Destiné à promouvoir le sommeil sécuritaire des nourrissons et à réduire les risques de décès liés au sommeil, le programme a permis de distribuer 1 008 moïses et 2 049 trousses de mieux-être pour nouveau-nés depuis sa mise en place, selon le ministère de la Santé du Nunavut.
Le déploiement au Kitikmeot et au Kivalliq s’est toutefois heurté à des difficultés pour trouver un organisme partenaire et maintenir sa participation. À l’automne 2026, Qupanuaq, une division de la Fondation des enfants et des jeunes de l’Arctique, est devenu le fournisseur de ces équipements pour les trois régions du territoire. Selon le ministère de la Santé, 67 moïses ont été distribués jusqu’à présent dans la région du Kivalliq.
Un accompagnement dès la grossesse
Les familles peuvent également recevoir une trousse contenant divers articles pour bébé ainsi que des ressources éducatives offertes dans les langues officielles du Nunavut. Les futurs parents peuvent s’inscrire dès leur première consultation prénatale, à l’Hôpital général Qikiqtani ou dans leur centre de santé local.
Une fois la demande enregistrée, le matériel est commandé et acheminé à l’établissement de santé de la communauté. Lors du deuxième ou du troisième rendez-vous de suivi, le personnel infirmier leur remet la trousse, leur présente les documents fournis et aborde avec eux les pratiques de sommeil sécuritaire ainsi que d’autres questions concernant leur enfant.
Le ministère de la Santé collabore également avec les équipes soignantes de l’ensemble du territoire, qui ont bénéficié d’activités de perfectionnement sur la sécurité du sommeil des nourrissons.
Le programme de mieux-être des nouveau-nés a fait l’objet d’une évaluation au cours de l’exercice financier 2025-2026. Un plan d’action est actuellement en préparation pour donner suite aux recommandations qui en découlent.
Favoriser un accès pour tous
L’équipe des programmes de Qupanuak explique qu’avant la mise en place de cette initiative, peu de parents rencontrés dans la région de Qikiqtaaluk disposaient d’un moïse ou d’un lit de bébé. Ces équipements étaient parfois difficiles à trouver dans les communautés, tandis que les coûts élevés du transport vers le Nord en compliquaient l’acquisition.
« Les familles veulent que leurs bébés soient en sécurité. Ce qui a manqué, c’est l’accès », souligne-t-elle.
Qupanuak remet également en question l’idée selon laquelle la distribution de moïses aurait un effet limité parce que les parents continueraient de partager le lit avec leur bébé pour des raisons culturelles. Or, sur le terrain, il constate régulièrement que ces équipements sont utilisés.
Malgré plusieurs démarches auprès de parents et d’organismes communautaires, Le Nunavoix n’a pas pu obtenir le témoignage d’une famille ayant reçu un moïse ou une trousse.
Des cliniciens ont rapporté à Qupanuak avoir observé une diminution des décès soudains de nourrissons depuis le lancement du programme. Cette observation reste toutefois à confirmer par des données. Un financement pluriannuel est également jugé nécessaire pour assurer la continuité de l’initiative.
Selon Statistique Canada, le taux de mortalité infantile au Nunavut atteignait 21,2 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2024, soit près de cinq fois la moyenne canadienne. Ce taux englobe tous les décès survenus avant l’âge d’un an, et non uniquement ceux liés au sommeil.
Patricia Johnston, professeure adjointe à l’Université de Calgary, rappelle que les besoins des familles inuit dépassent l’accès à un berceau.
Des besoins qui dépassent le matériel
Patricia Johnston, professeure adjointe à l’Université de Calgary et coauteure d’une étude publiée en juillet 2026 sur les besoins périnataux des femmes inuit du Kivalliq, insiste sur l’importance d’un accompagnement plus large.
« Fournir un berceau peut répondre à un besoin pratique pour certaines familles, et ces programmes comprennent souvent des articles supplémentaires qui peuvent être utiles et apporter un soutien, mais cela ne remplace pas, à lui seul, un logement adéquat, la sécurité alimentaire, la sécurité et les autres formes de soutien dont les familles ont besoin. »
Elle souligne aussi que les savoirs et les pratiques culturelles inuit doivent être intégrés à l’élaboration des initiatives destinées aux nouveau-nés. Parmi les exemples évoqués figurent le contact peau à peau, le portage des bébés dans l’amauti et la proximité entre les mères et leurs enfants lorsqu’ils dorment. Le partage du lit fait partie des traditions familiales inuit. Les recommandations sur le sommeil sécuritaire doivent tenir compte de ces réalités sans stigmatiser les mères, tout en s’appuyant sur les connaissances scientifiques en matière de santé et de sécurité des nourrissons.
La participation des femmes, des Aînés et des familles aux décisions concernant les services qui leur sont destinés est essentielle à ses yeux.
Les recherches de Patricia Johnston mettent aussi en lumière l’importance de la transmission des savoirs entre générations et du maintien des liens familiaux, communautaires, linguistiques et culturels.
« Les femmes inuit ont besoin d’autres femmes inuit. Elles ont besoin de relations, de liens, d’aide concrète et d’être entourées de personnes qui les comprennent et peuvent les soutenir pendant la grossesse, l’accouchement et les mois qui suivent. »