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le Mercredi 15 avril 2026 7:00 Francophonie

Faire vivre le français loin de ses repères

Le théâtre Uiviit a organisé plusieurs événements tout au long du mois de mars à l’occasion du Mois de la francophonie. — Crédit : AFN
Le théâtre Uiviit a organisé plusieurs événements tout au long du mois de mars à l’occasion du Mois de la francophonie.
Crédit : AFN

Alors que le Mois de la francophonie était célébré en mars à travers le monde, la présence francophone au Nunavut demeure limitée. Selon le Recensement de 2021 de Statistique Canada, environ 670 résidents ont le français comme première langue officielle parlée, soit près de 2 % de la population.

Faire vivre le français loin de ses repères
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À l’occasion du mois de la Francophonie, la richesse et la vitalité du français étaient mises à l’honneur partout dans le monde. « Être francophone au Nunavut, pour moi, c’est garder un lien précieux avec mes racines tout en m’ouvrant à une culture nordique unique. C’est une façon de rester moi-même, de transmettre le français autour de moi et de contribuer à une petite communauté qui compte sur chacun de nous pour faire vivre la langue », exprime une résidente établie au Nunavut depuis deux ans.

Une francophonie qui se structure

Si la présence du français dans l’Arctique canadien remonte à plusieurs siècles, la communauté au Nunavut commence véritablement à se structurer dans les années 1980, alors que le territoire fait encore partie des Territoires du Nord-Ouest. Ce mouvement se traduit notamment par le développement d’associations locales. L’Association des francophones de Frobisher Bay est ainsi l’ancêtre de l’Association des francophones du Nunavut (AFN).

L’AFN est officiellement créée en 1981, à l’initiative de francophones amateurs de hockey souhaitant retransmettre les matchs du Canadien de Montréal diffusées à la télévision de Radio-Canada. La création du Nunavut en 1999 marque un tournant. L’AFN devient alors un acteur central du dynamisme communautaire et de la promotion du français. Depuis, malgré sa taille modeste, le milieu francophone s’est progressivement structuré autour de services et d’institutions.

Au fil des ans, école, garderie, médias et organismes locaux se sont développés, témoignant d’un réseau en pleine croissance. Une évolution que constate Maya Jelali, installée à Iqaluit depuis 15 ans :

« Je pense qu’on a beaucoup grandi. Il y eu des progrès depuis mon arrivée. Quand on regarde les organisations comme le Carrefour, le RÉSEFAN ou l’AFN, je vois des changements. Les services, les activités et les programmes se sont multipliés. »

Défis et fierté au quotidien

Au Nunavut, vivre en français comporte son lot de défis. Originaire du Burkina Faso, Fatime Karima Traoré est installée au Nunavut depuis un an. « Ce qui m’a amené ici, c’est d’abord le désir de changer d’environnement. Je voulais un endroit calme, naturel, et le Nunavut remplissait tous les critères, sans oublier les possibilités d’emploi ». Pour elle, les conditions climatiques, la pénurie de logements et la solitude comptent parmi les principaux obstacles.

Une autre résidente évoque plutôt le poids de l’éloignement. « Être loin de ceux qu’on aime, de ses repères et de ses routines, c’est ce qui pèse le plus. On s’adapte, bien sûr, mais il y a des jours où le manque se fait sentir plus fort que tout ».

Malgré ces difficultés, elle souligne qu’être francophone au Nunavut est aussi source de fierté, notamment celle de porter son identité, de créer des liens et de trouver sa place dans un territoire où chaque voix à sa valeur.

« Ce qui me rend le plus fière, c’est de réussir à faire vivre ma langue et ma culture si loin de mes repères. J’aime sentir que ma présence compte ici, que je contribue à ma manière à la richesse du Nunavut. Ce qui me touche le plus, c’est la belle relation que j’ai tissée avec les Inuit : leur accueil et leur simplicité ont rendu mon intégration profondément humaine et précieuse. »

— Fatime Karima Traoré

Célébrer en contexte minoritaire

Pour plusieurs, le Mois de la francophonie revêt une signification particulière dans un territoire où la langue demeure minoritaire. Il devient une occasion de se rassembler, de la souligner et d’affirmer sa place. Une résidente rappelle que ces fêtes prennent un sens spécial dans le Nord, où elles permettent de se reconnecter à ses racines et de partager une fierté commune.

Fatime Karima Traoré abonde dans le même sens. « C’est un moment pour mettre en valeur et promouvoir la langue française au Nunavut, renforcer les liens entre francophones, sensibiliser la communauté majoritaire à notre présence et valoriser la culture francophone locale ».

Maya Jelali nuance toutefois ce point de vue. Pour elle, le Mois de la francophonie n’a pas de signification particulière.

« J’en entends parler ici et là, mais ce n’est pas vraiment célébré selon moi. Il n’y a pas beaucoup de choses qui se passent, donc ce n’est pas nécessairement un mois que je célèbre »

— Maya Jelali

Si elle reconnaît des avancées au fil des années, elle estime que des défis persistent, notamment l’accès à des espaces et des activités en français, un enjeu marqué pour les enfants.