Le 15 septembre, une séance consacrée à la défense a réuni des représentants de la Défense nationale, de Construction de Défense Canada et du milieu économique inuit. Les échanges ont notamment porté sur la stratégie canadienne de défense, les retombées économiques et les projets à venir au Nunavut.
Dans une réponse écrite, la Défense nationale précise que cette tribune a permis d’aborder le projet d’infrastructures des bases nordiques du NORAD ainsi que l’expansion et la modernisation prévues de l’emplacement d’opérations avancé d’Iqaluit.
Les discussions ont aussi porté sur la participation des Inuit, les capacités locales, les possibilités d’approvisionnement et le perfectionnement de la main-d’œuvre.
De la construction à l’exploitation
Patrick Duxbury, directeur général de l’Inuit Development Corporation Association, a modéré le panel consacré aux infrastructures de défense.
« L’ampleur et la durée des investissements en défense envisagés dans l’Arctique créent des possibilités qui vont bien au-delà des seuls contrats de construction », souligne-t-il.
À court terme, il entrevoit notamment des débouchés liés à la construction et à la modernisation. Il précise que la Défense nationale évoque actuellement 5 milliards de dollars pour les infrastructures militaires prévues à Iqaluit.
« Une importante possibilité à long terme consiste à développer la capacité nécessaire pour assurer l’exploitation et l’entretien de ces infrastructures au cours des prochaines décennies », ajoute-t-il.
Il cite le Système d’alerte du Nord, un réseau de stations radar servant à surveiller les approches aériennes nordiques du Canada et des États-Unis. Des entreprises appartenant à des Inuit en assurent l’exploitation et l’entretien depuis 1994, ce qui leur a permis de renforcer leurs capacités au fil du temps.
« Il existe potentiellement un très large éventail de possibilités », affirme Patrick Duxbury. Il mentionne la construction et les métiers spécialisés, notamment l’électricité, la mécanique, les travaux de génie civil, la conduite d’équipement ainsi que différents métiers techniques.
Selon lui, l’exploitation et l’entretien pourraient aussi offrir des débouchés dans plusieurs domaines : la gestion d’installations, la logistique, l’entreposage, le transport et les services de carburant. S’ajoutent la surveillance environnementale et l’assainissement, les télécommunications, les technologies de l’information ainsi que le soutien aux aérodromes et aux infrastructures.
Bon nombre de ces services, voire la totalité, peuvent être assurés par des entrepreneurs civils, ajoute-t-il. Des entreprises inuit, comme Nasittuq Corporation, sont d’ailleurs déjà actives dans ce secteur. Le directeur estime que la hausse de la demande liée aux nouveaux investissements dans les infrastructures de défense nécessitera un renforcement des capacités et pourrait contribuer à diversifier l’économie nordique.
« La clé est de planifier la participation des Inuit dès le départ, plutôt que d’essayer de l’ajouter une fois que les projets et les stratégies d’approvisionnement ont déjà été conçus », affirme Patrick Duxbury.
Pour les travailleurs, cela suppose, selon lui, d’arrimer suffisamment tôt les besoins prévisibles de la défense à la formation, aux programmes d’apprentissage et au développement des compétences, afin que les Inuit puissent se qualifier pour les emplois qui seront créés. De nombreuses entreprises du Nunavut, notamment les sociétés régionales de développement, contribuent déjà au perfectionnement de la main-d’œuvre. Ces efforts devront toutefois être considérablement renforcés pour répondre à la demande liée aux investissements en défense.
Du côté des entreprises inuit, il juge nécessaire que le gouvernement fédéral donne davantage de visibilité sur les projets à venir et structure ses processus d’approvisionnement de manière à leur permettre de développer leurs capacités, de créer des partenariats au besoin et de soumissionner pour des parts significatives des travaux. Il ajoute que le partage de cette information faisait justement partie des objectifs du panel qu’il a modéré à la foire commerciale, et que la Défense nationale et Construction de Défense Canada se sont engagées à multiplier les échanges avec les Inuit et les autres résidents du Nord dans le cadre de ces projets.
De gauche à droite: Chris Middleton et Mike Speiser, de la Défense nationale; Antoine am Rhyn, de Construction de Défense Canada; et Patrick Duxbury, directeur général de l’Inuit Development Corporation Association, lors du panel « Defense Chat » de la Foire commerciale du Nunavut 2026.
Une main-d’œuvre aux profils variés
La Défense nationale prévoit elle aussi que de nombreuses professions seront sollicitées, de la planification à la construction, jusqu’à l’exploitation à long terme.
Le ministère cite les charpentiers et les soudeurs, ainsi que les ingénieurs, les spécialistes de l’environnement, les arpenteurs et les gestionnaires de projet. Les fonctions administratives s’ajoutent aux domaines concernés, de même que l’entretien des installations, le transport, l’entreposage et l’exploitation des aérodromes.
Les besoins précis en main-d’œuvre seront toutefois déterminés par les partenaires responsables de la réalisation des projets et les entrepreneurs.
Avec l’avancement des projets d’infrastructures, la Défense nationale affirme que la participation des Inuit, notamment par la passation de marchés, la sous-traitance, l’emploi et la formation, sera un élément essentiel du processus d’approvisionnement, conformément aux obligations découlant des traités.
Soutenir les capacités dans le Nord
Dans une réponse écrite au Nunavoix, Rebecca Chartrand, ministre des Affaires du Nord et de l’Arctique et ministre responsable de CanNor, a exposé ce que les investissements en défense pourraient représenter pour les Inuit.
Elle estime que l’expansion des activités de défense et des projets d’infrastructures dans le Nord pourrait créer d’importantes possibilités pour les travailleurs et les entreprises inuit, notamment dans la construction, les métiers spécialisés, l’arpentage et les services. Les petites et moyennes entreprises pourraient aussi en profiter.
« Lorsque les entreprises et les travailleurs inuit jouent un rôle de premier plan et contribuent à cette expansion, les retombées restent dans les communautés », affirme-t-elle.
La ministre insiste aussi sur l’importance de développer les capacités locales, de favoriser l’emploi dans le Nord et d’accroître la prise en charge économique locale. Elle souligne que les bureaux de CanNor à Iqaluit, Yellowknife et Whitehorse placent l’agence en bonne position pour servir de point de contact et veiller à ce que les gouvernements, les entreprises et les résidents nordiques et autochtones puissent participer aux projets et en bénéficier directement.
Pour appuyer cet objectif, la ministre cite notamment l’Initiative régionale d’investissement dans la défense (IRID), dans le cadre de laquelle CanNor versera jusqu’à 40,5 millions de dollars sur trois ans dans les territoires afin d’aider les entreprises à se développer et à s’intégrer aux chaînes d’approvisionnement de la défense.
Au Nunavut, elle cite Sedna ROV Services, une entreprise inuit d’Iqaluit spécialisée dans les technologies et les relevés maritimes. CanNor lui a accordé jusqu’à 4,5 millions de dollars pour acquérir de l’équipement adapté à l’Arctique pouvant servir à des fins civiles et militaires. Le projet doit notamment permettre d’effectuer des relevés hydrographiques, d’améliorer la surveillance environnementale et de soutenir l’état de préparation à la défense dans l’Arctique.
La ministre reconnaît toutefois plusieurs obstacles qui pourraient limiter les retombées durables pour les Inuit. Elle évoque les coûts élevés de transport, l’éloignement et la complexité logistique, le manque d’infrastructures locales et de logements pour la main-d’œuvre, la disponibilité des travailleurs ainsi que l’accès au capital.
Rebecca Chartrand souligne aussi que les entreprises du Nord devront se renforcer pour être en mesure de soumissionner pour des contrats complexes et de les réaliser, particulièrement ceux qui comportent des exigences en matière d’habilitation de sécurité. CanNor entend les aider à s’y préparer afin qu’elles puissent profiter des débouchés liés à la défense.