le Mercredi 10 juin 2026
le Mardi 9 juin 2026 17:55 Local

Un forum à Iqaluit souligne les défis du vieillissement au Nunavut

John Main en discussion avec des aînés pendant le forum à Iqaluit.  — Crédit : Facebook Premier John Main.
John Main en discussion avec des aînés pendant le forum à Iqaluit.
Crédit : Facebook Premier John Main.

Réunis à Iqaluit dans le cadre d’un forum sur les personnes âgées, des ministres de partout au pays ont discuté des défis du vieillissement. Au Nunavut, vieillir près de sa famille et de sa communauté demeure loin d’être acquis, alors que le manque de soins spécialisés, de logements adaptés et de services de proximité oblige encore certains aînés à quitter leur milieu de vie.

Un forum à Iqaluit souligne les défis du vieillissement au Nunavut
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La 27e rencontre fédérale-provinciale-territoriale sur les personnes âgées a notamment permis aux ministres et représentants gouvernementaux d’échanger sur le maintien à domicile, les soins destinés aux aînés et les défis propres aux diverses régions du pays. Tenues sur deux jours à Iqaluit, les discussions ont aussi mis en lumière une réalité bien connue au Nunavut : plusieurs doivent encore quitter leur collectivité pour recevoir certains soins spécialisés.

La question du vieillissement soulève des enjeux bien différents de ceux vécus dans plusieurs provinces canadiennes. « Notre réalité est que certains niveaux de soins ne peuvent tout simplement pas être offerts dans plusieurs de nos communautés », a affirmé le premier ministre John Main lors d’un point de presse à Iqaluit.  

À la suite du forum, le premier ministre a également insisté sur le besoin d’accroître le nombre de logements supervisés et d’améliorer les soins de santé afin de permettre aux personnes âgées de vieillir « en sécurité, dans la dignité, et parmi les leurs ». John Main a aussi souligné l’importance de renforcer la présence de personnel inuit dans les secteurs des soins de longue durée et de la santé, notamment par davantage de formation et de partenariats.

Le Premier ministre et la secrétaire d’État fédérale aux Aînés, Stephanie McLean, ont coprésidé le 27e forum sur les personnes âgées tenu à Iqaluit en mai.

Facebook Premier John Main.

Vieillir loin des siens

Pour plusieurs familles, la question dépasse toutefois les politiques publiques. Lorsqu’une personne âgée nécessite des services indisponibles dans sa communauté, cela peut signifier un départ vers Iqaluit ou même à l’extérieur du territoire, avec son lot de bouleversements familiaux, linguistiques et culturels.

Cette réalité n’est pas nouvelle au Nunavut. En 2021, Manitok Thompson, avait participé à une pétition réclamant davantage de résidences pour aînés au Nunavut. L’idée était d’éviter que des personnes âgées soient forcées de quitter leur milieu de vie pour recevoir des soins.

Jointe par Le Nunavoix, elle estime que certaines avancées, comme l’ouverture du Centre de soins de longue durée à Rankin Inlet, ont permis à certains aînés de demeurer plus près de leur communauté et d’évoluer dans un milieu mieux ancré dans leur langue et leur culture. « Au moins, ils sont pris en charge par des personnes qui parlent l’inuktitut et peuvent voir des visages familiers », affirme-t-elle.

Elle souligne toutefois que des enjeux persistent, notamment lorsque des couples âgés doivent être séparés ou que des aînés doivent vivre loin de leurs proches. Le coût élevé du transport aérien complique aussi les visites familiales, ajoute-t-elle.

L’organisation Pairijiit Tigummiaqtikkut (Iqaluit Elders Society), qui milite depuis plusieurs années pour davantage d’options permettant aux aînés de rester chez soi, a récemment publié un document présentant cinq recommandations destinées au gouvernement du Nunavut.

Selon Anne Crawford, impliquée au sein de l’organisme, les besoins demeurent particulièrement criants en matière de logements adaptés pour les aînés. Ces constats reflètent, à ses yeux, des réalités observées à l’échelle du territoire, dont la nécessité de créer davantage des milieux favorisant le maintien des Nunavummiut près des leurs.

Selon le rapport, le Nunavut aurait besoin de neuf fois plus de logements accessibles pour les aînés qu’il n’en existe actuellement, alors que la population âgée de 65 ans et plus devrait augmenter fortement au cours des prochaines années. On y apprend également que plus de la moitié des aînés (53 %) vivent avec des enfants, soulignant l’importance des liens familiaux pour vieillir au Nunavut.

Des solutions à développer

À Iqaluit, Anne Crawford estime qu’un soutien accru au projet Kuugallaq Triangle, destiné aux aînés, serait nécessaire. Premier du genre sur le territoire, le projet comprendrait des logements indépendants ainsi que des espaces et services communautaires, notamment une radio en inuktut, afin de favoriser un milieu de vie ancré dans le tissu social et culturel inuit.

Pour Pairijiit, l’éloignement des aînés de leur communauté ne constitue pas une solution à long terme. L’organisme estime plutôt qu’un meilleur accès à des logements adaptés et à des soins de proximité permettrait aux personnes âgées de demeurer près de leur famille, de leur langue et de leurs repères.

Au-delà des enjeux propres au Nunavut, le forum a aussi permis d’identifier certaines priorités communes à l’échelle canadienne, notamment le maintien à domicile, la disponibilité des services dans des collectivités éloignées et la prévention de l’exploitation financière. Les ministres ont également annoncé la création de groupes de travail sur les procurations et certaines technologies d’assistance destinées à favoriser l’autonomie des aînés.

Pour plusieurs intervenants, le défi ne se limite donc pas à offrir des soins, mais à permettre aux aînés de vieillir près des leurs.