Depuis le début de 2026, le Service de l’autorité municipale d’Iqaluit a enquêté sur 17 cas de morsures de chien, selon des données rendues publiques par la Ville le 25 août.
Les agents ont également enregistré 64 plaintes concernant des chiens en liberté et mis 73 chiens en fourrière. Parmi ceux-ci, 42 ont été rendus à leurs propriétaires, 22 ont été adoptés et neuf ont été euthanasiés. Le Service rapporte aussi 54 tentatives proactives de capture de chiens.
Ces données ont été publiées au lendemain de graves morsures de chien ayant suscité de nombreuses réactions dans la communauté. Dans une mise à jour diffusée le 26 août, la Ville a toutefois précisé que, selon les renseignements recueillis par la GRC, le chien impliqué n’était pas en liberté au moment de l’incident et aurait été attaché. La GRC n’a pas relevé d’activité criminelle et le dossier doit être examiné par le Service de l’autorité municipale.
Un règlement modifié en 2025
En juin 2025, le conseil municipal d’Iqaluit avait adopté des modifications à son règlement sur le contrôle des animaux domestiques. Celles-ci établissaient notamment une période minimale de garde de 24 heures pour les animaux capturés, pouvant être prolongée jusqu’à 72 heures lorsque la capture survenait en dehors des heures normales de travail, comme les fins de semaine ou les jours fériés.
La Ville avait alors expliqué vouloir disposer de davantage de souplesse pour gérer ces situations, tout en prévoyant des efforts raisonnables pour joindre les propriétaires des animaux portant une médaille municipale valide.
Aujourd’hui, Geoffrey Byrne, gestionnaire des communications de la Ville d’Iqaluit, indique toutefois ne pas disposer de suffisamment de données historiques comparables pour déterminer si les modifications ont eu un effet sur les chiens en liberté ou les autres incidents. La Ville prévoit être mieux en mesure d’évaluer les tendances l’an prochain, lorsqu’elle disposera de deux années complètes de données.
Faute de statistiques historiques comparables sur les morsures de chien, il n’est pas encore possible d’établir si leur nombre est en hausse ou en baisse cette année, précise-t-il. Il assure néanmoins que chaque morsure ou attaque signalée est prise au sérieux et fait l’objet d’une enquête du Service de l’autorité municipale.
Le règlement continuera par ailleurs de faire l’objet d’un suivi et, si des améliorations sont jugées nécessaires en matière d’application ou de sécurité publique, de nouvelles modifications pourraient être soumises au conseil municipal, ajoute M. Byrne.
Selon Nunavut Animal Rescue, une bonne socialisation et l’apprentissage des consignes de base dès le jeune âge contribuent à la prévention.
Responsabiliser les propriétaires…
Propriétaire de trois gros chiens à Iqaluit, Ralph Kownak estime que la sécurité ne repose pas uniquement sur l’intervention de la Ville, mais également sur la façon dont les animaux sont élevés et encadrés.
« Je m’inquiète des chiens négligés ou maltraités qui pourraient attaquer », explique-t-il. Ses propres animaux peuvent occasionnellement s’échapper par accident, précise-t-il, mais il part alors immédiatement à leur recherche.
Interrogé dans le cadre de ce bilan, le résident affirme toutefois ne pas savoir quelles modifications ont été apportées au règlement municipal l’an dernier. Pour Ralph Kownak, une partie de la solution passe par la prévention. Il souhaiterait notamment davantaged’activités de sensibilisation sur la façon d’élever et de dresser un chien, ainsi qu’un meilleur accès à la stérilisation afin de limiter les portées non planifiées.
Frank Flee affirme pour sa part avoir modifié ses habitudes après avoir été confronté à un chien en liberté alors qu’il se rendait au travail. Selon son témoignage, l’animal s’en est pris à sa jambe.
Depuis cet incident, il dit ne plus emprunter ce trajet. « Je trouve très préoccupant et très peu sécuritaire de marcher en ville », affirme-t-il. Habitué de faire de la randonnée, il a l’impression de croiser davantage de chiens errants ou en liberté qu’il y a quatre ou cinq ans.
L’Iqalummiut déclare également n’avoir reçu aucun suivi du Service de l’autorité municipale après avoir signalé l’incident. Il indique avoir communiqué avec celui-ci, qui lui aurait notamment demandé la race du chien. Il précise qu’il n’a pas été informé des suites données à sa démarche.
… mais aussi la population
Pour Janelle Kennedy, présidente de Nunavut Animal Rescue, prévenir les morsures passe par une meilleure compréhension du comportement des chiens. Elle explique qu’une morsure survient le plus souvent en réaction au stress, à la peur, à la douleur ou à un instinct de protection.
Certains signes peuvent traduire l’inconfort ou l’anxiété d’un animal, souligne-t-elle, notamment un corps raide, une queue rentrée, le léchage des lèvres, des bâillements ou un regard fixe. Ignorer ces signaux peut mener à une escalade du comportement, jusqu’au grognement ou à la morsure.
Face à un chien inconnu ou agressif qui s’approche, Jannelle Kennedy recommande avant tout de ne pas courir. « Restez immobile, ne courez pas », précise-t-elle. Elle suggère également d’éviter le contact visuel direct et, lorsque c’est possible, de s’éloigner lentement ou de se mettre à l’abri. Il faut s’abstenir de crier, de donner des coups ou de provoquer l’animal.
Elle insiste par ailleurs sur la nécessité de ne jamais laisser de jeunes enfants seuls avec un chien et préconise une supervision constante. De son point de vue, la prévention passe aussi par une bonne socialisation de l’animal dès son jeune âge et par l’apprentissage des consignes de base, afin qu’il puisse mieux s’adapter à son environnement. Elle rappelle enfin que les propriétaires ont la responsabilité d’offrir à leur animal un encadrement, de l’exercice et des soins adéquats.
Dans cette optique de prévention, Nunavut Animal Rescue souhaite offrir des programmes d’éducation canine dans les écoles. L’organisme dispose déjà de ressources et d’un jeu éducatif, mais cherche actuellement une personne pour coordonner ces activités.