Baffinland Iron Mines a demandé une protection en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers (LACC), une démarche qui lui permet d’obtenir un répit judiciaire pendant qu’elle tente de restructurer ses finances.
La compagnie minière attribue ses difficultés financières à une combinaison de facteurs, selon des documents déposés à la cour le 14 mai 2026. L’entreprise affirme avoir engagé d’importantes dépenses liées au projet du chemin de fer Milne, soit plus de 1,06 milliard de dollars entre 2017 et 2022. Ces dépenses avaient été réalisées en prévision d’une approbation réglementaire qui n’a finalement jamais été accordée.
La société évoque aussi le poids de sa dette, les limites actuelles de transport et de production à la mine Mary River, en plus des coûts élevés d’exploitation dans un environnement nordique isolé. Les documents judiciaires indiquent que l’entreprise est plafonnée à un volume annuel de 4,2 millions de tonnes, ce qui limiterait sa capacité à générer suffisamment de revenus pour couvrir ses dépenses et assurer le remboursement de ses emprunts.
Baffinland affirme par ailleurs verser environ 2,5 millions de dollars par mois en intérêts liés à certaines facilités de crédit.
Une situation financière qualifiée d’urgente
Au-delà de ces facteurs structurels, Baffinland juge sa situation financière critique. Toujours selon les documents fournis à la cour, la société dit fonctionner « de semaine en semaine » sur le plan des liquidités et manquer de fonds pour répondre à certains engagements immédiats.
L’entreprise affirme avoir besoin d’environ 100 millions de dollars pour assurer les expéditions maritimes de 2026, incluant l’approvisionnement en carburant. Elle indique devoir composer avec près de 87 millions de dollars en comptes impayés et ne pas disposer de fonds suffisants pour honorer l’ensemble de ses obligations.
Baffinland emploie environ 1200 personnes au Nunavut, dont près de 300 Inuit et soutient qu’un arrêt de ses activités entraînerait des répercussions au-delà de ses créanciers et de sa situation financière. Selon les documents déposés, des entreprises locales, des fournisseurs et certaines communautés dépendraient aussi de la poursuite des opérations de la mine Mary River.
La Chambre de commerce régionale de Baffin n’a pas souhaité commenter la situation, affirmant ne pas se prononcer sur les dossiers d’entreprises individuelles, particulièrement dans le cadre d’un processus de restructuration.
Aucune perturbation des activités n’est pour le moment annoncée à la mine Mary River et au port de Milne pendant le processus de restructuration.
Aucun arrêt des activités annoncé
Le 19 mai, le gouvernement du Nunavut a indiqué avoir reçu l’assurance que les activités de Baffinland se poursuivraient « normalement pour le moment », malgré le processus de restructuration judiciaire.
Dans un communiqué conjoint, le premier ministre John Main et le ministre des Services communautaires, Craig Simailak, ont affirmé vouloir protéger « les moyens de subsistance et le bien-être » des centaines de Nunavummiut travaillant pour Baffinland. Ils ont décrit l’entreprise comme un employeur important et un contributeur majeur à l’économie du territoire.
Le 22 mai, lors d’une séance de l’Assemblée législative, Craig Simailak, qui est aussi ministre responsable des Mines, a réitéré que les activités de Mary River se poursuivent et qu’« aucun licenciement » n’avait été annoncé à ce stade. Le gouvernement du Nunavut a également rappelé l’importance du projet pour l’activité économique du Nunavut et l’emploi inuit.
Peter Akman, responsable des relations avec les parties prenantes et des communications de Baffinland, indique que l’entreprise évalue diverses options dans le cadre du processus, dont une possible recapitalisation ou une vente.
Il ajoute que les employés continueront d’être payés « normalement » et que les avantages sociaux demeureront en place. Les décisions quotidiennes resteront entre les mains de l’équipe de direction de l’entreprise, sous supervision judiciaire. « Aucune perturbation » des activités à la mine Mary River et au port de Milne n’est prévue pendant le processus de restructuration. La saison maritime 2026 devrait aussi avoir lieu comme prévu, selon lui.
Peter Akman affirme que les ententes conclues avec la Qikiqtani Inuit Association (QIA) continueront d’être respectées et que la minière souhaite également faire avancer le développement du composant Steensby du projet Mary River, lié à l’expansion des infrastructures de transport du minerai.
Le porte-parole de Baffinland a toutefois indiqué que l’entreprise ne commenterait pas davantage les chiffres et les détails figurant dans les documents déposés au tribunal.
Annie Thomlinson, directrice des communications de Nunavut Tunngavik Inc. (NTI), précise que l’organisation surveille de près la procédure judiciaire avec la QIA afin de s’assurer que les droits, intérêts et ententes inuit soient respectés.
NTI affirme vouloir collaborer avec la QIA, les gouvernements, Baffinland et les autres parties concernées afin que les Inuit aient « une voix importante dans le processus et dans toute issue qui pourrait découler du dossier ».
Pour l’instant, Baffinland dit poursuivre ses activités malgré une situation financière qu’elle qualifie d’urgente.
55 millions du Fédéral destiné aux minéraux critiques
Le gouvernement du Canada a annoncé le 20 mai l’investissement de plus de 55 millions de dollars pour des projets liés aux minéraux critiques au Nunavut, notamment le projet de route et de port de Gray’s Bay et une technologie visant à réduire les émissions dans le secteur minier. L’annonce survient dans un contexte où l’industrie minière du Nunavut retient l’attention, alors que Baffinland Iron Mines, traverse un processus de restructuration financière sous protection judiciaire.