Le projet Grays Bay prévoit la construction d’un port en eau profonde, raccordé à l’intérieur des terres par une route toutes saisons d’environ 230 kilomètres. Une piste d’atterrissage de 6 000 pieds figure également dans les plans.
Selon Ottawa, l’infrastructure vise à relier les ressources minières du Nord aux marchés mondiaux et pourrait servir à des usages civils et militaires. Elle offrirait aussi un accès au corridor maritime du passage du Nord-Ouest.
Des retombées stratégiques espérées
Porté par West Kitikmeot Resources Corp., l’initiative en est toujours à l’étape de l’évaluation environnementale et reste entouré d’incertitudes, tandis que les détails de l’implication du gouvernement fédéral sont encore limités.
L’entreprise albertaine ATCO Ltd. a acquis une participation de 40 % dans le projet et prévoit y investir environ 10 millions de dollars.
ATCO estime que l’initiative pourrait renforcer la souveraineté canadienne dans l’Arctique et soutenir certaines infrastructures liées à la défense. Le développement doit se faire en plusieurs phases, et une mise en service complète est envisagée à l’horizon 2035.
« L’investissement d’ATCO accroît considérablement la capacité d’exécution et la crédibilité du projet », déclare Gavin Law, gestionnaire de l’environnement chez West Kitikmeot Resources Corp.
Le promoteur dit avoir recherché l’expertise de l’entreprise, notamment en matière d’opérations, de logistique et de prestation de services en milieu nordique et éloigné.
Selon lui, les retombées seraient à la fois économiques et durables pour les communautés de la région. Pendant la construction, le chantier pourrait soutenir environ 670 emplois par année. D’ici 2040, il devrait ajouter quelque 750 millions de dollars par an à l’économie du Nunavut.
Au-delà de ces retombées, l’infrastructure vise aussi à améliorer le réapprovisionnement des collectivités et la sécurité alimentaire en renforçant la fiabilité des transports dans le territoire.
Actionnariat inuit
Gavin Law souligne que l’initiative inclut une participation inuit dans son actionnariat. Il ajoute que leur implication constitue une étape importante et renforce la crédibilité institutionnelle du projet. Celle-ci pourrait faciliter l’appui du gouvernement fédéral et attirer d’autres investissements privés. « La présence inuit est intégrée directement à la structure de propriété et de gouvernance du projet », poursuit-il.
Il précise que la Kitikmeot Inuit Association (KIA) figure parmi les principaux actionnaires et joue un rôle formel dans la prise de décision. Les Inuit ne seraient donc pas seulement consultés, mais considérés comme de véritables partenaires. Selon lui, cette approche s’inscrit dans une logique d’autodétermination avec une implication directe aux décisions commerciales, aux opérations à long terme et à la répartition des retombées économiques.
Un projet encore incertain
Le gouvernement fédéral n’a pas répondu directement à nos questions, renvoyant plutôt vers des documents déjà publiés. Ottawa spécifie seulement que le Bureau des grands projets doit travailler avec les promoteurs pour détailler les solutions de financement et accélérer les processus réglementaires.
Sur le terrain, le projet poursuit néanmoins son avancée. « Nous sommes sur le point d’amorcer la phase 2 du processus », indique Gavin Law, évoquant le dépôt de l’étude d’impact au Nunavut Impact Review Board parmi les prochaines étapes.
Les grands projets d’infrastructure dans l’Arctique, comme celui de Grays Bay, se heurtent à des contraintes logistiques importantes, liées notamment à l’éloignement, aux coûts élevés et à des fenêtres de construction limitées, explique Adam Fiser, chercheur associé chez Signal49 Research. Il souligne aussi que la dégradation du pergélisol et les changements climatiques ajoutent une incertitude technique ainsi que des défis d’entretien à long terme.
« Les projets doivent également naviguer dans des processus réglementaires complexes et assurer des partenariats significatifs avec les communautés inuit, essentiels à leur légitimité et à leur réussite », poursuit le chercheur.
Selon lui, la viabilité économique demeure toutefois incertaine, puisque ces projets reposent souvent sur un développement futur de ressources ou d’activités commerciales qui pourraient ne jamais se concrétiser.