Lancé officiellement en février 2025, le magasin Qinnirvik a rapidement revu son fonctionnement. Un an plus tard, l’initiative continue d’évoluer pour répondre aux réalités du terrain.
Les commentaires reçus depuis l’ouverture sont positifs, indique Joseph Murdoch-Flowers, directeur général du centre communautaire d’alimentation Qajuqturvik. « Nous entendons des clients qui sont vraiment contents d’avoir cette ressource fiable et de qualité ».
L’accès à différents aliments traditionnels est particulièrement apprécié, dont le caribou, l’omble de l’Arctique, le phoque et le maqtaq. À l’occasion, des palourdes et du bœuf musqué sont aussi offerts. Des produits transformés comme le caribou séché et le pitsik figurent également parmi les options proposées.
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Janet Pitisulaaq Brewster et Lori Idlout lors de l’inauguration du magasin.
Un recentrage sur la nourriture traditionnelle
Au départ, le magasin proposait à la fois de la nourriture traditionnelle et des produits en vrac. Les données de vente ont toutefois rapidement montré que la clientèle venait surtout pour la première option.
Fermé brièvement à l’automne 2025 pour des raisons opérationnelles, Qinnirvik a rouvert en décembre avec une offre recentrée. Le projet a alors été réorienté, notamment avec l’abandon du vrac au profit d’aliments du territoire. « Nous avons dû repenser à quelques aspects de notre modèle », explique Joseph Murdoch-Flowers. Ce recentrage vise à répondre plus efficacement aux besoins de la clientèle et à clarifier l’offre du magasin. « Nous apprenons à faire fonctionner le magasin et à mieux comprendre les attentes », poursuit-il.
Selon lui, l’initiative est encore appelée à s’adapter. De nouveaux types de produits pourraient éventuellement être introduits, mais aucune décision n’a encore été prise. La clientèle est majoritairement inuit, mais attire également des résidents d’autres communautés et parfois, des touristes, ce qui influence l’offre. Cette diversité se reflète aussi dans les besoins, qui varient selon les saisons.
En matière d’aliments traditionnels, la demande fluctue au fil de l’année. « Il y a plus de clients pendant les mois où il est plus difficile d’aller chercher sa nourriture », souligne-t-il. L’achalandage diminue en été et au printemps, lorsque plusieurs vont chasser et pêcher, tandis qu’il augmente à l’automne et en hiver.
Dans l’ensemble, l’expérience est jugée positive. Une résidente d’Iqaluit indique s’y rendre régulièrement, notamment pour acheter des os pour ses chiens. Elle souligne l’accessibilité du lieu et l’accueil chaleureux du personnel, ainsi que des prix qu’elle considère avantageux par rapport à d’autres commerces. Une autre met de l’avant la qualité du service à la clientèle et des prix jugés raisonnables.
Un rôle communautaire
Au-delà de sa fonction commerciale, Qinnirvik cherche aussi à jouer un rôle dans la communauté.
Chaque mercredi, un repas de nourriture traditionnelle est offert gratuitement aux aînés. L’initiative s’inscrit dans une volonté plus large de favoriser l’accès à ces aliments et de créer un lieu de rassemblement.
L’établissement prolonge d’ailleurs une démarche amorcée il y a quelques années, à l’époque où le centre alimentaire distribuait des boîtes de nourriture traditionnelle à Iqaluit. « C’était vraiment le commencement, les premières idées qui ont mené au magasin », rappelle Joseph Murdoch-Flowers.
Depuis, le modèle a évolué afin de structurer l’approvisionnement à plus grande échelle et de mieux répondre à la demande.
Le programme s’appuie également sur un réseau de chasseurs et de pêcheurs à travers le territoire, notamment en collaboration avec Project Nunavut. Au moment de publier, aucun participant au programme n’avait pu être contacté pour commenter. Will Hyndman, fondateur de Project Nunavut affirme que ce modèle présente des retombées bénéfiques pour les chasseurs.
« Qinnirvik est une initiative très positive pour les chasseurs qui fournissent de la nourriture traditionnelle. C’est l’une des rares occasions pour eux de gagner leur vie, grâce à leurs compétences sur le territoire »
Des défis à surmonter
Des obstacles demeurent toutefois, notamment en lien avec le transport. Will Hyndman révèle que les compagnies aériennes gèrent un volume important de marchandises, ce qui entraîne parfois la perte ou l’endommagement de certaines expéditions. Joseph Murdoch-Flowers partage ce constat. Il souligne que, malgré une collaboration efficace avec le transporteur, des retards et des problèmes liés à leur état surviennent à l’occasion, en particulier lorsque les produits arrivent décongelés. « Nous devons seulement vendre les aliments dans lesquels nous avons confiance. Si nous avons des doutes sur la qualité, nous ne pouvons pas les offrir ».
Il ajoute que les installations actuelles, comme les espaces de congélation, permettent de gérer les arrivages, mais qu’une infrastructure plus développée serait souhaitable pour répondre à la demande.
Organisme à but non lucratif, Qinnirvik doit composer avec des charges importantes. Les produits sont achetés aux chasseurs, qui doivent être rémunérés, puis revendus en magasin afin d’absorber les dépenses, notamment les salaires des employés. « L’objectif n’est pas de faire du profit, mais de couvrir nos frais », résume-t-il.
Le fonctionnement repose également sur des subventions, qui permettent de soutenir le programme.
La structure de prix a aussi été ajustée. Alors que trois gammes étaient offertes au départ, un seul est désormais appliqué pour chaque produit, soit un tarif se rapprochant du coût minimal. Selon le directeur, les invendus sont rares et lorsqu’il y en a, ils sont redistribués au centre communautaire alimentaire, qui intègre ces aliments dans ses repas ou ses activités.
Un impact sur la sécurité alimentaire
Des projets comme Qinnirvik contribuent à renforcer la souveraineté alimentaire des Inuit à l’échelle du territoire, souligne le ministère des Services à la famille du Nunavut. À Iqaluit, le modèle a aussi un impact concret sur la sécurité et la souveraineté alimentaires, indique le directeur du centre. Il génère par ailleurs des revenus pour les chasseurs et pêcheurs. Pour Joseph Murdoch-Flowers, ces retombées sont bien tangibles. « Ça met de la valeur sur leur travail, sur leurs connaissances de la chasse et de la pêche ».