Le secrétariat national du CNFS a commandé cette recherche dans le contexte du renouvellement du financement du Programme pour les langues officielles en santé pour la période 2028-2033. Les organismes bénéficiaires souhaitent disposer de données récentes sur les perceptions et le vécu des communautés de langue officielle en situation minoritaire en matière d’accès aux soins dans la langue de leur choix.
L’objectif est notamment de dresser un état des lieux, de cerner les obstacles rencontrés et les facteurs qui facilitent cet accès, puis d’en mesurer l’évolution depuis les travaux de 2020. La recherche examinera aussi l’influence de la langue sur l’expérience des soins, la compréhension de l’information médicale, le sentiment de sécurité et la qualité perçue des services reçus.
« Les réalités territoriales constituent un élément important de l’étude », souligne Manon Tremblay, directrice du secteur Santé du CNFS. L’analyse tiendra compte de l’éloignement géographique, de la taille des communautés, de la disponibilité limitée de ressources bilingues ainsi que des défis liés au recrutement et au maintien des professionnels de la santé.
Elle indique que la recherche de participants se fait en collaboration avec les partenaires du CNFS et des réseaux communautaires et de santé, notamment les réseaux provinciaux et territoriaux de la Société Santé en français, ainsi qu’avec des organismes francophones et des médias communautaires. L’objectif est d’assurer une diversité de profils et de contextes régionaux.
Des données limitées au Nunavut
L’initiative s’appuie sur une importante littérature scientifique, sur une étude nationale réalisée en 2020 ainsi que sur différents travaux menés dans le Nord, dont une recherche en cours aux Territoires du Nord-Ouest. « Les données spécifiques au Nunavut demeurent relativement limitées », précise toutefois la directrice. Elle indique que la participation des francophones du territoire permettra d’enrichir les connaissances et de mieux comprendre les réalités locales.
L’échantillon de 2020 comptait 595 francophones hors Québec, dont 60 % préféraient recevoir leurs services de santé en français. Parmi ceux qui avaient eu recours à des soins au cours des 12 mois précédents, 34 % avaient pu être servis en français par tous les membres du personnel, 33 % par quelques-uns et 33 % par aucun d’entre eux.
Le rapport ne présente toutefois pas de données propres au Nunavut. Les répondants sont plutôt regroupés en trois ensembles géographiques : les provinces de l’Atlantique, l’Ontario et l’Ouest canadien.
Le recrutement se poursuit, notamment au Nunavut, où la firme PGF Consultants cherche toujours des participants. Les personnes intéressées peuvent remplir un formulaire de présélection. Les groupes de discussion sont prévus entre octobre et décembre 2026 et auront lieu graduellement, à mesure que l’objectif de participation sera atteint dans chacune des régions.
Selon l’échéancier actuel, le rapport final devrait être achevé au début de 2027 et présenté aux partenaires au plus tard le 31 mars 2027. Les résultats serviront notamment à alimenter la réflexion stratégique du CNFS et à appuyer les démarches visant à améliorerl’accès aux services de santé dans la langue officielle choisie par les usagers. Les modalités de diffusion publique restent toutefois à confirmer.
L’hôpital général Qikiqtani, à Iqaluit. L’accès aux soins en français au Nunavut fait partie des réalités que la nouvelle étude du CNFS souhaite mieux documenter.
Des enjeux persistants
Interrogée sur d’éventuelles améliorations des services de santé en français, Omanola Djalogue, vice-présidente du RÉSEFAN et infirmière en soins à domicile à l’Hôpital général Qikiqtani, répond spontanément : « Pas du tout. » Elle dit être régulièrement appelée à la clinique pour aider des patients francophones qui ont besoin d’interprétation. Selon elle, le poste d’interprète demeure vacant.
« Quand tu ne te sens pas bien, tu es vulnérable et tu veux mieux t’exprimer dans la langue où tu te sens confortable », explique-t-elle. Elle estime qu’une mauvaise compréhension des consignes médicales peut avoir des conséquences concrètes, notamment sur la prise de médicaments ou le suivi des soins.
Collins Tagnigou, un francophone d’Iqaluit, constate pour sa part certains progrès. Lorsqu’il travaillait à l’hôpital, il dit avoir souvent été appelé par le personnel de l’enregistrement ou des médecins pour servir d’intermédiaire auprès de patients francophones, ce qui l’obligeait à interrompre ses propres tâches. L’embauche d’une traductrice avait ensuite amélioré quelque peu la situation. Il souligne également qu’il y a aujourd’hui davantage de médecins et d’infirmières francophones.
Des difficultés persistent toutefois. Selon lui, l’accès aux soins en français demeure inégal et un soutien linguistique devrait être offert lorsque le personnel francophone n’est pas disponible. Il ne suffit pas que les services en français existent « sur papier », ajoute-t-il. Encore faut-il réellement y avoir accès au moment où l’on en a besoin.