le Mercredi 23 septembre 2026
le Mercredi 23 septembre 2026 8:00 | mis à jour le 23 septembre 2026 8:05 Actualités

Contre-tarifs : quels effets sur l’alimentation au Nunavut ?

La section de fruits et légumes du NorthMart d’Iqaluit. Les contre-tarifs pourraient avoir des répercussions sur les coûts et les sources d’approvisionnement des détaillants nordiques. — Courtoisie
La section de fruits et légumes du NorthMart d’Iqaluit. Les contre-tarifs pourraient avoir des répercussions sur les coûts et les sources d’approvisionnement des détaillants nordiques.
Courtoisie

L’imposition de nouveaux tarifs douaniers dans le cadre du conflit commercial entre le Canada et les États-Unis pourrait avoir des répercussions jusque dans les épiceries du Nunavut. Au-delà des produits américains directement visés, les effets pourraient se propager à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, particulièrement complexe et coûteuse dans le Nord.

Contre-tarifs : quels effets sur l’alimentation au Nunavut ?
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Le gouvernement canadien impose depuis le 8 septembre 2026 de nouveaux droits de douane de 15 %, 25 % ou 50 % sur une série de produits provenant des États-Unis. Ces contre-mesures, qui visent 27,6 milliards de dollars d’importations américaines, répondent aux tarifs imposés par Washington sur des marchandises canadiennes.   

Si l’acier, l’aluminium, l’électroménager ou encore le matériel agricole comptent parmi les catégories touchées, certains produits alimentaires sont également visés, notamment des produits laitiers, dont des fromages, ainsi que du miel et certaines préparations alimentaires. 

Des répercussions sur toute la chaîne 

La North West Company, qui exploite notamment des magasins NorthMart et Northern au Nunavut, affirme privilégier depuis longtemps les produits et fournisseurs canadiens lorsque la qualité, la disponibilité et le rapport qualité-prix le permettent. Sa directrice des communications et des relations publiques, Brigitte Burgoyne, souligne que les perturbations de l’approvisionnement peuvent avoir des effets plus importants dans le Nord qu’ailleurs au Canada, compte tenu du coût et de la complexité du transport des marchandises.   

 Les conséquences du conflit commercial pourraient d’ailleurs dépasser les seules marchandises directement importées des États-Unis. Les droits de douane imposés sur certains matériaux, notamment l’aluminium et l’acier, peuvent par exemple accroître le coûtdes boîtes de conserve, des contenants et d’autres emballages utilisés pour des aliments fabriqués au Canada, explique l’entreprise.  

« Plus le différend commercial se prolonge, plus le risque que les droits de douane se répercutent sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement augmente », indique Brigitte Burgoyne. 

À court terme, les marchandises déjà acheminées au Nunavut pourraient toutefois offrir un certain répit. Une grande partie du réapprovisionnement annuel par voie maritime avait été effectuée avant que les effets de cette nouvelle série de hausses tarifaires ne se fassent sentir. Selon l’entreprise, cette situation devrait limiter les éventuels coûts supplémentaires pour les Nunavummiut. 

Questionnée sur la proportion d’aliments provenant des États-Unis dans ses magasins du Nunavut et sur les principales catégories concernées, North West Company n’a pas fourni de données précises à ce sujet. 

Le magasin Northern de Kugaaruk. L’éloignement des communautés nordiques complexifie le transport des marchandises et en accroît le coût.

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Un approvisionnement appelé à s’adapter 

Du côté d’Arctic Co-operatives, Duane Wilson, vice-président aux relations avec les parties prenantes, n’est pas non plus en mesure de chiffrer la proportion de produits provenant des États-Unis dans les magasins Co-op. Il explique que les fournisseurs recherchent d’abord la meilleure valeur et que la proximité géographique des États-Unis peut favoriser les marchandises américaines en réduisant les coûts de transport.  

L’entrée en vigueur des contre-tarifs ajoute un nouveau facteur à considérer. M. Wilson dit ne pas avoir identifié d’aliment en particulier qui serait directement touché. Il estime néanmoins que ces mesures pourraient amener les fournisseurs à se tourner vers d’autres marchés pour certains produits. Il donne l’exemple des oranges : celles du Mexique pourraient devenir moins coûteuses que celles de la Floride, en tenant compte des contre-tarifs et du transport. L’arrivée des récoltes canadiennes à l’automne pourrait également améliorer la disponibilité de denrées fraîches canadiennes, notamment les pommes et les pommes de terre.  

Changer de source d’approvisionnement ne signifie toutefois pas nécessairement éviter une hausse des prix. Le représentant d’Arctic Co-operatives souligne que se tourner vers un autre pays peut entraîner des coûts de transport plus élevés. Dans le cas des oranges, celles provenant du Mexique pourraient êtremoins chères que celles de la Floride une fois les contre-tarifs pris en compte, tout en demeurant plus coûteuses que les oranges de la Floride avant l’imposition de ces droits.  

Le taux de change constitue une autre variable difficile à prévoir. Puisque les échanges de marchandises sont souvent effectués en dollars américains, l’évolution du dollar canadien, ou encore du peso mexicain, peut modifier le pouvoir d’achat et peser sur les choix des fournisseurs.  

Les préférences des consommateurs pourraient aussi influencer les décisions d’approvisionnement. Il affirme qu’Arctic Co-operatives devra s’ajuster au fur et à mesure aux besoins et à la demande de sa clientèle. 

L’organisation fait le même constat quant à l’effet protecteur du transport maritime à court terme. Une grande partie des marchandises américaines des Co-op avait déjà été achetée avant l’entrée en vigueur des nouvelles mesures. Ce mode d’approvisionnement créerait ainsi une certaine forme d’« isolation » face aux répercussions immédiates des contre-tarifs.  

Quant à une éventuelle hausse des prix dans les magasins Co-op, Duane Wilson se garde de faire des prévisions. La préparation du transport maritime pour l’année suivante pouvant débuter dès janvier ou février, l’évolution du conflit commercial demeure difficile à anticiper plusieurs mois à l’avance.  

Il estime d’ailleurs que les consommateurs du Nord disposent d’un pouvoir important grâce au modèle coopératif, puisque les magasins appartiennent aux communautés. « À chacun et à chacune de prendre ses décisions individuelles, mais au fur et à mesure qu’on prend ces différentes décisions, on a la force de le faire en groupe », souligne-t-il.  

Il confirme que les choix des membres pourraient notamment se traduire par une plus grande place accordée aux produits canadiens s’ils en expriment le souhait. 

Des effets plus rapides aux Territoires du Nord-Ouest 

Arctic Co-operatives dessert également des communautés des Territoires du Nord-Ouest, où les produits américains occupent, selon Duane Wilson, une place comparable dans l’approvisionnement. La différence réside toutefois dans le mode de transport de certaines marchandises.  

Contrairement au Nunavut, certaines localités ténoises sont accessibles par la route. Le représentant d’Arctic Co-operatives estime qu’elles pourraient ainsi ressentir plus rapidement les effets des contre-tarifs en raison de leur approvisionnement par camion. Selon lui, les consommateurs de Yellowknife pourraient constater une différence sur leur facture d’épicerie avant ceux du Nunavut.  

Une situation encore difficile à évaluer 

Invoquant la complexité des chaînes d’approvisionnement nordiques, le gouvernement du Nunavut (GN) demeure prudent quant aux conséquences possibles des contre-tarifs.   

« Il est trop tôt pour déterminer quelles pourraient être les répercussions sur les prix ou la disponibilité des aliments », indique le GN. Son analyse se poursuit et il indique qu’il continuera de surveiller la situation.  

Interrogé sur d’éventuelles demandes de mesures particulières, d’exemptions ou de soutien auprès du gouvernement fédéral, le GN affirme vouloir d’abord comprendre les répercussions potentielles avant d’établir si des mesures supplémentaires sont nécessaires.