le Mercredi 23 septembre 2026
le Mercredi 23 septembre 2026 8:00 | mis à jour le 23 septembre 2026 17:20 Actualités

600 000 $ pour renforcer la recherche au Nunavut

Un campement de recherche installé sur la banquise près de Pond Inlet. — ArticNet/Vincent Denarie
Un campement de recherche installé sur la banquise près de Pond Inlet.
ArticNet/Vincent Denarie

Le Collège de l’Arctique du Nunavut veut accroître ses capacités scientifiques et mieux soutenir les activités menées sur le territoire. Derrière cet investissement se dessine un objectif plus large : faire en sorte que davantage de recherches conduites au Nunavut soient pilotées depuis le Nord.

600 000 $ pour renforcer la recherche au Nunavut
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Les 600 000 $ accordés au Collège de l’Arctique du Nunavut s’inscrivent dans le Programme des responsables de recherche nordiques d’ArcticNet, l’un des volets du programme North-by-North. L’organisme y investit 2,4 millions de dollars sur quatre ans afin de renforcer le leadership en recherche et les capacités institutionnelles d’établissements postsecondaires du Nord, dont le Collège de l’Arctique du Nunavut, l’Université du Yukon et le Collège Aurora.  

ArcticNet affirme que le Collège joue un rôle central dans l’infrastructure scientifique au Nunavut. Il est le seul établissement d’enseignement supérieur du territoire et dessert les 25 collectivités.  

Cette somme doit permettre à l’établissement d’accroître ses capacités de recherche et d’analyse en laboratoire dans les domaines de la qualité de l’eau et des contaminants environnementaux. De nouvelles techniques faisant appel à l’ADN environnemental permettront de surveiller la biodiversité, tandis que des travaux sur les parasites de la faune viendront s’appuyer sur le service de détection de Trichinella offert par le Collège depuis 2017 en partenariat avec Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI). 

Une partie des fonds servira à maintenir et à améliorer le portail numérique Isirvik, qui donne aux Nunavummiut accès à de l’information sur les activités de recherche autorisées en vertu de la Loi sur les scientifiques. Ils soutiendront également l’élaboration d’une nouvelle formation en éthique de la recherche centrée sur les Inuit, destinée aux étudiants et au personnel du Collège ainsi qu’aux chercheurs en début de carrière travaillant au Nunavut.  

Davantage de recherche menée depuis le Nord 

ArcticNet veut que les investissements réalisés dans le cadre du programme North-by-North permettent de garder les priorités locales au cœur des projets et de produire des résultats utiles aux communautés.  

« Nous souhaitons également qu’il y ait de plus en plus de recherche dans le Nord et qu’elle soit de plus en plus menée par des gens du Nord », affirme Christine Barnard, vice-présidente à la recherche d’ArcticNet.  

Cet objectif passe par le développement d’une main-d’œuvre qualifiée capable de maintenir durablement les activités de recherche dans les territoires nordiques. Au Nunavut, l’organisme souhaite soutenir la recherche et la formation menées par les Nunavummiut et espère ainsi faire évoluer la façon dont les projets sont menés, soutenus et financés.  

Cette volonté se heurte toutefois à plusieurs défis propres à la recherche nordique : les grandes distances, les coûts élevés des déplacements, les contraintes saisonnières et la connectivité limitée. L’organisme estime que les organisations inuit et communautaires ainsi que les établissements d’enseignement supérieur nordiques ont besoin de ressources et d’un financement durable à long terme.  

Les partenariats avec les établissements du Sud demeurent importants, précise Christine Barnard, mais l’objectif est qu’ils soient davantage pilotés depuis le Nord. « Les établissements d’enseignement supérieur du Nord doivent disposer des ressources et des capacités nécessaires pour définir les priorités de recherche, diriger des projets, déterminer quand ceux-ci sont utiles, avec qui ils doivent s’associer et quelle forme doit prendre ces relations », affirme-t-elle. 

À terme, l’organisme souhaite ainsi transférer vers le Nord une plus grande part du leadership, de la gestion de la recherche et de la prise de décision, tout en maintenant les collaborations permettant de profiter de l’expertise disponible ailleurs.  

L’objectif est de contribuer à établir un écosystème de recherche nordique qu’ArcticNet qualifie de « durable et autonome ». 

Cette initiative s’inscrit dans une enveloppe plus vaste de 9,3 millions de dollars annoncée par ArcticNet pour soutenir la recherche dirigée par les Autochtones et les communautés nordiques dans l’Inuit Nunangat et ailleurs dans le Nord canadien. Au total, 13 projets sont financés dans le cadre du programme North-by-North. 

Le nombre de permis de recherche scientifique délivrés au Nunavut a atteint 170 en 2025, le deuxième total le plus élevé jamais enregistré. Les données de 2026 sont partielles.

Institut de recherche du Nunavut

Une activité de recherche en hausse  

En 2025, l’Institut de recherche du Nunavut a délivré 170 permis en vertu de la Loi sur les scientifiques, soit le deuxième nombre le plus élevé jamais enregistré. Jamal Shirley, directeur de l’innovation et de la recherche au Collège de l’Arctique du Nunavut, indique que le territoire est en voie de dépasser ce total en 2026.  

Cette hausse s’inscrit dans un phénomène beaucoup plus large. Le Bureau de la conseillère scientifique en chef du Canada rapporte que le nombre de publications scientifiques liées à l’Arctique a été multiplié par 20 depuis 1970. Si la tendance se maintient, la recherche nordique pourrait être multipliée par huit d’ici 2040.  

Plusieurs facteurs expliqueraient cette progression, dont l’importance géopolitique grandissante de l’Arctique, l’intérêt accru de pays non arctiques pour la recherche dans la région, les avancées technologiques et une meilleure compréhension du rôle de l’Arctique dans les processus climatiques mondiaux. L’allongement des périodes sans glace dans certaines voies navigables rend également le territoire plus accessible aux activités de recherche, explique Jamal Shirley.   

Des obstacles persistants 

Le Nunavut manque de chercheurs établis sur son territoire possédant une expertise scientifique avancée, indique Jamal Shirley. À cela s’ajoutent l’insuffisance des installations d’analyse et d’infrastructures spécialisées ainsi que la pénurie de logements pour accueillir les chercheurs sur place.  

Il souligne aussi que les organisations et les communautés du Nunavut ne peuvent accéder directement à la majorité des programmes de financement de la recherche, principalement destinés aux établissements universitaires. Ces derniers exercent ainsi une grande influence sur les priorités de recherche dans l’Arctique.  

La courte durée des campagnes de terrain et des projets de recherche dans l’Arctique pose un autre défi. Elle laisse peu de place à l’établissement de relations durables et au développement des compétences chez les partenaires communautaires, indique Jamal Shirley.    

Les fonds doivent aussi offrir aux Nunavummiut des occasions de formation et d’acquisition d’expérience. Le Collège prévoit embaucher chaque été deux Nunavummiut comme stagiaires de recherche pour participer à des projets menés en partenariat et offrir deux stages pratiques par année à ses étudiants afin de les aider à terminer leur programme d’études. Ces investissements doivent soutenir le perfectionnement professionnel du personnel inuit travaillant dans les domaines des techniques d’analyse appliquée et de la gestion de laboratoire.  

Le Collège compte aussi lancer deux nouveaux projets et espère pouvoir les mener à terme, sous la direction de chercheurs inuit qui lui sont affiliés. Les travaux porteront sur l’écologie des parasites zoonotiques, la santé de la faune et les changements dans la biodiversité. 

Pour Jamal Shirley, le renforcement de ces capacités doit aider les Nunavummiut à progresser vers une plus grande autodétermination en matière de recherche et à exercer davantage de contrôle sur les priorités de recherche dans l’Arctique.