Tenue du 22 au 25 juillet 2026, la 15e Assemblée générale du CCI a réuni 66 délégués représentant les Inuit du Canada, de l’Alaska, du Groenland et de la Tchoukotka (Russie), ainsi que des centaines d’observateurs, de partenaires et d’invités. Cette rencontre quadriennale constitue la plus haute instance décisionnelle de l’organisation et fixe le cap pour le mandat suivant.
La capitale nunavoise était l’hôte de l’événement pour la première fois depuis 1983. Sous le thème Inuit Tapiriit Nunarjuarmi, qui signifie « Les Inuit unis à travers le monde », le programme comprenait notamment des présentations des quatre bureaux régionaux, des interventions d’experts inuit et la présence de jeunes délégués.
Sara Olsvig, présidente sortante, a ouvert les travaux. Gloria Uluqsi, présidente de Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI), et le maire d’Iqaluit, Solomon Awa, ont accueilli les participants tandis que le premier ministre du Canada, Mark Carney a adressé un message préenregistré.
Pour Gloria Uluqsi, la rencontre a surtout témoigné de l’unité des Inuit réunis à Iqaluit, alors que l’Arctique fait l’objet d’une attention internationale sans précédent.
« Le message était clair : les Inuit doivent continuer d’exercer leurs droits et leur autodétermination, et les décisions concernant l’Arctique ne peuvent être prises sans les Inuit. Nous formons un seul peuple partout dans l’Inuit Nunaat, et les frontières internationales ne diminuent ni nos intérêts communs ni notre responsabilité de travailler ensemble », a-t-elle affirmé dans une réponse écrite au Nunavoix.
Aluki Kotierk, à droite, est félicitée par Herb Nakimayak, président du Conseil circumpolaire inuit du Canada, après son élection à la présidence internationale du CCI, le 25 juillet 2026 à Iqaluit.
Les grandes priorités retenues
Adoptée à l’unanimité le 25 juillet, la Déclaration d’Iqaluit s’adresse directement au CCI dans certaines de ses dispositions ; dans d’autres, elle presse les autorités publiques et les institutions d’agir dans les domaines ciblés par les délégués.
Les droits, la souveraineté et la participation aux décisions constituent un premier axe. Le texte réaffirme le droit des Inuit d’accéder à leurs territoires ancestraux et de prendre part à la gestion de leurs terres et de leurs eaux. Il demande aux gouvernements de respecter la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Le CCI devra également défendre la voix des Inuit dans les instances nationales et internationales et favoriser la coopération dans l’Arctique.
Pour Gloria Uluqsi, les organisations inuit ont la responsabilité de préserver l’intégrité de leur identité collective et de contester les revendications frauduleuses susceptibles de miner les droits, la représentation et l’accès aux programmes et aux ressources destinés aux Inuit.
La recherche dirigée par les Inuit et leur savoir occupent une place importante. Selon la présidente de NTI, les études sur l’Arctique ont trop souvent été menées par des institutions de l’extérieur. « Les Inuit doivent déterminer les priorités de recherche, participer aux travaux et bénéficier des connaissances produites », ajoute-t-elle.
Les conditions de vie dans les communautés forment un autre volet. Les gouvernements sont invités à investir dans des systèmes d’éducation dirigés par les Inuit et dans la revitalisation des langues, tout en améliorant l’accès au logement abordable, à l’eau potable et à l’assainissement. Le document préconise par ailleurs des services de santé et de bien-être conçus par les Inuit, ainsi que le renforcement des initiatives de soutien en santé mentale et de prévention du suicide auprès des jeunes.
En matière de sécurité alimentaire, les délégués réaffirment le droit des Inuit de chasser, de pêcher et de récolter sur l’ensemble de l’Inuit Nunaat. Ils réclament une véritable cogestion des ressources, un meilleur accès aux aliments locaux et une prise en compte accrue du savoir inuit dans les décisions concernant les espèces et les écosystèmes.
La dirigeante de NTI rappelle que les droits de récolte sont fondamentaux. Au Nunavut, ceux-ci sont également protégés par l’Accord du Nunavut.
« Ces activités ne concernent pas seulement l’alimentation. Elles sont liées à notre culture, à notre économie, à notre relation avec le territoire et la faune ainsi qu’à la transmission des connaissances inuit entre les générations.
Sur le plan climatique, le CCI devra continuer de représenter les Inuit dans les forums internationaux et de plaider pour des actions visant à limiter le réchauffement mondial à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Les gouvernements sont aussi appelés à leur permettre d’obtenir directement le financement consacré à l’adaptation et à soutenir les mesures qu’ils mettent eux-mêmes en œuvre.
La feuille de route aborde enfin la mise en valeur des ressources, les investissements en défense, la recherche et le sauvetage ainsi que l’intensification de la circulation maritime. Tout projet entrepris dans ces domaines devra respecter l’autodétermination des Inuit et procurer des avantages concrets aux communautés. Ces dernières devront également prendre part aux décisions touchant la navigation et les pêches, de même qu’aux discussions sur les répercussions possibles d’activités comme l’exploitation minière des fonds marins dans l’océan Arctique central.
Une Nunavummiuq à la tête du CCI
À l’issue de l’Assemblée, la présidence du CCI est passée du Groenland au Canada. Aluki Kotierk a été élue par acclamation pour quatre ans, succédant à Sara Olsvig.
Mme Kotierk a dirigé NTI de 2016 à 2024. Elle est actuellement présidente de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones et a également représenté des organisations de peuples autochtones au sein du groupe de travail mondial consacré à la Décennie internationale des langues autochtones 2022-2032.
Dans le communiqué annonçant son élection, Mme Kotierk s’est dite prête à entrer en fonction. « Il est clair que les Inuit sont unis pour façonner ensemble notre avenir. J’ai hâte de travailler avec le Conseil exécutif du CCI afin de remplir notre mandat et de faire avancer les priorités énoncées dans la Déclaration d’Iqaluit », a-t-elle indiqué.
La présidente sortante, Sara Olsvig, a pour sa part, affirmé que l’Assemblée avait tracé la voie pour la nouvelle équipe. Comparant les délégués au manche d’un harpon et le CCI à sa pointe, elle a expliqué que l’organisation devait porter leurs décisions sur la scène mondiale. « Le CCI continue d’insister pour demeurer aux tables décisionnelles des négociations internationales, dans des salles où nous ne sommes pas toujours les bienvenus, parce que c’est ce que notre peuple nous a demandé de faire », a-t-elle souligné.
Invité à préciser les dossiers qu’il comptait privilégier, le CCI n’a pas souhaité se prononcer, expliquant qu’il préparait son processus de planification stratégique lié à la Déclaration et préférait attendre que les travaux soient plus avancés avant de préciser ses priorités.
Aluki Kotierk sera épaulée par un nouveau Conseil exécutif composé des dirigeants des quatre branches régionales du CCI. Le Canada y sera représenté par Herb Nakimayak, président du CCI Canada, et Natan Obed, vice-président.
La prochaine Assemblée générale aura lieu à Nome, en Alaska, en 2030.