Les 25 communautés du territoire dépendent encore du diesel pour leur électricité. Le gouvernement du Nunavut soutient notamment le développement de systèmes hybrides associant des sources renouvelables, des batteries et des génératrices afin de réduire la consommation de carburant sans compromettre la fiabilité de l’approvisionnement électrique.
Le 22 juin 2026, Ottawa a annoncé 17,2 millions de dollars pour quatre projets d’énergie propre au Nunavut. Parmi eux, une initiative financée à hauteur de plus de 4,8 millions de dollars permettra à Nunavut Nukkiksautiit Corporation de réaliser des études d’ingénierie à Sanirajak, Kinngait et Qausuittuq en vue d’un microréseau combinant énergie solaire, éolienne et stockage par batterie.
Près de 8,5 millions de dollars sont également destinés à la même société pour un système d’énergie propre au nouvel hôtel et centre de congrès Aqsarniit, à Iqaluit, tandis que Sakku Investments reçoit 2,5 millions de dollars pour un projet solaire intégrant des batteries à Rankin Inlet.
Enfin, plus de 1,3 million de dollars sont accordés à Qulliq Energy Corporation (QEC) pour accélérer le développement des énergies renouvelables à l’échelle du territoire.
D’autres initiatives progressent dans plusieurs communautés du Nunavut.
Kugaaruk au stade de l’évaluation
À Kugaaruk, la démarche demeure exploratoire. Le 25 septembre 2026, la Commission du Nunavut chargée de l’examen des répercussions a ouvert la période de commentaires publics sur une proposition d’Aurora Energy Solutions visant à évaluer les ressources éoliennes et solaires dans la communauté.
La station temporaire serait exploitée d’octobre 2026 à octobre 2028 sur un terrain inutilisé situé dans les limites municipales. Elle comprendrait notamment un lidar, un appareil permettant de mesurer le vent à distance à l’aide d’un laser, ainsi que six panneaux solaires, quatre microéoliennes et des batteries.
Les données recueillies serviraient à soutenir la planification de futurs projets d’énergie renouvelable à l’échelle locale. La proposition ne prévoit toutefois aucune infrastructure permanente de production d’électricité.
La cérémonie de coupe du ruban du projet solaire Ikayuut, à Naujaat, en septembre 2026.
Des projets qui se concrétisent
À Naujaat, Ikayuut alimente le réseau électrique de la communauté depuis le 20 août 2026.
Le système combine une installation solaire d’une puissance de 1,4 mégawatt et une batterie pouvant stocker un mégawattheure d’électricité. Il devrait couvrir environ 30 % des besoins annuels en électricité de Naujaat.
Selon QEC, Ikayuut est le premier projet achevé dans le cadre de son programme de producteurs d’électricité indépendants. Il fournit déjà de l’électricité à la Société d’État, mais demeure en période d’essais et devrait atteindre sa pleine capacité de production au printemps 2027.
À Sanikiluaq, une turbine d’un mégawatt a été érigée à la fin septembre 2026 dans le cadre du projet Anuriqjuak Nukkiksautiit, dont le financement provient de plusieurs partenaires.
Le maire de Sanikiluaq, Johnny Appaqaq, affirme que cette initiative devrait permettre à la communauté de ne plus dépendre uniquement des génératrices au diesel pendant l’hiver. « Nous verrons comment cela se passera une fois que l’éolienne sera mise en service en novembre ».
Un système de stockage par batterie est également prévu. L’ensemble devrait réduire d’au moins 50 % la consommation de diesel destinée à la production d’électricité. Selon la Banque de l’infrastructure du Canada, cette réduction pourrait atteindre 70 %, soit jusqu’à 600 000 litres par année.
Des travaux restent toutefois nécessaires pour intégrer la turbine au réseau électrique local. Sa mise en service suivra leur achèvement et les essais requis.
Plus largement, QEC indique avoir reçu, dans le cadre de son programme de producteurs d’électricité indépendants, des demandes concernant des projets dans dix communautés : Arviat, Baker Lake, Cambridge Bay, Chesterfield Inlet, Coral Harbour, Iqaluit, Naujaat, Rankin Inlet, Sanikiluaq et Whale Cove.
Ces dossiers se trouvent à différentes étapes du processus d’examen et d’évaluation technique. La société d’État souligne toutefois que le dépôt d’une demande ne garantit pas la réalisation d’un projet.
Une accélération après plusieurs années de travail
Pour Martha Lenio, directrice générale d’Arctic Renewables Society, la tendance observée est bien réelle au Nunavut. « Le développement des énergies renouvelables s’accélère, mais il repose sur le travail réalisé au cours des huit à dix dernières années », souligne-t-elle.
Elle attribue notamment cette évolution à des changements de politiques qui ont progressivement permis à QEC d’acheter de l’électricité renouvelable auprès de fournisseurs indépendants. Elle cite le programme de mesurage net, dont la politique a été publiée vers 2018, celui destiné aux producteurs commerciaux et institutionnels, vers 2019, puis celui des producteurs indépendants mis en place au début des années 2020 et ajusté depuis.
Selon elle, ces mesures ont favorisé la réalisation d’installations de plus grande envergure. De telles initiatives prennent toutefois davantage de temps à se concrétiser, puisqu’elles nécessitent des études environnementales et techniques ainsi qu’une participation des communautés.
Martha Lenio juge également le financement fédéral essentiel à la réussite des projets communautaires. Elle mentionne notamment l’Initiative autochtone pour réduire la dépendance au diesel, le programme Énergie propre pour les collectivités rurales et éloignées ainsi qu’ARDEC Nord. Ces programmes ont appuyé diverses réalisations, allant d’installations solaires sur des équipements communautaires à des études de faisabilité, en passant par la formation et l’élaboration de plans énergétiques locaux.
Le soutien territorial a également joué un rôle grâce au programme de subvention en énergie renouvelable pour cabine, qui encourage l’utilisation du solaire et de l’éolien et contribue à réduire la dépendance au diesel lors des séjours hors des communautés. L’ensemble de ces efforts se traduit maintenant par une meilleure compréhension et une adoption accrue de l’énergie propre et de l’efficacité énergétique au Nunavut.
Le ministère de l’Environnement du Nunavut partage ce constat.
Le Nunavut assiste à un passage de petits projets de démonstration à des projets d’énergie renouvelable de plus grande ampleur à l’échelle communautaire, qui peuvent réduire considérablement la consommation de diesel .
Il explique cette accélération par l’augmentation des investissements, le leadership accru des Inuit et des communautés, l’amélioration des données sur les ressources renouvelables ainsi que les progrès en matière de stockage par batterie et de microréseaux. Le gouvernement travaille également à l’élaboration d’une stratégie énergétique du Nunavut destinée à orienter la transition à long terme selon des approches adaptées aux communautés.
De son côté, QEC associe l’intérêt croissant pour l’énergie propre à des cadres plus clairs pour l’intégration des projets aux réseaux locaux et à un meilleur accès au financement.
Des défis techniques, financiers et humains
Malgré cette progression, Martha Lenio estime que le coût des projets et la difficulté de les mener à bien localement demeurent des obstacles importants. L’aide fédérale reste particulièrement nécessaire pendant leur développement, avant qu’ils ne génèrent des revenus.
Les communautés ont également besoin de personnel qualifié pour assurer la mise en place et l’entretien des installations. « Le financement et les capacités humaines, notamment la formation, sont deux des principaux défis », résume-t-elle. Cette demande de main-d’œuvre pourrait toutefois favoriser la création d’emplois dans le secteur.
À ces enjeux s’ajoutent des contraintes techniques. Les réseaux électriques des 25 communautés ne sont pas interconnectés, ce qui empêche de recevoir de l’électricité d’une autre localité en cas de panne. L’intégration du solaire et de l’éolien exige donc une planification et des essais tenant compte des particularités de l’Arctique.
QEC souligne aussi les coûts liés à la modernisation des réseaux, au transport maritime d’équipements spécialisés et à l’adaptation des infrastructures au diesel. Les conditions hivernales limitent les périodes propices à la construction et compliquent la production d’énergie renouvelable sans stockage par batterie adéquat.
Le ministère de l’Environnement considère la sécurité énergétique comme un élément important de la transition. « Dans un avenir prévisible, les énergies renouvelables fonctionneront parallèlement à la production actuelle au diesel », indique-t-il. Un recours accru à l’électricité renouvelable produite localement pourrait ainsi réduire la dépendance au carburant importé et renforcer la résilience des systèmes énergétiques du Nunavut.