le Mardi 8 septembre 2026
le Mardi 8 septembre 2026 15:31 Communauté

Du Nunavut à l’espace : une unité agricole à l’étude

L’ancienne ferme hydroponique exploitée à Kugluktuk de 2017 à 2020, où une expérience avait été mise sur pied entre 2017 avant d'être interrompue en 2020. — Courtoisie
L’ancienne ferme hydroponique exploitée à Kugluktuk de 2017 à 2020, où une expérience avait été mise sur pied entre 2017 avant d'être interrompue en 2020.
Courtoisie

Le 24 juillet dernier, l’Agence spatiale canadienne a accordé à The Growcer Inc. un contrat pouvant atteindre 745 000 $ pour concevoir une unité de production agricole adaptée au Nunavut. L’étude vise à explorer des solutions capables de fournir des aliments nutritifs aux collectivités éloignées comme aux astronautes lors de futures missions dans l’espace.

Du Nunavut à l’espace : une unité agricole à l’étude
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The Growcer travaillera avec Arctic Fresh Group of Companies, une entreprise appartenant à des Inuit du Nunavut, afin d’élaborer le concept d’une unité déployable d’agriculture en environnement contrôlé. Ce type d’installation, qui peut notamment prendre la forme d’un conteneur, permet de réguler la lumière, la température et l’humidité pour produire des fruits et des légumes. Le contrat porte toutefois uniquement sur une étude de conception, qui se poursuivra jusqu’au 31 mars 2028.  

 L’Agence dit avoir choisi le Nunavut en raison des défis vécus par de nombreuses communautés nordiques : isolement géographique, accès limité aux aliments frais et acheminement coûteux et complexe des marchandises. Elle y voit des similitudes avec les futures missions spatiales de longue durée, où il sera difficile de se réapprovisionner et où les systèmes devront fonctionner de manière autonome, fiable et efficace avec les ressources disponibles.  

Les communautés au cœur du projet 

Les perspectives et les priorités inuit guideront l’initiative, affirme Frédérick Fink, chef des relations médias à l’Agence spatiale canadienne. Les Inuit participeront à l’ensemble du processus afin que le concept proposé soit viable sur le plan technique, culturellement pertinent et adapté au contexte nordique.  

Cette démarche sera dirigée par Arctic Fresh Group, qui possède, selon l’Agence, une expertise et des liens étroits avec les collectivités du Nunavut.  

Les caractéristiques de l’installation dépendront des renseignements recueillis lors des consultations communautaires, indique Corey Ellis, chef de la direction et cofondateur de The Growcer. L’unité d’agriculture en environnement contrôlé envisagée répondrait aux besoins et aux souhaits des résidents du Nord.  

 Le projet débutera par plusieurs mois de mobilisation. « L’étape de la conception n’a donc pas encore commencé », précise-t-il.  

Un précédent à Kugluktuk 

En 2017, The Growcer et Arctic Fresh ont participé à une expérience hydroponique à Kugluktuk, interrompue en 2020. Pour The Growcer, il s’agissait alors de sa deuxième ferme, précise Corey Ellis.   

« Le système de culture était surdimensionné pour la communauté », explique-t-il. S’il pouvait produire beaucoup de légumes-feuilles, son fonctionnement exigeait aussi d’importantes ressources.  

 Depuis, The Growcer mène des consultations en amont afin de déterminer les types de denrées et les quantités visées, ainsi que le modèle d’exploitation susceptible d’assurer la pérennité du projet.  

«Les solutions de production alimentaire dans le Nord doivent être adaptées aux conditions locales, notamment aux réalités environnementales, aux infrastructures disponibles, aux exigences opérationnelles et aux besoins des communautés», souligne Frédérick Fink, chef des relations médias à l’Agence spatiale canadienne.  

L’Agence affirme collaborer depuis 2020 avec des partenaires du Nunavut et se rendre dans différentes collectivités afin de mieux comprendre leurs priorités et de maintenir un dialogue durableCes échanges ont contribué à façonner son approche actuelle.

Des défis humains, financiers et techniques 

Malgré les particularités de chaque milieu, Corey Ellis relève plusieurs obstacles récurrents dans les collectivités nordiques éloignées : le roulement du personnel, le transport de l’unité et la mobilisation communautaire.  

« Le principal défi demeure toutefois le coût des opérations, notamment celui de la main-d’œuvre et de l’énergie », explique-t-il.  

Sur le plan technique, The Growcer affirme avoir conçu une ferme modulaire adaptée aux conditions arctiques. Son système de chauffage, de ventilation et de climatisation peut tirer parti de l’air extérieur pour déshumidifier et refroidir l’installation, tandis qu’un dispositif de contrôle thermique écoénergétique limite la consommation d’électricité. Cette expérience devrait aider l’entreprise à composer avec les températures extrêmes et les tarifs élevés de l’électricité dans le cadre du nouveau projet.  

L’incidence environnementale de l’unité, y compris la quantité totale de gaz à effet de serre qu’elle générerait, sera prise en compte lors de la conception. The Growcer prévoit d’évaluer les émissions liées au transport aérien des légumes par rapport à l’impact global d’une production sur place.  

Les énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire, figurent aussi parmi les options envisagées.   

Si une deuxième phase était approuvée, un partenaire établi sur place serait choisi pour y participer. The Growcer invite d’ailleurs les groupes intéressés à communiquer avec elle.  

Dans d’autres projets dirigés par des communautés autochtones, l’entreprise a collaboré avec des écoles, des sociétés de développement et des acteurs des secteurs de la santé et de la jeunesse.  

The Growcer offre la formation initiale sur place et peut ensuite proposer régulièrement des séances de perfectionnement et de mise à niveau. Certains producteurs en viennent même à transmettre leurs connaissances dans leur région, à l’aide des ressources qu’elle leur fournit. 

L’expérience menée à Naurvik, un site de recherche situé à Gjoa Haven, met en évidence l’importance d’une équipe formée.

Crédit : Fondation de recherche arctique

Les conditions de réussite 

Naurvik, un site de recherche situé à Gjoa Haven, n’est pas associé au nouveau projet de The Growcer. Son expérience illustre toutefois certains défis propres à l’agriculture en environnement contrôlé dans l’Arctique.  

Pour Tom Henheffer, directeur général de la Fondation de recherche arctique, le facteur humain est probablement le plus déterminant. La production alimentaire dans un conteneur peut être complexe et exige une équipe dévouée, bien préparée et capable de collaborer efficacement. Celle-ci doit notamment maîtriser les systèmes électriques, les milieux de culture, le spectre lumineux et la santé des plantes.  

Une grande part de la réussite de Naurvik repose, selon lui, sur les techniciens de Gjoa Haven, que la Fondation emploie à long terme et auxquels elle offre une formation respectueuse de leur culture et un environnement de travail favorable.  

«Il est également essentiel que les aliments cultivés soient adaptés au régime alimentaire inuit, qu’ils correspondent aux plats que les membres de la communauté souhaitent cuisiner et qu’ils répondent à leurs besoins nutritionnels.»

— Tom Henheffer, directeur général de la Fondation de recherche arctique

Après le personnel, l’approvisionnement énergétique constitue, selon lui, le deuxième enjeu majeur. Naurvik et les autres laboratoires mobiles de la Fondation peuvent couvrir de 40 % à 70 % de leurs besoins énergétiques grâce à des sources renouvelables.  

Des matériaux de construction efficaces, une isolation adéquate et ces sources d’énergie permettent de réduire la dépendance au diesel, soutient-il. L’entretien et l’amélioration du système énergétique comptent parmi les principales leçons tirées des sept années d’exploitation à Naurvik.  

Le site demeure avant tout consacré à la recherche plutôt qu’à l’alimentation de la communauté. Ses récoltes, notamment des fraises, des pommes de terre, de la laitue et du maïs, contribuent néanmoins à compléter le régime des résidents de Gjoa Haven, en priorité de ceux à qui cet apport est le plus nécessaire, selon Tom Henheffer. 

Une unité entièrement vouée à la production pourrait réduire les livraisons aériennes de produits frais, estime-t-il, même si celles-ci demeureraient probablement indispensables. 

 « Avec la bonne installation, les bonnes personnes et un système d’énergie verte correctement optimisé, les retombées potentielles sur la sécurité et la souveraineté alimentaires, ainsi que sur l’économie locale grâce à la création d’emplois, sont importantes », conclut-il.