La Qikiqtani Inuit Association (QIA) le présente comme le premier établissement du genre dans le Haut-Arctique. Il doit notamment permettre aux étudiants inuit de poursuivre leur parcours postsecondaire près de leur culture, de leur environnement et de leur famille.
Le projet remonte à 2016, lorsque la QIA cherchait à accroître l’emploi des Inuit à Mary River. D’abord axée sur l’acquisition de compétences transférables pour travailler dans le secteur minier, l’initiative s’est élargie lors des négociations de 2018 entourant l’aire marine nationale de conservation Tallurutiup Imanga.
Sa vocation s’est alors tournée vers l’apprentissage dirigé par les Inuit et la recherche dans la région du Qikiqtani.
Les Inuit sont forts et capables. Nous devons avoir accès, plus près de chez nous, à des possibilités d’éducation, de formation et de développement des capacités qui respectent notre langue, notre culture et notre vision du monde.
Une première programmation
En mars 2025, le Collège de l’Arctique du Nunavut et la QIA ont signé un protocole d’entente visant à appuyer la formation et la recherche au Centre. Selon le document, la QIA construirait les installations, tandis que l’établissement y offrirait ses programmes, dans la mesure où cela serait permis.
Trois programmes ont d’abord été retenus : interprétation et traduction, production et conception de fourrure ainsi que le programme de préposé aux services de soutien à la personne.
Deux des programmes annoncés ont maintenant commencé à Pond Inlet : celui d’interprétation et de traduction, de même que celui de production et de conception de fourrure. La QIA indique que d’autres formations prévues doivent débuter en 2027, sans préciser l’échéancier du programme de préposé aux services de soutien à la personne. Le Collège de l’Arctique en assure la prestation et l’administration.
De nouvelles possibilités seront également étudiées au cours de la présente année scolaire, mais aucune précision sur les domaines envisagés n’a été fournie.
« Le Collège prévoit continuer d’offrir d’autres programmes à Pond Inlet à l’avenir. Là encore, du financement devra être obtenu pour soutenir ces programmes supplémentaires », indique Jackie Price, présidente du Collège de l’Arctique du Nunavut, dans une réponse écrite.
La QIA a mis sur pied un groupe de travail stratégique chargé d’orienter le développement du Centre à court, moyen et long terme. Elle indique être en discussion avec des établissements universitaires, dont l’Université d’Ottawa et l’Université Laval, au sujet de partenariats potentiels qui pourraient soutenir de futures activités de recherche, d’enseignement et de programmation. L’organisme souhaite également poursuivre ses échanges avec d’autres partenaires universitaires et de formation à mesure que l’offre du Centre se développe.
Une recherche plus ancrée dans la communauté
La QIA affirme que la recherche associée au Centre sera dirigée et gouvernée par les Inuit, selon des priorités guidées par leurs besoins et leurs intérêts. L’organisme souhaite soutenir à la fois des initiatives de recherche communautaire et scientifique, afin de renforcer les capacités locales et de contribuer à la production de connaissances et à la prise de décision dirigées par les Inuit.
Andrew Arreak, responsable des opérations au Nunavut et de l’engagement communautaire chez SmartICE, explique que, par le passé, les activités de recherche à Pond Inlet se déroulaient surtout au printemps et en été, avec des chercheurs venus du Sud. Les résidents étaient souvent embauchés comme guides, cuisiniers ou surveillants d’ours polaires, plutôt que d’y prendre part et d’en apprendre davantage sur ce qui était étudié dans la région. Il ajoute que les chercheurs donnaient peu ou pas de rétroaction à la communauté, ce qui a fini, selon lui, par susciter une certaine lassitude et une perte d’intérêt pour ce type de projets.
« J’espère que le Centre permettra de prioriser des questions de recherche qui profiteront à la fois aux travaux de recherche et à la communauté », précise Andrew Arreak.
Il souhaite par ailleurs que la recherche à Pond Inlet et dans les environs ait lieu toute l’année, plutôt que surtout au printemps et en été. Selon lui, SmartICE est actuellement le seul organisme à poursuivre ce type d’activités tout au long de l’hiver et de la saison des glaces.
Moses Amagoalik, chercheur local, mesure manuellement l’épaisseur de la glace lors de travaux de terrain de SmartICE. Ces données servent notamment à étalonner les capteurs utilisés pour déterminer l’épaisseur de la glace.
De son côté, Clare da Silva, agente de développement économique communautaire de la municipalité de Pond Inlet, espère que les nouvelles installations permettront aux résidents de se former, d’obtenir des certifications et d’avoir davantage de possibilités de travail sans devoir quitter la communauté.
« L’un des plus grands défis est l’offre limitée de programmes de formation locaux et de voies d’accès à l’emploi », souligne-t-elle. Selon elle, le Centre pourrait contribuer à combler ce manque en proposant des parcours accessibles et adaptées aux réalités locales, afin de mieux préparer la population à travailler à Pond Inlet comme ailleurs au Nunavut.
Le bâtiment comprend plus de 2 880 pieds carrés d’espaces de classe modulables, aménagés notamment pour la visioconférence et dotés d’un accès Internet haute vitesse, ainsi que des installations de laboratoire. Il peut également héberger jusqu’à 33 personnes et dispose de simulateurs d’équipement lourd d’une valeur de 2,1 millions de dollars.
La QIA précise que ces places d’hébergement sont notamment destinées aux participants venant d’autres communautés pour suivre des formations, poursuivre des études et, éventuellement, participer à des activités de recherche. Le Centre a été conçu pour servir les Inuit de l’ensemble du Nunavut ainsi que d’autres personnes intéressées à y participer, ce qui pourrait inclure des Inuit circumpolaires.
Le financement provient de l’Agence canadienne de développement économique du Nord, de Baffinland Iron Mines Corporation, de Services aux Autochtones Canada, de Ressources naturelles Canada et de Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI).