le Mercredi 21 octobre 2026
le Mercredi 21 octobre 2026 6:49 | mis à jour le 21 octobre 2026 6:50 Actualités

Au Nunavut, l’accès aux refuges demeure limité pour les femmes

Dans les communautés du Nunavut qui ne disposent pas de refuge pour les victimes de violence familiale, certaines femmes doivent quitter leur milieu pour trouver un endroit sécuritaire. (Photo d’illustration) — Ross Sneddon / Unsplash
Dans les communautés du Nunavut qui ne disposent pas de refuge pour les victimes de violence familiale, certaines femmes doivent quitter leur milieu pour trouver un endroit sécuritaire. (Photo d’illustration)
Ross Sneddon / Unsplash

Alors que le refuge Triple R de Sanikiluaq se fait toujours attendre, l’accès à un endroit sécuritaire reste un défi pour certaines femmes du Nunavut, qui doivent parfois quitter leur communauté pour se mettre à l’abri.

Au Nunavut, l’accès aux refuges demeure limité pour les femmes
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Le Triple R comptera sept chambres et pourra recevoir des femmes avec leurs enfants, tant de Sakikiluaq que d’autres communautés du Nunavut. Il doit offrir un lieu adapté à celles qui ont besoin de protection.  

Le projet accuse un important retard. Selon CBC, des problèmes restent à corriger, notamment au chapitre du chauffage, du stockage de l’eau, de la cuisine et de l’accessibilité.  

À la fin septembre, l’administrateur principal de Sanikiluaq, Robert Hedley, disait espérer une mise en service environ cinq semaines plus tard. Le Nunavoix n’a toutefois par réussi à faire confirmer cet échéancier malgré plusieurs demandes adressées à la municipalité et aux responsables du refuge. 

Dans cette optique, Pauktuutit Inuit Women of Canada considère l’ouverture prévue du Triple R comme « une étape importante vers la création d’un environnement sécuritaire pour les femmes inuit dans la communauté ». 

Des besoins très concrets 

À Pond Inlet, où un refuge pour femmes a ouvert à l’automne 2023, la gestionnaire Amy Pitseolak constate que certaines résidentes arrivent avec très peu de ressources. Parmi les nécessités immédiates figurent les vêtements, les couches et la préparation pour nourrissons.  

Pour celles qui proviennent d’autres communautés, les difficultés peuvent être encore plus grandes. Des résidentes se retrouvent parfois sans revenu une fois sur place, ce qui complique leur capacité à se procurer l’essentiel. 

« Certaines femmes arrivent ici sans rien parce qu’elles fuient une situation de violence familiale », explique-t-elle.  

Le refuge de Pond Inlet compte cinq chambres et peut accueillir jusqu’à 20 femmes et enfants. Pour la gestionnaire, sa présence offre désormais à celles qui en ont besoin un lieu où se réfugier. 

L’établissement peut héberger pour la nuit des femmes et leurs enfants qui doivent s’éloigner temporairement de leur domicile, notamment lorsqu’un conjoint ou un membre de la famille consomme de l’alcool.  

Le déplacement demeure toutefois un défi pour celles qui viennent d’une autre communauté. « Elles doivent quitter leur maison, leurs proches ou leur emploi pour se rendre dans un endroit sécuritaire », souligne-t-elle.  

L’expérience du refuge a également fait ressortir certains besoins qui dépassent l’hébergement. Parmi ceux-ci, des services de garde permettrait à celles qui y séjournent de travailler ou de poursuivre leurs études sans devoir chercher elles-mêmes quelqu’un pour s’occuper de leurs enfants. Un soutien en santé mentale est disponible et des conseillers sont accessibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept, précise la gestionnaire.

Le refuge pour femmes de Pond Inlet, ouvert à l’automne 2023, peut accueillir jusqu’à 20 femmes et enfants. 

 

Amy Pitseolak 

Quand les refuges sont absents  

Dans les localités du Nunavut qui ne disposent pas d’une ressource d’hébergement destinée aux victimes de violence familiale, Irma Arkus, directrice des politiques, de la planification et des communications au ministère des Services à la famille du Nunavut, souligne le rôle central des services sociaux communautaires. 

« Les travailleurs évaluent les besoins immédiats en matière de sécurité et aident les personnes survivantes à trouver un endroit sûr », indique-t-elle. Cela peut notamment passer par l’accès à un refuge situé ailleurs ou par un hébergement chez des membres de la famille, des amis ou des proches.  

Ils peuvent également offrir du soutien pour élaborer un plan de protection, les orienter vers une ressource appropriée et organiser leur déplacement.  

Le ministère estime par ailleurs que l’offre actuelle de places dans les refuges au Nunavut ne suffit pas à répondre aux besoins. « Les installations existantes ont d’importantes limites de capacité », précise Irma Arkus. Elle donne en exemple le plus grand refuge d’Iqaluit, qui ne comptait que 26 lits en 2025.  

Trouver un logement stable et abordable après avoir quitté un refuge demeure un défi majeur et persistant, selon elle. 

Rester près de sa communauté 

Pour Pauktuutit, la sécurité passe aussi par le maintien des liens avec son milieu, sa culture et son identité.  

L’organisme estime qu’un investissement soutenu dans des solutions dirigées par les Inuit peut permettre aux femmes et à leurs enfants d’avoir accès à des endroits sécuritaires sans devoir quitter leur communauté.  

Lorsqu’elles doivent partir ailleurs pour se mettre à l’abri, elles peuvent perdre plusieurs de leurs repères essentiels. « Elles sont séparées de leur famille, des aînés, de leur langue, de leur culture, de leur emploi, de l’école et d’autres soutiens au moment où elles en ont le plus besoin », souligne Pauktuutit. 

La présence de refuges dans l’Inuit Nunangat peut contribuer à prévenir l’isolement social, les obstacles linguistiques, la discrimination et les difficultés d’accès à des services culturellement adaptés. Les femmes inuit et leurs enfants peuvent également être confrontés à l’instabilité résidentielle ou à l’itinérance après avoir fui la violence. Cette réalité est liée au sous-investissement et à des politiques fragmentées.  

Parmi les lacunes relevées par l’organisme figurent l’absence de financement stable sur plusieurs années pour les organismes qui gèrent ces établissements, ainsi que le manque d’intégration systématique entre les programmes d’habitation et les mesures de soutien offertes localement, comme l’aide en santé mentale, la sécurité du revenu, les services de garde et la prévention de la violence.  

Pauktuutit affirme qu’environ 59 % des communautés inuit ne disposent pas d’un refuge d’urgence, laissant de nombreuses femmes et leurs enfants sans ressource de ce type sur place. L’organisation préconise notamment un soutien financier à long terme, du personnel inuit local formé ainsi qu’un continuum allant de l’hébergement d’urgence au logement permanent, en passant par des solutions de transition et de deuxième étape.