Découverte de la culture inuit à Pangnirtung, pêche à l’omble chevalier à Kugluktuk et apprentissage des techniques de construction d’un igloo à Grise Fiord : les deux amis franco-ontariens vont à la rencontre de plusieurs communautés dans cette deuxième saison diffusée sur TV5 Unis.
Le duo sillonne le territoire au fil de 13 épisodes, de Pangnirtung jusqu’à Grise Fiord, en passant notamment par Igloolik, Rankin Inlet et Cambridge Bay.
La production s’est déroulée en deux phases : une première à l’automne 2024, puis une seconde au printemps 2025, afin de capter une autre facette du Nunavut. Même si les animateurs prévoyaient revenir en février pour vivre le « vrai hiver » arctique, des habitants ont conseillé de reporter le voyage de quelques mois. « Ils nous ont dit : il fait trop froid, votre équipement va vous lâcher et personne n’est dehors. Tout le monde est dans les maisons, il fait noir tout le temps », raconte le réalisateur Vincent Poirier.
Au printemps, explique-t-il, les températures demeurent basses, mais la lumière revient et la vie communautaire reprend davantage.
Quand le nord dicte le rythme
Contrairement à la première saison, centrée sur un itinéraire routier, les déplacements au Nunavut se font principalement par avion, au gré de la météo.
Le périple a été marqué par plusieurs contretemps liés au contexte nordique. Les voyageurs n’ont notamment pu atteindre Cambridge Bay qu’à leur troisième tentative, après que des conditions météorologiques ont empêché l’atterrissage de l’avion, forçant l’équipe à se rendre à Yellowknife.
Ces imprévus ponctuent d’ailleurs plusieurs épisodes. À Igloolik, une chasse aux bélugas à laquelle devait participer les amis a dû être annulée en raison du mauvais temps. Ailleurs, les animateurs espèrent apercevoir des mammifères emblématiques du Nord, comme l’ours polaire ou le bœuf musqué, sans succès. « C’est sûr qu’il y a des petits deuils quand une expédition tombe à l’eau », souligne Vincent Poirier. « Quand on n’a pas pu aller chasser le béluga, ça nous a donné d’autres bons moments. Donc c’est décevant, mais il faut rester ouvert ».
Si la météo a parfois forcé l’équipe à revoir ses plans, plusieurs rencontres ont laissé une forte impression aux animateurs.
À Igloolik, le duo découvre entre autres les activités du collectif inuit Artcirq à la Black Box, un lieu culturel et communautaire détruit par un incendie quelques mois après le passage de l’équipe de tournage. L’expérience a particulièrement marqué le réalisateur, qui dit avoir mieux compris sur place l’importance du lieu pour les jeunes de la communauté. « Ça m’a vraiment étonné, c’est un beau coup de cœur pour moi », confie-t-il.
Au-delà des contretemps liés à la météo, Vincent Poirier estime que le rythme même du Nord impose une autre façon de tourner. Selon lui, les horaires se construisent davantage « au jour le jour », ce qui oblige constamment l’équipe à composer avec les conditions et les occasions qui se présentent. « Le temps est plus relaxe, les engagements sont pris différemment », observe-t-il.
Pour l’animatrice, cette nécessité de faire preuve de souplesse s’est rapidement imposée comme une réalité du tournage au Nunavut. « Il fallait être prêt à s’adapter, à être spontané et à laisser la vie nous donner ce qu’elle voulait nous donner », résume-t-elle.
À Igloolik, le duo a préparé le béluga avec Terry Uyarak.
Une immersion plus concrète
Si l’équipe s’était documentée avant le tournage, l’expérience sur le terrain a néanmoins changé leur regard sur le territoire, estime le réalisateur. « Tu as beau le lire sur papier tant que tu ne l’as pas vécu, que tu ne l’as pas incarné, ta compréhension est vraiment différente », dit-il. Le duo comprend désormais « beaucoup mieux la réalité du Nord et les réels enjeux » qu’à la fin de la première saison.
La série cherche aussi à dépasser certaines perceptions simplifiées du Nunavut qui circulent souvent dans le Sud. Sans éluder les aspects plus difficiles du territoire, elle accorde une place à des initiatives positives et des rencontres marquantes au sein des communautés.
D’après Nadia Campbell, les rencontres vécues dans les communautés ont mis en lumière une réalité plus complexe que les clichés fréquemment associés au Nord. « Ce n’est pas qu’on veut montrer ci ou ça, c’est que les deux vivent ensemble », explique-t-elle. « Les gens peuvent être tristes et heureux en même temps, les gens peuvent être traumatisés et résilients en même temps. Les choses coexistent ».
À Igloolik, elle a été particulièrement marquée par un échange avec l’artiste Terry Uyarak, qui lui a offert un aperçu à la fois intime et nuancé de la vie inuit. « Pas juste le chasseur traditionnel, pas juste la personne résiliente qui réalise un projet », résume-t-elle en évoquant une vision plus complexe des réalités inuit.
Vincent Poirier retient lui aussi un moment marquant: celui passé avec Larry, un aîné rencontré à Grise Fiord, dont la force de caractère et le désir de raconter l’histoire de sa communauté l’ont beaucoup touché.