le Lundi 5 octobre 2026
le Lundi 5 octobre 2026 14:57 | mis à jour le 5 octobre 2026 15:24 Actualités

La communauté franco-nunavoise a besoin de sa Maison de la francophonie

Une cinquantaine de personnes ont participé en personne et en ligne à l’assemblée générale annuelle de l’Association des francophones du Nunavut. — Gwendoline Le Bomin
Une cinquantaine de personnes ont participé en personne et en ligne à l’assemblée générale annuelle de l’Association des francophones du Nunavut.
Gwendoline Le Bomin

FRANCOPRESSE – Après une année de croissance record en 2024-2025, l’Association des francophones du Nunavut (AFN) regarde vers l’avenir; surtout la possibilité de construire un nouveau chez soi mieux adapté à ses besoins grandissants.

La communauté franco-nunavoise a besoin de sa Maison de la francophonie
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Le projet d’une Maison de la francophonie à Iqaluit a été abordé à plus d’une reprise lors de l’assemblée générale annuelle de l’AFN, le 29 septembre. Le retour sur l’exercice 2025-2026 a aussi été l’occasion de parler de ce qui s’en vient. 

L’Association « recherche activement » du financement pour la construction d’un nouvel édifice multifonctionnel. Il contiendrait des bureaux, des salles de réunion, des salles pour des évènements, une garderie, mais aussi des logements pour augmenter l’offredans la ville où la pénurie empêche des personnes embauchées de venir travailler. 

« On dépense beaucoup dans l’entretien [de l’actuel Franco-Centre] et nos employés sont tellement à l’étroit », souligne le président du conseil d’administration de l’AFN, Goump Djalogue, lors de l’assemblée. 

« Une chose qui manque c’est un service d’accueil », dit Goumpe Djalogue (à droite). Un service qui guiderait les francophones qui arrivent à Iqaluit et qui les dirigerait vers les services dont ils ont besoin. « Nous travaillons d’arrachepied avec le gouvernement du Nunavut.». 

Gwendoline Le Bomin  

Un bâtiment qui date de la Seconde guerre mondiale 

En entrevue avec Francopresse le lendemain, le directeur général, Christian Ouaka, explique que le bâtiment qui abrite le Franco-Centre date de la Seconde Guerre mondiale et que son état ne permet pas d’envisager un agrandissement. 

« Nous avons lancé un nouveau projet de construction d’une Maison de la francophonie. Nous avons fait plusieurs études qui ont prouvé la faisabilité du projet et ont évalué certains coûts. » 

D’ailleurs, le 2 octobre, l’AFN a publié un appel d’offres pour obtenir un plan d’affaires, des dessins architecturaux préliminaires et une estimation des couts de construction et d’opération qui tiennent compte de la réalité d’Iqaluit. 

Avec les investissements en défense annoncés dans le nord du Canada par le gouvernement fédéral, la population d’Iqaluit est appelée à augmenter, y compris le nombre de francophones, donc les besoins de l’AFN également, souligne Christian Ouaka. 

Tout ce qui manque pour l’instant, c’est une réponse favorable des gouvernements. La conjoncture politique est favorable, croit Goump Djalogue, en raison de l’importance que prend la francophonie comme caractéristique distinctive du Canada. 

Ce climat favorable à la francophonie donnera également l’occasion à l’AFN de poursuivre ses revendications pour que les paliers de gouvernement respectent davantage la Loi sur les langues officielles du Nunavut – qui inclut le français. 

Les communications des instances gouvernementales ne sont pas toujours traduites, rapporte Goump Djalogue. « Certains organismes considèrent la traduction en français de certaines communications comme facultative. » 

Le bâtiment qui abrite le Franco-Centre a été construit il y a plus de 80 ans. 

Gwendoline Le Bomin

Nouveaux services en demande 

Ouverte l’année précédente, la Clinique d’aide juridique et d’aide à la déclaration d’impôt de l’AFN a connu du succès en 2025-2026 avec une augmentation des 102 % du nombre de bénéficiaires, peut-on lire dans le rapport annuel. Une montée tout aussi importante est attendue pour l’année en cours. 

Pour Christian Ouaka, ce succès démontre «la pertinence de l’offre de service de proximité en français ». 

Lors de l’assemblée générale annuelle précédente, l’intégration du Théâtre Uiviit dans l’AFN avait dominé les discussions. Christian Ouaka indique que la transition s’est poursuivie et que le Théâtre est maintenant « l’entité de présentation des activités culturelles » de l’Association. 

Les membres ont exprimé leur désir que le Théâtre Uiviit soit encore plus actif dans l’organisation et la pérennisation de la vie culturelle francophone du territoire. « On essaie de travailler là-dessus », assure Christian Ouaka, mais le financement disponible pour ce genre d’activités est plus rare. 

À lire aussi : Francophonie au Nunavut : croissance record de l’AFN et dissolution du Théâtre Uiviit 

« Au Nunavut, il n’y a pas d’espace disponible même pour envisager une location ou un rachat », explique Christian Ouaka pour justifier la construction d’une Maison de la francophonie à Iqaluit. 

Gwendoline Le Bomin  

Santé financière 

La multiplication des projets et des services a aussi apporté du financement supplémentaire. L’AFN termine l’année avec un léger surplus de près de 3 000 $ sur son budget de 3,3 millions de dollars et une réserve de plus de 500 000 $. 

Le poste de dépense le plus important demeure les salaires, ceux des consultants et des honoraires professionnels ont connu les plus fortes augmentations. Dans le cas des consultants, les frais sont passés de 683 000 $ en 2024-2025 à 839 000 $ en 2025-2026. 

Christian Ouaka a expliqué à l’assemblée que la nature des projets financés par les subventions exigeait de faire déplacer des spécialistes, ce qui entraine une augmentation des couts. La taille de l’organisme a également fait monter les frais de tenus de livre. 

Du côté des revenus autonomes, la vente de services est passée de 204 000 $ à 177 000 $. Cette diminution est principalement attribuable à la baisse des achats de publicités dans les médias qui font partie de l’offre de services de l’AFN : le journal Le Nunavoix et la radio CFRT 107.3 FM. « Le gouvernement du Nunavut a fait des coupures cette année », justifie Christian Ouaka. 

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Plus de changements aux règlements qu’au CA 

L’AFN a soumis à ses membres une série de changements à ses règlements constitutifs. Celui qui a soulevé le plus de questions concerne le retrait d’un chapitre sur la concertation communautaire – soit le besoin de consulter les autres organismes francophones. 

Les membres du conseil d’administration promettent que les consultations se poursuivront. Cette disposition, ainsi que celle sur le règlement des différends, sera en grande partie déplacée vers les politiques internes. Ceci donnera plus de flexibilité au conseil d’administration pour les adapter aux besoins actuels, plutôt que d’attendre un an pour qu’une assemblée approuve un changement. 

Le conseil d’administration reste le même après les élections. Le comité de mise en candidature a évalué que seulement deux des quatre dossiers soumis étaient conformes aux exigences à la date de tombée. Il s’agissait de ceux de Safiatou Traoré et Marc-Antoine Guay, déjà membres du CA. 

Sans candidature valide pour la présidence, le conseil d’administration a recommandé de renouveler par intérim pour un an le mandat de Goump Djalogue, qui venait à échéance. L’élection pour la présidence sera rouverte pour la prochaine assemblée générale. 

Le conseil d’administration constate que le nouveau processus de mise en candidature n’avait peut-être pas été bien communiqué. Des efforts supplémentaires seront déployés pour encourager plus de personnes à se présenter. 

Le conseil d’administration de l’AFN reste le même pour 2026-2027 : Marc-Antoine Guay, Marc-André Caron, Goump Djalogue (président), Safiatou Traoré, Élisabeth Mbowou et David Abernethy. 

Gwendoline Le Bomin  

« Vivre ensemble » 

Les discussions entamées l’année précédente avec Nunavut Tunngavik Inc. (NTI) ont peu avancées en raison de changements à la gouvernance de l’association de représentation inuit. Goump Djalogue affirme que le désir de collaborer est toujours présent et que les discussions, qui n’ont jamais totalement cessé, reprendront. 

L’objectif est de créer davantage de collaboration entre les communautés inuit et francophone pour « construire un vivre ensemble » et défendre les langues officielles.  

« Nul ne peut refuser d’admettre que, de temps à autre, il y a des questions d’harmonie entre les deux communautés et c’est ensemble que […] nous allons éliminer certaines des distances », a expliqué Goump Djalogue lors de l’assemblée générale. 

Christian Ouaka confirme en entrevue que des questions sur la présence du français au Nunavut peuvent parfois être exprimées dans la communauté inuit, mais elles ne sont pas la norme. Au contraire, il croit que les deux communautés « ont beaucoup plus de similitudes » qu’on ne le pense. 

La défense des langues, la promotion et la pérennité des deux cultures sont des exemples. « Il faut travailler ensemble pour atteindre nos objectifs. » 

Une participante a rappelé qu’il n’y avait toujours pas de représentation inuit francophone au sein de l’AFN et que le besoin de tisser des liens était soulevé depuis plusieurs années. 

L’assemblée a également suggéré de mieux cerner ce que l’AFN considère être la définition d’une personne francophone. 

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