Depuis le mois de mai, Leonard Nkengue est le premier agent de liaison de l’Association des francophones du Nunavut (AFN) à Rankin Inlet. Une tâche qu’il occupe en plus de son rôle d’enseignant en mathématique et en sciences à l’école de langue anglaise.
Pour lui, ce lien avec l’AFN est une question de survie pour langue française dans cette ville d’un peu moins de 3 000 habitants. Parce que le français y est pratiquement « inexistant ».
C’est la quatrième langue après l’inuktitut, l’inuinnaqtun et l’anglais dans les communications gouvernementales, rappelle-t-il.
« C’est mieux d’être en communauté, on est plus fort ainsi »
« Dans la communauté, c’est moi et quelques amis qui avons créé un ilot où on peut s’exprimer en français dans les rencontres familiales et dans les activités qu’on organise ensemble pour que l’expression française puisse rester », rapporte Leonard Nkengue.
Il n’y a pas d’école, pas de garderie pour les jeunes francophones. Garder la langue est un choix et un effort qui se fait principalement en famille, mais qui peut être plus facile grâce à la solidarité.
« J’ai toujours dit, l’homme a un instinct grégaire, il faut toujours qu’il soit en communauté. C’est mieux d’être en communauté, on est plus fort ainsi. »
Selon son décompte, une vingtaine de francophones et francophiles sont devenus officiellement membres de l’AFN.
« Avec une association francophone, on aura toujours cette opportunité-là, on a un endroit où on peut parler en français et maintenir la langue. Donc, c’est un partenariat vraiment gagnant-gagnant et très, très nécessaire », insiste l’agent de liaison.
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« La dernière activité que [les francophones ont] faite, c’était lors de la fête du Travail. Nous nous sommes rencontrés pour discuter sur la résolution des conflits en milieu de travail dans le contexte du Nunavut », raconte Leonard Nkengue.
Rejoindre les francophones de tout le territoire
Le directeur général de l’AFN, Christian Ouaka, affirme que le désir de rejoindre les autres francophones du Nunavut est bien présent depuis son entrée en poste en 2020.
Iqaluit compte près de 90 % des francophones du territoire. Il y en a donc dans d’autres communautés qui ont aussi besoin de services. « Si nous ne sommes pas présents dans la vie de ces communautés, il y a certaines choses qui peuvent être facilement mises de côté; comme l’obligation de donner des services dans les langues officielles du territoire », mentionne-t-il.
Le responsable explique que l’antenne de Rankin Inlet est en fait le « hub » pour toute la région du Kivalliq – l’ouest du Nunavut –, qui compte une soixantaine de francophones. « Ils ont besoin de services en français, d’avoir des activités, de se rassembler, parce qu’ils ne font que vivre en anglais là-bas, par défaut de services en français. »
L’AFN espère que cette antenne permettra de démontrer aux gouvernements qu’il y a une présence francophone à l’extérieur d’Iqaluit et qu’elle a aussi besoin d’appui. Éventuellement, le financement pour les activités au Nunavut pourrait comprendre le coût du déplacement d’un artiste vers Rankin Inlet et ailleurs, par exemple.
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Christian Ouaka veut que l’AFN desserve aussi les 10 % des francophones du Nunavut qui résident à l’extérieur d’Iqaluit.
« Porter la voix »
Pour Leonard Nkengue, l’affiliation avec l’AFN apporte une solidarité essentielle à la survie de la langue, mais aussi l’attention des décideurs. « Pour atteindre des objectifs vraiment palpables et grands, il faut fonctionner avec les organismes qui sont capables de porter la voix francophone plus haute. »
Première action déjà lancée : la création d’un service de garde après l’école. « L’AFN va nous venir en aide là-dessus. Il y a des personnes que je dois rencontrer pour la disponibilité des salles et il y a un budget qu’il faut fournir », indique-t-il.
L’objectif est de créer un service pour toute la communauté, « parce qu’il y a un fort besoin d’un service de garde après l’école ».
Le deuxième coup de main que l’Association peut fournir est logistique et financier. « C’est un point non négligeable. Avant que l’AFN arrive, quand on organisait des activités, c’était de notre propre effort et c’était de notre propre financement. »
Il donne comme exemple une soirée pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs en 2024, que les francophones de Rankin Inlet ont décidé de financer avant même de savoir s’ils auraient de l’aide d’autres organismes de la communauté.
Ce que Leonard Nkengue souhaite, c’est un jour de pouvoir organiser les mêmes activités qu’à Iqaluit, mais avec des adaptations selon le contexte de Rankin Inlet.
Rassembler
Les francophones de Rankin Inlet ne veulent pas s’isoler du reste des habitants de la ville, insiste Leonard Nkengue. Bien au contraire, ils veulent partager leur langue et leurs cultures.
Que le service de garde après l’école puisse accueillir tous les enfants fait partie de cette ouverture. La célébration du Mois de l’histoire des Noirs en 2024 a été organisée avec la même démarche inclusive, en invitant tout le monde.
« [Il y a une] curiosité pour des personnes qui n’ont jamais entendu la langue avant. Et puis, il a un certain intérêt, du moins professionnel, beaucoup plus parfois pour l’apprendre », dit-il.