le Mardi 6 octobre 2026
le Mardi 6 octobre 2026 16:42 Actualités

Réfléchir au passé colonial et aux actions à mener pour se rapprocher des Inuit

L’Association des Francophones du Nunavut a projeté gratuitement le documentaire Twice Colonized le 1er octobre. L’événement a débuté avec l’allumage du qulliq par Aaju Peter, avocate et militante inuk.  — Gwendoline Le Bomin
L’Association des Francophones du Nunavut a projeté gratuitement le documentaire Twice Colonized le 1er octobre. L’événement a débuté avec l’allumage du qulliq par Aaju Peter, avocate et militante inuk.
Gwendoline Le Bomin

Dans le cadre de la Journée de la vérité et de la réconciliation, l’Association des Francophones du Nunavut a projeté gratuitement le documentaire Twice Colonized, qui retrace le parcours d’Aaju Peter, avocate et militante inuk engagée dans la défense des droits des Inuit. Un événement qui a ouvert un espace de réflexion et de discussions autour de l’histoire de la colonisation occidentale mais aussi vers le long chemin de la guérison.

Réfléchir au passé colonial et aux actions à mener pour se rapprocher des Inuit
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Devant une salle comble au Franco-Centre, Aaju Peter allume un qulliq tout en expliquant son importance dans la culture inuit. Lampe traditionnelle en pierre à savon, alimentée par de l’huile de baleine ou de phoque, le qulliq servait notamment à se chauffer, à s’éclairer et à cuisiner. « Sans le qulliq, nous n’aurions pas survécu dans le Nord », rappelle la militante. Bien plus qu’un objet utilitaire, le qulliq est également un symbole de résilience. 

Une résilience qui se manifeste tout au long du parcours de cette femme, marquée dès l’enfance par les politiques d’assimilation. 

Réalisé par Lin Alluna, Twice Colonized fait référence à la double colonisation qu’ont subie de nombreux Inuit : d’abord au Groenland par les colons danois, puis par les politiques et institutions canadiennes actuelles. Une colonisation dont a souffert Aaju Peter,envoyée au Danemark à l’âge de 11 ans, loin de sa famille groenlandaise, puis lorsqu’elle s’est installée au Nunavut avec son mari 10 ans plus tard.    

Un long chemin vers la guérison 

Après la projection du film, Aaju rejoint la salle pour répondre aux questions et aux interrogations du public, notamment sur la colonisation, mais aussi sur la possibilité que les Inuit puissent devenir un peuple autonome et ainsi subvenir à leurs propres besoins. 

« Les efforts se poursuivent », répond Mme Peter. « Mais les bouleversements politiques de ces dernières années, avec l’arrivée au pouvoir de Trump, ont quelque peu ralenti cette dynamique. » Selon elle, le peuple inuit doit se montrer plus fort et respecter sondroit inhérent à l’autonomie, avec sa langue et sa culture. « Nous vivons ici depuis des milliers d’années. Certains parlent de 4 000 à 10 000 ans. Et nous devons cultiver cette capacité à survivre dans l’Arctique, cette capacité à vivre de la terre. » 

Aaju Peter espère que le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche permettra de poursuivre le combat du peuple inuit en faveur de sa souveraineté. 

Les questions posées par le public l’amènent également à rappeler le passé colonial du peuple inuit et à souligner que le système occidental qui leur a été imposé est toujours en place et bien ancré. « La première chose que je ferais si j’étais la reine du Nunavut, ce serait de m’attaquer aux traumatismes », dit-elle.  

Pour la militante, la guérison passe d’abord par la reconnaissance des traumatismes et la possibilité d’en parler, avant de trouver les moyens d’aller de l’avant. « Nous devons guérir toute cette douleur et tous ces traumatismes, car c’est le fondement de tout. Nous ne pouvons pas être une société saine et fonctionnelle sans faire face à tous ces traumatismes », estime-t-elle.  

Organisée par l’Association des francophones du Nunavut (AFN) dans le cadre de la semaine entourant la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, la projection du film Twice Colonized retraçant le parcours militant d’Aaju Peter a attiré une trentaine de personnes au Franco-Centre. 

Gwendoline Le Bomin 

Un combat à mener ensemble 

À la fin de l’événement, le public repart avec de nouvelles pistes de réflexion sur l’impact de la colonisation sur les peuples inuit, mais aussi sur les moyens de contribuer au rapprochement entre les cultures.  

Charlotte Lapôtre, Française installée au Nunavut depuis 6 ans, pense que Twice Colonized est « un documentaire que l’on devrait tous voir dans notre vie ». La jeune femme a pris conscience de l’impact du règlement interdisant l’importation et la commercialisation des produits dérivés du phoque dans l’Union européenne et les traumatismes vécus par les Inuit non seulement au Nunavut, mais aussi au Groenland et en Suède, par exemple.  

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Selon Thomas Goyette-Levac, Québécois arrivé récemment à Iqaluit, ce film permet de voir que les puissances coloniales ont un rapport à la terre « aux antipodes » des peuples autochtones. Un « clash » bien représenté, selon lui, dans le documentaire.  

Pour se rapprocher des Inuit, les francophones ont un rôle à jouer, estiment les personnes interviewées à la fin de l’événement. « Projeter ce type de film et entendre des témoignages touchants comme ce soir est une manière de sensibiliser le public », estime Olivier Bourit, gestionnaire du service Jeunesse à l’AFN. Il encourage également l’organisme francophone à organiser davantage d’événements culturels pour favoriser les échanges entre les cultures inuit et francophone. Charlotte abonde dans le même sens. Ces événements, selon elle, permettraient « plus d’échanges et de mieux se comprendre, de réussir à aller de l’avant, de parler de ses traumas, d’aller au-delà des traumas aussi, pour créer quelque chose de nouveau ensemble. » 

Selon Olivier, le discours qui résume le Nunavut à une terre d’opportunités avec de hauts salaires doit changer.  

Pour Juliana Fiallo, en charge du projet Femmes et égalité de genres à l’AFN et organisatrice de la soirée, choisir de vivre au Nunavut s’accompagne d’une certaine responsabilité : « chercher à comprendre son histoire, les réalités et la culture des Inuit, le territoire et le contexte social dans lequel on vit. » Une responsabilité qui concerne non seulement les gouvernements et les organisations, mais aussi les citoyens, souligne l’organisatrice.  

Charlotte souhaiterait que les nouveaux arrivants puissent suivre la formation, « Le Nunavut : découvrir et comprendre un territoire unique », offerte en ligne par le Centre de formation Qaujimaniq de l’AFN.  

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Et pourquoi ne pas s’inspirer les uns des autres comme l’a suggéré Aaju Peter lors de la discussion, en faisant référence à la construction de l’École des Trois-Soleils. « Je suis tellement fière des Français, car ils se battent avec acharnement pour avoir une école française, ils se battent pour leur langue française, pour leur identité au Canada », dit-elle. « Et nous devons nous en inspirer. Nous devons apprendre, en collaboration avec vous, comment y parvenir au Nunavut ? Comment obtenir autant de fonds ? » 

Finalement, Juliana espère que le public est reparti de la soirée non seulement avec une meilleure compréhension de la situation et du passé des Inuit, mais aussi avec une réflexion personnelle : « quel rôle est-ce que chacun de nous peut jouer pour faire avancer la réconciliation ? »