Ce sondage en ligne s’inscrit dans une entente entre les gouvernements du Nunavut et du Canada qui prévoit de mesurer la satisfaction des francophones et des francophiles à l’égard des services et des communications offerts en français. Une première enquête avait été réalisée en 2019-2020. Le taux de satisfaction s’élevait alors à 63 %, rapporte Weichien Chan, gestionnaire des communications au ministère de la Culture et du Patrimoine.
Marie-France Talbot, résidente de longue date à Iqaluit, se réjouit de la démarche du gouvernement. « Je pense que c’est excellent qu’ils le fassent. J’espère que les francophones vont répondre nombreux parce qu’on a tous des besoins différents », partage-t-elle. « Cela permettra d’obtenir un portrait plus juste et de mieux cerner les lacunes et les besoins. »
Responsable des communications et des partenariats à Carrefour Nunavut, Axel Mouffron abonde dans le même sens. « Une meilleure compréhension des réalités vécues par les usagers devrait contribuer à orienter les actions futures et à renforcer l’offre de services en français au Nunavut », estime-t-il.
Marie-France Talbot, qui est également cheffe du Centre de formation Qaujimaniq l’Association francophone du Nunavut, aurait néanmoins préféré que les questions ne portent pas uniquement sur les services, mais plutôt sur l’ensemble des interactions avec le gouvernement ou ses représentants, notamment dans le cadre de ses démarches professionnelles, comme lors d’une demande de subvention, ou lors d’événements officiels.
Marie-France Talbot, résidente de longue date à Iqaluit, salue la démarche du gouvernement, mais estime qu’un sondage sur l’ensemble des interactions avec celui-ci aurait pu être encore plus pertinent.
Annie Larocque, directrice générale de la Commission scolaire francophone du Nunavut (CSFN), se dit somme toute satisfaite des services en français. « Dans l’ensemble, je pense que le Nunavut fait bien. La majorité du temps, quand on demande un service en français, ils vont trouver quelqu’un dans l’hôpital qui pourra répondre en français, par exemple. La personne peut aussi utiliser son téléphone pour traduire. Donc, ça fait qu’on a un service en français. »
Elle souligne également que tous les organismes du territoire ne sont pas nécessairement tenus de publier leurs communications ou d’offrir des services dans les trois langues officielles (le français, l’anglais et l’inuktut), contrairement aux organismes relevant du gouvernement du Nunavut.
Des améliorations attendues
Axel Mouffron reconnaît que les services ne peuvent pas toujours être offerts en français, en raison des difficultés à recruter du personnel bilingue. « Au Nunavut, cette difficulté est notamment accentuée par la pénurie de logements qui peut compliquer l’attraction et la rétention de travailleurs qualifiés », dit-il. Il souhaiterait que les services en français soient pleinement accessibles lorsque le nombre de locuteurs francophones est suffisant, et ce, non seulement en théorie, mais aussi dans la pratique.
Axel Mouffron, responsable des communications et des partenariats à Carrefour Nunavut, encourage les francophones et les francophiles à demander, lorsqu’il est possible, à être servis en français.
Annie Larocque aimerait que le personnel à l’accueil puisse offrir des services dans les trois langues officielles ou que des affiches indiquant « Demander le service en français » soient installées afin d’encourager le public à demander des services dans cette langue. Elle souhaiterait que les formations offertes par le gouvernement aux enseignants et au personnel de soutien soient elles aussi proposées dans les trois langues.
Selon Marie-France Talbot, les francophones n’ont pas nécessairement le réflexe de demander les services en français. « J’ai l’impression aussi qu’on n’ose pas. » Elle pense que le personnel du gouvernement gagnerait à être sensibilisé davantage, tout comme la communauté francophone. « On a besoin de faire une certaine sensibilisation, de dire que tu as le droit de le demander. »
Selon elle, l’accès aux services en français devrait être garanti dans certains domaines. « Tous les services où tu es en situation de vulnérabilité parce que c’est là que tu perds tes moyens. » Elle souligne également que l’accès aux services en français ne relève pas uniquement du confort, mais peut aussi être une question de sécurité. Dans des domaines comme la santé ou la justice, une mauvaise compréhension peut avoir de graves conséquences, notamment lorsqu’il s’agit de consentir à un traitement médical ou de comprendre une décision judiciaire.
Axel Mouffron rappelle que la population peut s’adresser au Bureau du commissaire aux langues du Nunavut lorsqu’elle estime que ses droits linguistiques n’ont pas été respectés.
Français, inuktitut : un même combat
Annie Larocque reconnaît que les services en français présentent des lacunes, mais souligne que la situation est similaire à celles des services offerts en inuktitut. « Les francophones et les Inuit ont le même combat, pour pas que notre langue meure. Le français n’est pas plus important que l’inuktitut. On est tous sur un même pied d’égalité », dit-elle.
Elle estime également qu’Inuit et francophones devraient se mobiliser ensemble pour faire reconnaître leurs langues, soulignant qu’une personne inuk qui se présente à l’hôpital et ne peut pas être servie dans sa langue peut ressentir la même frustration qu’une personne francophone confrontée à un service uniquement en anglais. « C’est un combat qu’on doit mener ensemble, pas un contre l’autre. »
Les réponses au sondage seront analysées afin de réévaluer les priorités du gouvernement en fonction des besoins opérationnels, des obligations légales et de ses engagements, informe Weichien Chan. Les résultats serviront également à orienter les négociations avec le gouvernement fédéral. Un rapport final sera ensuite rendu public.
Consultation sur les langues officielles
Le gouvernement fédéral mène jusqu’en novembre 2026 des consultations auprès de la population canadienne au sujet des langues officielles afin de contribuer à l’élaboration de la prochaine stratégie fédérale, qui succédera au Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 : Protection-Promotion-Collaboration.
Le public peut remplir un sondage en ligne, soumettre un mémoire, tout document ou un courriel à l’adresse courriel suivante : [email protected].