Le projet remonte à 2019, lorsque les gouvernements fédéral et territorial ainsi que Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI) ont signé une déclaration d’intention visant la construction et l’exploitation d’un centre de rétablissement au Nunavut. Celui-ci devrait combler une importante lacune dans l’offre de soins, alors que des Nunavummiut ayant besoin d’une telle prise en charge doivent actuellement la recevoir à l’extérieur du territoire.
Le coût des traitements
Du côté de la santé mentale, 118 personnes ont suivi des traitements résidentiels ailleurs au pays entre le 1er avril et le 13 août 2026. Selon les données fournies par Victoria Madsen, sous-ministre adjointe responsable de la santé mentale et des dépendances au gouvernement du Nunavut, les dépenses associées se sont élevées à un peu plus de 46 millions de dollars.
Dans le cas des dépendances, le ministère fait plutôt état de 60 patients, pour un montant avoisinant 3,2 millions de dollars au cours de la même période. Ce décompte ne comprend pas les enfants ayant accompagné un parent pendant son séjour.
Les patients sont dirigés vers l’un des neuf établissements agréés au Canada avec lesquels travaille le ministère. Ce choix dépend de leurs besoins cliniques, de leurs objectifs thérapeutiques, des services offerts et des disponibilités.
Les effets de cette prise en charge ne se limitent toutefois pas aux conséquences financières et aux déplacements. « Pour de nombreux Nunavummiut, recevoir des traitements résidentiels contre les dépendances et les traumatismes a signifié devoir quitter le territoire et être séparés de leur famille, de leur communauté, de leur langue, de leur culture et d’importants réseaux de soutien pendant un parcours de guérison profondément personnel », souligne Victoria Madsen.
La construction d’Aqqusariaq a été lancée en 2023. Le projet, alors assorti d’une enveloppe budgétaire de 83,7 millions de dollars, devait être en grande partie achevé en décembre 2025, mais le chantier a accusé du retard. L’entrepreneur Arctic Fresh Group estime maintenant pouvoir terminer les travaux d’ici la fin de l’été.
Au moment de publier, le ministère de la Santé n’avait toujours pas précisé la date d’ouverture du centre ni celle de l’accueil des premiers patients.
Des soins adaptés
Au-delà des espaces d’hébergement, les plans du bâtiment prévoient des soins infirmiers, des services de consultation et une garderie. Des locaux doivent également être consacrés à la remise en forme, à l’art et à l’artisanat, au dépeçage ainsi qu’à la préparation de la viande. Le centre proposera aussi des activités de guérison sur le territoire.
L’approche retenue doit conjuguer les pratiques cliniques avec les modes de connaissance, les valeurs et la langue des Inuit. Des aînés, des experts culturels, des travailleurs œuvrant dans le domaine du mieux-être ainsi que des personnes ayant une expérience vécue ont notamment participé à la conception de l’approche et des programmes.
Selon Victoria Madsen, le modèle retenu doit également permettre à un plus grand nombre de Nunavummiut de préserver leurs liens avec leur famille, leur communauté et leurs réseaux de soutien tout au long de leur rétablissement.
Le nom Aqqusariaq fait référence, en inuktitut, à un sentier menant à destination et symbolise ainsi un cheminement vers la guérison.
Une gouvernance dirigée par les Inuit
En août 2025, NTI a approuvé la création d’un organisme sans but lucratif également nommé Aqqusariaq. NTI en est l’unique membre, mais sa gestion doit être confiée à un conseil d’administration indépendant. Celui-ci sera chargé de superviser et de guider les activités du centre afin que la prise en charge demeure dirigée par les Inuit et ancrée dans la culture et l’inuktut.
Le ministère de la Santé prévoit de travailler étroitement avec l’entité responsable d’Aqqusariaq afin de soutenir les démarches d’orientation, de faciliter la prestation des services et d’assurer la continuité du parcours de soins. Il coordonnera aussi les déplacements médicaux admissibles et collaborera avec l’exploitant, les prestataires de services communautaires et ses autres partenaires pour accompagner les patients avant, pendant et après leur séjour.
Aqqusariaq n’a toutefois pas vocation à remplacer toutes les options thérapeutiques accessibles ailleurs au Canada, précise le gouvernement territorial. Cette nouvelle ressource augmentera néanmoins considérablement la capacité du Nunavut à offrir localement des soins résidentiels.
Le centre constitue l’un des trois piliers du système de prise en charge des dépendances et des traumatismes conçu pour le Nunavut. Les deux autres consistent à mettre en place des initiatives communautaires, parmi lesquelles des camps de guérison sur le territoire, et à former une main-d’œuvre inuit appelée à travailler tant dans l’établissement que dans les autres volets du système.
En plus d’Aqqusariaq, le ministère affirme continuer à renforcer l’offre de services. Il cite notamment le programme de logements de transition en santé mentale de Cambridge Bay, qui comprend désormais deux maisons pouvant accueillir jusqu’à huit personnes.
Pour Sarah Inukpajujaq Ayaruaq, gestionnaire du programme des dépendances au Pulaarvik Kablu Friendship Centre de Rankin Inlet, le succès du centre reposera notamment sur la place accordée aux aînés, aux savoirs inuit et aux activités de guérison sur le territoire.
Les limites des traitements dans le Sud
Selon Sarah Inukpajujaq Ayaruaq, gestionnaire du programme des dépendances au Pulaarvik Kablu Friendship Centre de Rankin Inlet, l’ouverture d’Aqqusariaq au Nunavut pourrait aider à surmonter des obstacles qui dépassent la seule distance géographique.
« Les principaux obstacles découlent de modèles de traitement qui privilégient les approches du Sud au détriment des connaissances, des pratiques et des méthodes de guérison inuit. Quitter le Nunavut pour recevoir des soins peut aussi être difficile parce que les personnes sont loin de chez elles, sans accès à la nourriture traditionnelle et parfois, sans pouvoir parler leur propre langue », explique-t-elle.
À ses yeux, la réussite d’Aqqusariaq reposera également sur un équilibre entre des séances structurées et un soutien dirigé par les Inuit. « Les patients devraient notamment pouvoir partager leur vécu, participer à des activités de guérison sur le territoire, recevoir les encouragements des aînés et apprendre auprès d’invités ayant maintenu leur sobriété », affirme-t-elle.