le Mercredi 23 septembre 2026
le Mercredi 23 septembre 2026 8:00 | mis à jour le 23 septembre 2026 8:05 Actualités

L’eau potable au Nunavut fera l’objet d’un audit

Des modules destinés à la nouvelle usine de traitement de l’eau ont été livrés à Arctic Bay pendant la saison de ravitaillement maritime de 2026. — Gouvernement du Nunavut
Des modules destinés à la nouvelle usine de traitement de l’eau ont été livrés à Arctic Bay pendant la saison de ravitaillement maritime de 2026.
Gouvernement du Nunavut

Le Bureau du vérificateur général du Canada prépare un audit de performance sur la gestion de l’eau potable au Nunavut, dont le rapport est attendu en 2027. Parmi les communautés où des investissements sont en cours, cinq sont considérées par le gouvernement territorial comme particulièrement à risque.

L’eau potable au Nunavut fera l’objet d’un audit
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La portée, la méthodologie et le calendrier détaillé de l’audit, qui en est toujours à ses débuts, restent à définir. Le Bureau indique que d’autres renseignements seront publiés sur son site Web à mesure que les travaux progresseront. 

Des discussions préliminaires ont été amorcées avec des organisations non identifiés. Le vérificateur général n’a pas précisé si les municipalités, les organisations inuit ou les Nunavummiut pourraient lui transmettre directement leurs préoccupations ni si certaines communautés ou la mise en œuvre du Cadre stratégique sur l’eau potable de 2023 feraient l’objet d’un examen particulier.   

Des vulnérabilités différentes 

Le gouvernement territorial considère Arctic Bay, Grise Fiord, Pond Inlet, Rankin Inlet et Sanikiluaq comme présentant les risques les plus élevés parmi les communautés bénéficiant d’investissements, bien que les vulnérabilités diffèrent d’un endroit à l’autre.   

À Sanikiluaq, une ordonnance de non-consommation est en vigueur depuis 2014, le système actuel ne pouvant traiter adéquatement la salinité naturellement élevée de la source d’eau, selon le gouvernement du Nunavut. Les logements ont depuis été équipés d’appareils d’osmose inverse. Dans un avis publié en février 2024, le ministère de la Santé précisait que l’eau provenant d’un robinet non relié à l’un de ces appareils n’était pas potable et que les résidents devaient utiliser de l’eau filtrée ou achetée pour boire. 

En janvier 2024, Ottawa et le gouvernement du Nunavut ont annoncé près de 29,7 millions de dollars pour concevoir et construire une nouvelle installation de traitement de l’eau.  

À Arctic Bay, Pond Inlet et Grise Fiord, les systèmes existants reposent principalement sur la chloration. Ces trois collectivités figurent parmi les neuf communautés où des travaux de modernisation sont jugés prioritaires, puisque leurs équipements ne répondent pas aux recommandations canadiennes actuelles sur la qualité de l’eau potable. Arctic Bay a également besoin d’une usine moderne et d’une capacité supplémentaire de stockage d’eau destinée à la lutte contre les incendies.  

Après la défaillance de la prise d’eau initiale, un dispositif flottant relié à l’usine existante a été installée à Pond Inlet en septembre 2020. Un captage redondant et des pompes submersibles de secours se sont ajoutés en 2021 pour prolonger la durée de vie du dispositif, indique Bryan Simonee, directeur administratif principal adjoint du hameau.  

Il juge que l’enjeu majeur demeure la fiabilité et la résilience de ce système temporaire, vulnérable aux glaces arctiques et aux défaillances mécaniques, même si l’eau peut généralement être distribuée. La communauté a aussi connu plusieurs avis d’ébullition ces dernières années.  

Au début de 2026, le gouvernement du Nunavut a accordé à ATCO Frontec un contrat de 41 millions de dollars pour construire une nouvelle usine, moderniser le système de réservoirs et mettre hors service l’installation vieillissante. Selon l’entreprise, les travaux devraient commencer en 2027 et durer deux ans. 

Bryan Simonee souhaite que l’audit dépasse la conformité technique pour évaluer l’ensemble de la gestion de l’eau, notamment les infrastructures et leur financement, la qualité de l’eau, les avis d’ébullition, le personnel et le partage des responsabilités. Il voudrait aussi que soient considérées les conséquences de ces mesures prolongées sur la population et les activités municipales. Selon lui, le hameau devrait « absolument » demander à être consulté pendant la définition de la portée de l’examen. 

À Grise Fiord, le bris d’un réservoir essentiel a provoqué des pénuries récurrentes et mis en évidence le besoin d’une infrastructure permanente de remplacement. Quant à Rankin Inlet, son usine de traitement, la plus ancienne du territoire, demeure en activité grâce à des réparations provisoires malgré plusieurs défaillances d’équipements. Des travaux de modernisation à long terme y sont toujours nécessaires, selon le gouvernement. 

La station de remplissage d’eau de Pond Inlet. Le hameau souligne les enjeux de fiabilité et de résilience de son système temporaire.

Bryan Simonee

Kugaaruk veut être consulté  

À Kugaaruk, le réseau d’eau fonctionne comme prévu depuis l’infiltration d’eau salée survenue en décembre 2025. L’eau puisée dans une rivière à l’est de la communauté est traitée à l’usine, puis livrée quotidiennement par camion, indique Matt O’Halloran, directeur administratif principal du hameau. L’incident a néanmoins révélé la vulnérabilité de la communauté aux marées extrêmes et la nécessité d’une source de secours plus accessible. Le soutien d’urgence du gouvernement du Nunavut a été adéquat et grandement apprécié, ajoute-t-il.   

Parmi les solutions envisagées figurent le déplacement de la prise d’eau plus en amont et le recours aux réserves souterraines de la région, deux avenues qui nécessiteraient l’appui des gouvernements territorial et fédéral.  

Le hameau souhaite que l’audit évalue ces possibilités, les risques futurs d’infiltration d’eau salée ainsi que la fiabilité de sa source de secours et de ses systèmes d’urgence. Il demande également à être consulté pendant la définition de la portée de l’examen.  

Un plan d’action toujours attendu 

Déposé en 2023, le cadre stratégique territorial prévoyait notamment de moderniser la réglementation, d’inventorier les infrastructures, d’établir des normes adaptées au Nunavut, de renforcer la formation des opérateurs et d’améliorer le suivi de la qualité de l’eau. Son coût était évalué à 610 millions de dollars de 2022, dont 605 millions consacrés au déficit infrastructurel. 

Depuis, le gouvernement affirme avoir fait avancer les projets dans les cinq communautés à risque déjà citées. La planification d’installations est également en cours à Igloolik, Gjoa Haven, Qikiqtarjuaq, Clyde River, Coral Harbour et Baker Lake. Des projets liés aux réseaux d’eau progressent aussi à Cambridge Bay, Sanirajak et Kinngait. 

Plus de 400 millions de dollars ont été engagés jusqu’à présent. Le gouvernement n’a toutefois précisé ni les travaux restant à réaliser ni la part des besoins estimés qui demeure à financer.  

Le ministère de la Santé élabore par ailleurs un nouveau règlement sur l’eau potable municipale. Huit cours régionaux accompagnés d’examens ont été offerts aux opérateurs; ceux qui les ont réussis pourront obtenir leur certification une fois celui-ci adopté.  

Le cadre ne fixait aucun échéancier et renvoyait à un plan d’action qui devait détailler les activités, les coûts et les délais. Ce document demeure à l’état d’ébauche et aucune date de publication n’a été annoncée.  

Le gouvernement territorial affirme participer pleinement à l’audit, sans contribuer à son orientation. Il se dit favorable à un examen élargi, qui pourrait notamment porter sur le déficit d’infrastructures dans les communautés éloignées et sur les programmes fédéraux destinés à financer ces infrastructures.