Ce dossier concernait les communications avec le public et la prestation des services. Il visait la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui n’aurait pas diffusé une information dans les deux langues officielles. Le Commissariat indique que la GRC a pris des mesures correctives et qu’aucune intervention supplémentaire n’a été jugée nécessaire.
Dans une réponse écrite au Nunavoix, l’organisme nuance toutefois la portée de ces chiffres : « Le nombre de plaintes reçues ne permet pas, à lui seul, de dresser un portrait complet de la situation linguistique sur le terrain. »
Il reconnaît que l’accès aux services fédéraux en français au Nunavut peut représenter un défi et encourage les citoyens à porter plainte lorsqu’ils estiment que leurs droits n’ont pas été respectés.
La situation nationale
En 2025-2026, le Commissariat a enregistré 4 110 plaintes recevables. La majorité, soit 3 632, concernait les communications avec le public et la prestation des services, tandis que 310 étaient liées à la langue de travail.
Ce rapport porte principalement sur la dernière année du mandat de Raymond Théberge, à qui Kelly Burke a succédé le 30 mars 2026. Il fait état de difficultés persistantes dans le respect des obligations linguistiques par les institutions fédérales.
Le Sondage de suivi sur les langues officielles de 2026, publié le 26 octobre par le Commissariat, indique que 94 % des personnes interrogées par téléphone et 85 % de celles ayant répondu en ligne estiment que les Canadiens devraient pouvoir obtenir des services fédéraux en français ou en anglais.
Des dépliants sur les droits linguistiques dans les trois langues officielles du Nunavut sont disponibles au Bureau de la commissaire aux langues du Nunavut.
La portée des chiffres
Pour François Larocque, professeur de droit à l’Université d’Ottawa et spécialiste des droits linguistiques, plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi si peu de plaintes sont recensées au Nunavut. Certaines personnes connaissent mal le mécanisme, ne savent pas de quel gouvernement relève un service ou estiment que la démarche n’en vaut pas la peine. Les plaintes demeurent toutefois utiles pour repérer des difficultés que les institutions fédérales peuvent elles-mêmes ignorer.
Il invite aussi à s’interroger sur la place de l’engagement citoyen au sein de la communauté francophone du Nunavut et sur l’attention portée aux enjeux linguistiques. À ses yeux, cette mobilisation doit accompagner le mécanisme de plaintes.
Un seul événement très médiatisé peut susciter de nombreuses plaintes, sans que chacune corresponde à un problème distinct, fait remarquer le professeur, avant d’ajouter : « Le fait qu’il y ait une plainte au Nunavut, ce n’est pas vide de sens. »
Après avoir été informé de la nature du dossier concernant la GRC, François Larocque y voit un exemple où la procédure a fonctionné : une personne a signalé un problème et l’institution a apporté des correctifs. Ceux-ci devraient, en théorie, éviter que la situation se reproduise.
Le spécialiste rappelle que l’intervention de la commissaire peut permettre de régler certaines difficultés et qu’une plainte peut constituer une première étape vers un recours devant les tribunaux.
Il insiste sur le rôle des commissaires aux langues une fois leur enquête terminée. « Puis, c’est à eux aussi de faire les suivis pour s’assurer qu’on a bel et bien donné suite à la recommandation. » Et d’inviter à se renseigner auprès de leurs bureaux pour connaître le dénouement des dossiers, ces renseignements n’étant pas toujours publiés, selon lui.
Le Commissariat explique que son rapport annuel porte principalement sur la conformité des institutions fédérales à la Loi sur les langues officielles. Ses constats reposent donc en grande partie sur les plaintes reçues et traitées. Une autre publication, prévue au printemps 2027, abordera une sélection d’enjeux liés à la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire.
Une présence auprès des francophones
Le bureau régional du Commissariat assure également un suivi des dossiers au Nunavut et entretient des liens avec la communauté et les acteurs territoriaux. En 2025-2026, il a collaboré avec des organismes locaux pour offrir, en personne à Iqaluit, une présentation sur les droits linguistiques des francophones.
Depuis le début de l’exercice 2026-2027, l’équipe a aussi rencontré des intervenants francophones du Nunavut à quatre reprises. Ces échanges comprenaient une visite sur place pour participer au 45e anniversaire de l’Association des francophones du Nunavut (AFN) et consulter la communauté dans le cadre des obligations du Commissariat en vertu de la partie VII de la Loi.
François Larocque rappelle que les commissaires aux langues des différentes administrations accomplissent un travail complémentaire, qui doit être pris en compte pour comprendre la mise en œuvre des droits linguistiques au Nunavut.
Un bilan territorial
Le Bureau de la commissaire aux langues du Nunavut nous a orientés vers ses ressources publiques, sans pouvoir fournir une réponse institutionnelle complète avant la remise de cet article.
Son rapport annuel 2024-2025 recense 33 dossiers, dont 17 concernent le français conjointement avec une ou deux langues inuit. Ce bilan couvre plusieurs secteurs et comprend des enquêtes entreprises par l’organisme lui-même.
Le document fait notamment état d’une plainte concernant une lettre de Postes Canada rédigée uniquement en anglais. Le français, l’inuktitut et l’inuinnaqtun figurent parmi les langues touchées dans ce dossier.