le Mercredi 22 juillet 2026
le Mardi 21 juillet 2026 5:27 | mis à jour le 21 juillet 2026 14:56 Actualités

Le nucléaire a-t-il un avenir au Nunavut ?

Une unité de production de la centrale nucléaire de Pickering en Ontario. — iStock
Une unité de production de la centrale nucléaire de Pickering en Ontario.
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Alors que le Nunavut s’apprête à exercer davantage de contrôle sur la gestion de ses terres et de ses ressources grâce au transfert de responsabilités, la question d’un éventuel recours aux petits réacteurs modulaire suscite déjà des positions contrastées.

Le nucléaire a-t-il un avenir au Nunavut ?
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Publiée le 22 juin, la Stratégie canadienne en matière d’énergie nucléaire présente cette source d’énergie comme un élément central de la réponse à la hausse de la demande en électricité et à la décarbonation de l’économie. Elle prévoit notamment de favoriser la construction de nouveaux réacteurs, de simplifier le cadre réglementaire, de renforcer la chaîne d’approvisionnement canadienne et de soutenir l’innovation dans ce domaine. 

Ottawa affirme vouloir travailler avec les provinces, les territoires et les communautés autochtones, mais le document ne mentionne pas spécifiquement le Nunavut ni le déploiement éventuel de petits réacteurs modulaires sur son territoire. Pourtant, plusieurs organisations, dont Pembina Institute et la Société d’énergie Qulliq ont déjà présenté cette technologie comme une solution potentielle pour réduire la dépendance du Nunavut au diesel.    

La stratégie précise que tout développement nucléaire devra respecter les droits des Autochtones et les obligations de consultation de la Couronne. Elle prévoit également d’accroître leur participation en capital dans les nouveaux projets ; ce critère orientera les décisions de financement fédéral. Cette approche vise aussi à favoriser des possibilités économiques, de leadership et d’emploi dans le secteur nucléaire.   

Le document indique qu’un microréacteur canadien fera l’objet d’un projet de démonstration d’ici 2035 puis déployé dans certaines collectivités éloignées à la fin des années 2030. Ottawa présente cette technologie comme une solution potentielle pour répondre aux besoins énergétiques de ces communautés.  

Une décision qui revient au Nunavut 

John Main, Premier ministre du Nunavut, affirme auprès du Nunavoix qu’aucune décision n’a été prise concernant un éventuel recours à l’énergie nucléaire. Le gouvernement territorial n’a, pour le moment, aucune position officielle en faveur ou en défaveur des petits réacteurs modulaires, mais Qulliq Energy Corporation continue de suivre l’évolution de ces technologies afin d’évaluer leur pertinence dans le contexte particulier du territoire. Cette démarche demeure exploratoire et ne constitue pas un engagement, poursuit M. Main. 

Le gouvernement du Nunavut identifie certains avantages et défis qui devraient être examinés. Les bénéfices potentiels comprennent une réduction de la dépendance au diesel importé, une amélioration de la sécurité énergétique à long terme et une diminution des émissions de gaz à effet de serre par rapport à la production actuelle.  

Le Premier ministre souligne toutefois plusieurs aspects à prendre en compte, notamment les coûts initiaux élevés, les exigences réglementaires, l’évolution incertaine de cette technologie ainsi que les enjeux liés à la gestion, au transport et au stockage des déchets radioactifs. La capacité de main-d’œuvre spécialisée et les besoins en préparation aux situations d’urgence dans un environnement éloigné font également partie des éléments à considérer. Toute avancée dans ce domaine nécessiterait d’abord des évaluations approfondies aux plans technique, environnemental, économique, juridique et social.  

Quant aux effets du transfert des responsabilités sur le développement du nucléaire, John Main estime qu’il est prématuré de spéculer, puisqu’aucun projet n’est actuellement envisagé au Nunavut. 

Ressources naturelles Canada précise que cette transition ne modifiera pas la façon dont les initiatives nucléaires seront examinées, puisque la production d’électricité et la gestion des réseaux électriques relèvent déjà du gouvernement du Nunavut. Dans une réponse écrite transmise au Nunavoix, le ministère ajoute qu’un éventuel recours à cette source d’énergie devrait se faire dans le respect des droits des Inuit et de l’Accord du Nunavut. Une telle initiative nécessiterait une collaboration étroite avec le gouvernement du Nunavut, la Société d’énergie Qulliq, Nunavut Tunngavik Incorporated et les organisations inuit. 

Il souligne enfin que les consultations menées jusqu’à présent visaient l’élaboration de la stratégie canadienne en matière d’énergie nucléaire et non un projet précis au Nunavut. 

Représentation conceptuelle d’un petit réacteur modulaire, une technologie dont le potentiel est étudié pour les collectivités éloignées.

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La KIA souhaite participer aux discussions 

La Kitikmeot Inuit Association (KIA) affirme vouloir poursuivre sa réflexion sur ces technologies. « Nous demeurons ouverts à en apprendre davantage sur un éventail de possibilités susceptibles de faire progresser les priorités des Inuit du Kitikmeot et de leurscommunautés », indique la KIA dans une déclaration écrite. 

L’organisation ajoute que les récents développements et l’intérêt croissant pour les investissements dans la région du Kitikmeot justifient de continuer l’analyse de ces options. Elle juge toutefois prématuré de privilégier une avenue, chaque projet devant être évaluéselon ses retombées et ses impacts environnementaux, sociaux, économiques et sécuritaires.

Plus largement, la KIA estime que les communautés et les représentants inuit devraient être impliquées dès les premières discussions sur les technologies émergentes au Nunavut. 

Une technologie encore à l’étude 

Le Pembina Institue, un groupe de réflexion canadien spécialisé en politiques énergétiques et climatiques, adopte toutefois une position plus prudente. « Les petits réacteurs modulaires pourraient, en théorie, jouer un rôle dans l’avenir du Nunavut, mais ils demeurent pour l’instant une perspective à très long terme et extrêmement incertaine. Entre-temps, les communautés ont besoin de solutions crédibles dès maintenant », estime Emily He, gestionnaire du programme sur les énergies renouvelables dans les collectivités éloignées du Pembina Institute.    

La spécialiste ajoute que plusieurs conditions devraient d’abord être réunies avant qu’une telle solution puisse être déployée au Nunavut. Parmi celles-ci figurent une technologie ayant fait ses preuves au Canada, un mode de gestion des déchets nucléaires, une capacité locale suffisante et des unités adaptées aux réalités des communautés. Elle souligne également un enjeu lié à leurs dimensions.  

La majorité des projets en développement au Canada visent une production d’environ 300 MW d’électricité, alors que la collectivité nunavoise ayant la plus grande demande énergétique, Iqaluit, consomme environ 9 MW. À son avis, le déploiement d’une telle technologie pour le Nord nécessiterait encore des décennies d’investissements et d’essais.  

Le coût demeure également l’un des principaux obstacles, selon Emily He. Les premières études citées par le Pembina Institute indiquent que les petits réacteurs modulaires pourraient coûter environ 70 % plus cher que les réacteurs conventionnels, une facture qui devrait en grande partie être assumée par les gouvernements ou par des consommateurs nordiques qui paient déjà de six à dix fois plus pour leur électricité que dans le reste du pays.  

L’experte rappelle qu’aucune installation commerciale de cette technologie n’a encore été menée à terme dans un pays développé, estimant qu’elle demeure donc largement non éprouvée.