistique. Suite à la nomination de Mme Simon au poste de gouverneure générale le 26 juillet 2021, 1346 plaintes avaient été déposées au Commissariat aux langues officielles, ce qui représente plus de 33 % des plaintes reçues cette année-là. M. Théberge avait déclaré que « les réactions vives du public à la nomination d’une gouverneure générale ne parlant pas français (…) font écho à ma réaction. En effet, la nomination de personnes qui ne maitrisent pas les deux langues officielles du Canada à des postes de leadeurship clé envoie un message aussi fort que négatif ». Les nominations de ce genre créent d’abord un fort sentiment d’injustice chez de nombreux francophones, pense-t-il, car elles renforcent l’impression que l’anglais est plus important que le français au pays.
« Ces nominations peuvent aussi laisser croire, comme l’illustre la désignation de la nouvelle gouverneure générale, que les exigences en matière de français constituent un obstacle à la valorisation de la diversité et à une véritable réconciliation avec les peuples autochtones. »
Pour le commissaire, il est clair que le leadeurship en matière de langues officielles doit se manifester à tous les échelons, mais surtout à celui de la haute gestion. « Comme je l’ai dit sur toutes les tribunes, ainsi que dans mon rapport d’enquête sur les plaintes portant sur la nomination de la gouverneure générale, il est temps, une fois pour toutes, de tenir compte de la capacité réelle des candidates et des candidats à un poste clé de comprendre les deux langues officielles, et de s’exprimer dans celles-ci. »
Cependant, M. Théberge insiste dans ce rapport sur un fait :
« Le Canada peut et doit simultanément promouvoir les langues officielles et les langues autochtones ; et c’est en favorisant l’avancement du français, de l’anglais et des langues autochtones du pays que nous réussirons à bâtir ensemble une société plus juste et inclusive. »
Dans son rapport publié en 2021-2022, le Commissaire aux langues officielles du Canada insistait sur la nécéssité de promouvoir langues officielles et autochtones.
Œuvrer pour la réconciliation
Durant son mandat, Mme Simon a fait de la réconciliation, la santé mentale, la diversité et l’inclusion et l’environnement ses priorités. Le 20 avril dernier, lors d’un discours prononcé au Forum permanent des Nations Unies sur les questions autochtones, elle a rappelé que sa nomination à ce poste a été plus qu’une étape importante dans son cheminement. Elle considère également que sa nomination a réaffirmé l’engagement du Canada en faveur de la réconciliation, de l’autodétermination des peuples autochtones et de la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
« J’ai pu observer des progrès, tout comme une prise de conscience accrue de la population canadienne, fruit des efforts nationaux et régionaux en faveur de la réconciliation. La réconciliation transforme notre compréhension de l’histoire et favorise l’établissement de nouvelles relations dans notre société », a-t-elle également souligné lors de son discours.
La nomination de Mary Simon a marqué un tournant important dans l’histoire du Canada, souligne Cindy Woodhouse Nepinak. Dans une déclaration du 5 mai, la Cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations a rappelé que « sa présence à ce poste a été profondément significative pour les Premières Nations et pour tous les Canadiens. » Et cette dernière d’ajouter : « Les Premières Nations entretiennent une relation historique avec la Couronne, et les engagements de la gouverneure générale Simon en faveur de la réconciliation et de la reconnaissance des droits ont été importants et inspirants. Son héritage perdurera. »
Le mandat de Mary Simon en six dates
26 juillet 2021 : Entrée en fonction de Mary Simon qui devient la 30e gouverneure générale et la première femme autochtone à occuper ce poste au Canada depuis la Confédération.
Juillet 2022 : Rencontre avec le pape François lors de sa visite historique au Canada, et en particulier à Iqaluit, au Nunavut où il a présenté des excuses aux survivants des pensionnats.
Février 2023 : Visite officielle en Finlande où les discussions avec le président Sauli Niinistö et la première ministre Sanna Marin ont porté sur l’OTAN et l’Arctique.
Mars 2024 : La gouverneure générale a assisté à une partie des épreuves des sports arctiques aux Jeux d’hiver de l’Arctique à Mat-Su en Alaska.
Septembre 2025 : Organisation d’une rencontre, à Ottawa, à la veille de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation afin de revenir sur les dix années qui se sont écoulées depuis la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation. Mme Simon est accompagnée, entre autres, de survivants des pensionnats et de professionnels de la santé
Mars 2026 : Rencontre avec le pape Leon XIV lors d’une visite au Vatican.