L’an dernier, alors qu’elle était en 4e année, Shékinah avait pris part à une première étape du concours. Trop jeune pour accéder au volet international, l’élève avait néanmoins été encouragée par son enseignante, qui lui avait indiqué qu’avec de la préparation, elle pourrait éventuellement aspirer à représenter son école à plus grande échelle.
L’entraînement s’est poursuivi bien au-delà des heures de classe. En plus des listes de mots proposées par la professeure, Shékinah s’est pratiqué grâce à des dictées disponibles sur le site de la Fondation Paul Gérin-Lajoie, avec l’appui de ses parents.
La Dictée P.G.L., organisée depuis 35 ans, est une initiative éducative francophone destinée aux élèves du primaire et du début du secondaire. Le concours met notamment l’accent sur la langue française, la culture générale et la participation citoyenne.
Les efforts ont porté fruit. Au printemps, la jeune fille a d’abord obtenu la meilleure note d’une épreuve organisée à l’école, ce qui lui a permis de poursuivre le processus de sélection. Une autre étape, réunissant des jeunes des Territoires du Nord-Ouest, lui a ensuite valu son billet pour Montréal.
L’élève était la seule représentante de l’École des Trois-Soleils à cette édition du concours. D’autres étudiants de l’établissement ont déjà participé au volet national, indique la directrice Nadine Petnkeu.
Plus qu’une simple dictée
Selon Yves Takouo, sa fille a pris la préparation au sérieux avec l’appui de ses parents, même s’il n’était pas toujours facile pour une enfant de 11 ans de rester concentrée sur les exercices. Si les jeux et les vidéos pouvaient parfois détourner son attention, les parents de Shékinah avaient mis en place certaines conditions pour favoriser ses périodes de pratique. L’accès à l’ordinateur venait notamment avec l’obligation de démontrer le travail accompli.
À la maison, le français occupe une place importante. Yves Takouo indique que sa fille aime les défis et nourrit un intérêt marqué pour les mots, la lecture et l’écriture.
Au-delà du concours, le séjour à Montréal représentait aussi une étape importante pour la jeune élève. Selon son père, ce moment revêtait plusieurs significations : une occasion de partir uniquement avec lui, de quitter momentanément sa mère et ses frères, de découvrir une ville et de retrouver des cousins venus la soutenir le jour de la dictée.
« Elle réalisait que c’était quelque chose de grand qui lui donnait la possibilité de voyager, de rencontrer du monde. »
Shékinah explique avoir été « heureuse et excitée » lorsqu’elle a appris qu’elle participerait au concours, notamment à l’idée de revoir ses cousins à Montréal. Elle dit toutefois avoir été stressée la journée de l’événement, craignant de « ne pas être à la hauteur ».
Une grande fierté
D’abord convaincue qu’elle avait très bien réussi, la jeune fille a été surprise en découvrant les résultats, précise son père. Malgré l’absence de classement, l’expérience est demeurée positive. « Par-dessus tout, elle était contente ». De retour à Iqaluit, elle a même poursuivi ses exercices pendant quelques jours avant de reprendre un rythme plus normal.
Yves Takouo s’est lui aussi prêté au jeu en faisant la dictée sur place. Il admet avoir été surpris par le niveau de difficulté, estimant qu’il ne se serait retrouvé ni parmi les meilleurs ni parmi les derniers.
Pour le père, cette expérience rappelle l’importance de l’accompagnement parental en contexte francophone minoritaire. La collaboration entre les familles et l’école peut jouer un rôle essentiel dans le développement du potentiel des jeunes.
Pour l’École des Trois-Soleils, cette participation revêt aussi une portée particulière. « Dans notre contexte francophone minoritaire au Nunavut, cet accomplissement représente une grande source de fierté pour toute notre communauté scolaire », souligne Nadine Petnkeu.
Un geste de l’école a particulièrement marqué Yves Takouo. À son retour à Iqaluit, la directrice Nadine Petnkeu s’est déplacée à l’aéroport pour accueillir Shékinah malgré un horaire chargé, une attention qui a touché la famille.
Malgré sa déception de ne pas être revenue avec la coupe à Iqaluit, l’expérience a renforcé sa motivation. Elle souhaite déjà participer de nouveau l’an prochain, disant avoir réalisé qu’elle n’était « pas assez préparée ».