Le Nunavut était le dernier membre à adhérer à l’organisme canadien, car les feux de végétation y étaient jusqu’à récemment peu fréquents, explique Awa Cissé, chargée des communications au CIFFC.
Le territoire a désormais accès à l’expertise et aux ressources nationales, notamment en matière de personnel, d’équipements et d’aéronefs. Il pourra également faire valoir ses réalités et ses priorités dans les discussions nationales sur les feux de forêt.
Pour Awa Cissé, l’arrivée du Nunavut parmi les membres de l’organisme représente « une chance ». Cette adhésion permettra de mieux comprendre les réalités du territoire et de faciliter la coordination si des ressources ou une expertise supplémentaires sont nécessaires pour combattre les feux de forêt. En effet, l’organisme offre des formations à l’échelle nationale afin d’harmoniser les pratiques et les compétences. Par exemple, une équipe de pompiers de la Colombie-Britannique pourra intervenir au Nunavut, et vice versa, explique la chargée de communication.
John Coyne, directeur de la Gestion des situations d’urgence du Nunavut, et Kelsey Winter, directrice générale du CIFFC, se sont rencontrés en avril dernier à Victoria, en Colombie-Britannique, à l’occasion du Sommet sur la résilience face aux feux de forêt et la formation. Ils y ont officialisé l’adhésion du Nunavut à titre de membre du CIFFC.
Faire face à une réalité changeante
Cette adhésion intervient alors que les conditions environnementales sur le territoire évoluent. « Le réchauffement des températures, le dégel du pergélisol, l’allongement des périodes de chaleur, ainsi que l’évolution de la végétation et des conditions du sol peuvent contribuer à modifier les risques d’incendie », explique Ryleigh Hubert, spécialiste principale en communication de crise au gouvernement du Nunavut.
Un feu de toundra, l’été 2023, à proximité de Bathurst Inlet, avait entraîné la déclaration de l’état d’urgence et un ordre d’évacuation avait été prescrit. Un ordre interdisant l’accès à la zone avait également été émis. Plus récemment, le Nunavut a connu un hiver particulièrement doux, avec des températures atteignant jusqu’à 30 °C au-dessus des normales de saison à la fin de 2025. Début juillet 2026, des températures record ont été enregistrées dans les trois régions du Nunavut.
Selon Mark Parrington, chercheur principal au sein du Service de surveillance de l’atmosphère de Copernicus (CAMS), la multiplication des incendies dans l’Arctique s’explique en partie par le verdissement de l’Arctique, ce qui fournit davantage de combustibles.
Mark Parrington, chercheur principal au sein du Service de surveillance de l’atmosphère de Copernicus (CAMS), indique que plusieurs feux se sont déclarés fin juin et début juillet 2026 à l’intérieur du Nunavut, tout près de la frontière du Manitoba. « C’est très loin au sud pour ce territoire, mais il s’agissait tout de même d’incendies assez importants », souligne-t-il.
Il rapporte également que les incendies les plus septentrionaux se produisent généralement du côté eurasien de l’Arctique. Toutefois, la fumée de ces feux peut parcourir de longues distances, traverser le pôle Nord et atteindre l’Alaska et le Nord du Canada, nuance-t-il.
Une fumée nocive
Pour les communautés du Nunavut et de l’Arctique, les feux, mais aussi la fumée qu’ils génèrent, constituent un enjeu à la fois environnemental et sanitaire.
Selon Mark Parrington, les feux survenus en 2026 ont déjà entraîné au Nunavut les émissions de carbone annuelles les plus importantes enregistrées au cours des 24 dernières années. La dernière année où les émissions avaient atteint un niveau comparable était en 2010. Un constat qu’il qualifie d’« assez inhabituel ».
Un rapport, AMAP Arctic Climate Change Update 2024: Key Trends and Impacts (Rapport 2024 de l’AMAP sur l’évolution du climat dans l’Arctique : principales tendances et conséquences), publié en juin 2025, indique que la fumée des feux contient, entre autres, des particules fines, du carbone noir, du mercure et divers composés organiques. Ces polluants peuvent dégrader fortement la qualité de l’air et affecter également la santé respiratoire. De plus, la fumée dépose du carbone noir sur la neige et la glace, les rendant plus sombres et accélérant leur fonte.
En 2023, les incendies canadiens situés au nord de 60° parallèle auraient représenté environ 20 à 30 % des émissions mondiales de carbone provenant des incendies cette année-là.
Les répercussions de la fumée des feux ne se limitent pas à la santé physique. « De plus en plus de données [indiquent] des effets sur la santé mentale liés aux déplacements de population et à l’exposition à la fumée à la suite des feux de forêt, ce qui peut entraîner une augmentation des cas d’anxiété et de syndrome de stress post-traumatique », peut-on lire dans le même rapport.
Les auteurs insistent notamment sur l’importance d’intégrer les connaissances et pratiques des peuples autochtones dans la recherche et la gestion des incendies.
L’Arctique, une zone fragile
La région circumpolaire inclut l’océan Arctique et les parties de l’Amérique, de l’Europe et de l’Asie situées au-dessus du cercle polaire. Cette zone est particulièrement sensible aux changements climatiques. En effet, l’Arctique se réchauffe environ trois fois plus vite que la moyenne mondiale, souligne Mark Parrington.
La hausse des températures entraîne l’extension de la végétation vers le Nord, un phénomène appelé verdissement de l’Arctique, et peut ainsi augmenter la quantité de combustibles disponibles peut-on lire dans un rapport publié en juin 2025 par plusieurs membres du CAMS.
Les incendies accélèrent le dégel du pergélisol, qui peut à son tour libérer des gaz à effet de serre comme le CO₂ et le méthane. La relation n’est toutefois pas la même partout : dans certaines régions, le dégel peut rendre les sols plus humides et réduire le risque d’incendie, nuancent les chercheurs.
Finalement, selon les auteurs, les feux qui se déclarent dans l’Arctique dépendent de l’interaction de nombreux facteurs humains, environnementaux et météorologiques.