« Par son engagement, sa vision et son dévouement, M. Belleau a grandement contribué au développement et au rayonnement de notre organisation. Son passage a marqué une étape importante dans l’histoire de l’AFN et a laissé une empreinte durable au sein de notre communauté. »
Entre 1977 et 2007, M. Belleau a vu la petite bourgade d’environ 1800 habitants devenir la capitale d’un territoire inuit dynamique et quatre fois plus peuplé. Plusieurs se souviennent encore de cette histoire récente, et celle-ci explique en grande partie le dynamisme encore important de la communauté franco-nunavoise d’Iqaluit.
Une belle époque
« C’était plus convivial et communautaire dans ce temps-là », se rappelait Jacques Belleau. Une période excitante pour les Inuit qui se battaient pour la naissance du nouveau territoire, mais également une période très mouvementée pour les francophones partout au pays.
M. Belleau fait partie de la première garde, celle qui a fondé l’association de Frobisher Bay en 1981, qui a participé à la construction du Franco-Centre à la fin des années 1980, dont il fut un grand artisan en tant que Frobuild, qui était de toutes les activités culturelles et économiques de la communauté jusqu’à la fin des années 2000.
Avant l’acquisition du Franco-Centre, pendant assez longtemps, des francophones se rencontraient au Frobisher Inn les dimanches pour des activités sociales et des réunions. « La salle à manger du Frobisher était fermée le dimanche alors ils nous la prêtait pour nos rencontres. On pouvait se ramasser 35-40 personnes très régulièrement », se rappellait M. Belleau.
Les francophones étaient très impliqués dans la communauté locale. Toutes les grandes organisations étaient connectées à Montréal. Transport Canada opérait à partir de Dorval, Bell Canada employait 20-25 familles francophones, la Banque de Montréal était bien implantée, et Nordair, qui opérait aussi de Montréal, était la plus importante compagnie aérienne locale depuis les années 1960.
La communauté francophone était donc bien plus importante démographiquement à l’époque. La région comptait également plusieurs francophiles, dont quelques-uns haut placés et bien connectés comme Paul Okalik, Brian Pearson, Denis Patterson et bien d’autres.
Rayonnement international
Plusieurs grands noms sont aussi venus dans la région à travers les années, comme le Cirque du Soleil, Robert Charlebois dont on peut gouter un peu du séjour dans ses chansons comme Le batteur du diable, le groupe La révolution française, auteur de la célèbre chanson Québécois, ou même le président de la France Jacques Chirac. Il fut ainsi le premier chef d’État étranger à visiter le nouveau territoire du Nunavut, en 1999. Grand amoureux de la culture et de l’art inuit, il a passé beaucoup de temps à l’atelier de Pangnirtung, mais il a aussi rencontré quelques dignitaires, dont le premier ministre de l’époque, Paul Okalik, et a remis la Légion d’honneur à John Amagoalik, dit le « père du Nunavut ». Il a aussi rencontré la communauté francophone et visité le Franco-Centre.
C’était aussi juste après la création du Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE) Canada qui créait un partenariat tout à fait novateur avec 9 ministères gouvernementaux dans une entente pour soutenir le développement des communautés de langues officielles en situation minoritaire. Après la visite du président français au Nunavut, une délégation de RDÉE Nunavut, faisant alors partie de l’AFN, s’est rendue à Paris pour promouvoir le nouveau territoire canadien comme destination touristique auprès des Français.
Jacques Belleau a toujours été impliqué dans la communauté francophone locale, de la création de l’AFN à l’ouverture de l’école des Trois-Soleils, alors quand il est devenu difficile pour Paul Landry d’assumer les responsabilités de président de l’AFN alors qu’il explorait le monde et les pôles, les membres du conseil d’administration l’ont invité à se présenter tout aussi naturellement. « C’est à ton tour maintenant Jacques! », se souvenait-il. Il a servi quelques années avant son départ d’Iqaluit en 2007.
M Belleau se souvient du dynamisme communautaire et culturel durant son mandat qui a vu grandir le Festival des arts Alianait et les célèbres Diners du vendredi. En effet, Alianait est une initiative francophone issue des activités musicales de Ghislain Couture qui était alors coordonnateur de la radio CFRT 107,3 FM. L’idée était d’encourager les artistes locaux. Lui-même était violoneux. Sylvia Cloutier, franco-inuk, a trouvé le nom du festival.
Plusieurs se souviennent encore des fameux Diners du vendredi. Ce n’était pas l’idée originale de Jacques Belleau, mais il était très fier de leur succès. C’était une initiative de Marge Lalonde qui louait un bureau dans le Franco-Centre pour son entreprise de transport. Le concept était soupe et sandwich, à pris très abordable.
La transition vers Ottawa
Les choses ont commencé à changer quand le point d’attache d’Iqaluit avec le Sud s’est déplacé de Montréal à Ottawa. Le changement a été graduel. Nordair a disparu à la fin des années 1980. Northwestel a remplacé Bell en 1992. Transport Canada a délaissé la responsabilité de l’aéroport en 1994.
Le changement a donc été progressif, mais le point décisif souligné par M. Belleau, a été quand l’entente de services qui liait la région aux hôpitaux de la région de Montréal a changé pour ceux d’Ottawa. Plusieurs raisons ont été amenées pour expliquer cette transition, comme la langue de service dans les hôpitaux de Montréal et la grosseur imposante de la ville qui intimidait certains patients inuits, mais la vivacité du mouvement indépendantiste québécois de l’époque et le référendum de 1995 ont certainement un rôle important à y jouer.
Des histoires à transmettre
Jacques Belleau vivait depuis à Québec avec sa femme Rebecca Veevee. Leur fille Marie Viivi Belleau vit quant à elle à Iqaluit. Cet ancien président de l’AFN était encore extrêmement attaché au territoire, consultant la presse locale une à deux fois par jour.
Il était aussi très attaché à l’AFN. « L’Association c’est ma vie », confiait-il. Jacques Belleau avait beaucoup d’histoires à raconter. Il soulevait parfois que la communauté manquait de mémoire collective et qu’ils auraient avantage à se souvenir de leurs accomplissements. Il y a beaucoup de belles histoires, de fierté. Des histoires à transmettre, pour continuer d’inspirer et de tracer un avenir.
À sa famille, à ses amis et tous ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer, nous leur adressons nos plus sincères condoléances.