Réalisés au studio d’animation Sikusilarmiut qui a fermé ses portes dans le milieu des années 70, quelques-uns de ces courts métrages ont été projetés au Festival de Cannes en 1974 alors que la majorité d’entre eux n’avaient jamais été largement diffusés.
L’ONF estime que ce projet de récupération représente la célébration d’un chapitre fondamental, mais presque perdu, du cinéma autochtone et favorise la préservation des histoires, de la musique et des traditions de contes oraux inuit en langue inuktitut.
Trois pellicules comme point de départ de cette initiative
Camilo Martin-Florez est conservateur de collection pour l’ONF et est derrière la réalisation de cette idée. C’est lors de recherches dans les archives qu’il a découvert trois pellicules non montées, non numérisées et jamais diffusées contenant des dizaines de films créés par des artistes inuit dont le travail n’a jamais été publiquement apprécié.
À la suite de cette importante trouvaille, les productions ont été numérisées image par image lors d’un processus qui aura duré huit mois.
« Cela a permis de presque tripler le corpus d’œuvres reconnues de l’atelier du Nunavut, de révéler au monde des cinéastes jusque-là inconnus et de fournir le matériel brut qui a ensuite été récupéré, restauré, numérisé et rendu disponible gratuitement » détaille le conservateur.
Animation from Cape Dorset est l’une des oeuvres découvertes et rééditéés.
Il a été décidé de préserver couleurs et textures originales des films si bien qu’un voile de poussière est visible à certains endroits.
L’ONF déclare qu’il est important de mettre en lumière ces créations afin de redonner le patrimoine culturel à leurs communautés d’origine et d’exposer le travail de ces treize Inuit. L’initiative permet aussi de placer en contexte l’histoire de l’animation au Nunavut en montrant l’ampleur réelle et la nature collaborative du studio Sikusilarmiut qui a formé des artistes, des sculpteurs, des photographes et des musiciens locaux à la réalisation d’œuvre cinématographique.
Lindsay McIntyre est une artiste et cinéaste inuit. Elle exprime que cette collection de productions expérimentales ainsi que les séquences et les documents qui entourent leur accomplissement est précieuse pour le cinéma inuit. Elle souligne qu’au fil des décennies, l’ONF a entretenu une relation complexe et parfois troublante avec les Inuit. Bien que de grandes choses se soient réalisées, il reste selon elle encore beaucoup de travail à faire.
Les thèmes généraux des films sont variés et plusieurs d’entre eux sont considérés comme des adaptations animées de récits inuit traditionnels, souvent associées à des chansons originales en inuktitut. Salomonie Pootoogook, Timmun Alariaq, Mathew Joanasie et Ishohagitok E. Tugat figurent parmi les cinéastes qui se distinguent de la liste des créateurs par le nombre important d’œuvres réalisées.
Un legs majeur
Selon le directeur du projet, ces films représentent, pour les spectateurs inuit, une façon de renouer avec un puissant héritage d’artistes qui étaient aux prises avec des défis similaires à ceux auxquels un cinéaste peut être confronté aujourd’hui. Pour les non-Inuit, ils offrent une fenêtre rare et précieuse sur la créativité, les récits et les perspectives des années 1970, favorisant une meilleure compréhension et appréciation de la culture inuit et de sa contribution à l’histoire cinématographique mondiale.
Camilo Martin-Florez croit que les créateurs ont fait preuve d’une inventivité extraordinaire en sachant transférer leurs compétences graphiques au nouveau médium de l’animation. « Malgré des ressources techniques probablement limitées et des changements fréquents de supervision, ils ont produit un ensemble d’œuvres novatrices et avant-gardistes ».
Il compare leur ingéniosité et leur style expérimental à celui de figures importantes telles que Georges Méliès, Ōten Shimokawa ou Dušan Vukotić. « Leur force provenait de leur connaissance préalable dans d’autres formes d’arts. Ils et elles ont transféré ces compétences artistiques exceptionnelles au nouveau médium de l’animation ».
Pour sa part, Lindsay McIntyre pense qu’en termes de travail avec des ressources limitées, il n’y a pas de gens plus créatifs sur la planète que les Inuit.
Les courts métrages sont accessibles gratuitement sur le site Web de l’ONF.