Le séjour constituait le second volet d’un échange amorcé en avril, alors que 27 jeunes de Prince George avaient été accueillis à Iqaluit pour découvrir la culture inuit et le quotidien nordique. En retour, 22 élèves de la 7e à la 12e année de l’École des Trois-Soleils se sont rendus en Colombie-Britannique en mai dernier.
L’initiative poursuivait toutefois un objectif plus large que le simple séjour éducatif. Selon la directrice Nadine Petnkeu, elle visait notamment à renforcer l’attachement des jeunes à leur communauté francophone et à favoriser leur rétention scolaire dès la 7e année. « Ça donne un sentiment d’appartenance et ça permet de développer un rapport positif avec la langue française. »
Elle indique que c’est après que le conseiller socioculturel de l’école a entendu parler du programme d’échanges, qu’elle a présenté l’idée au comité de parents. L’initiative a pris ensuite forme au cours des derniers mois. « On s’est lancé sans trop savoir dans quoi on s’embarquait », raconte-t-elle, soulignant la mobilisation des familles, des jeunes, du personnel scolaire et de la communauté.
Si le programme couvrait le transport et l’hébergement, l’école a également pu compter sur des levées de fonds et des partenaires communautaires afin de concrétiser le projet. Le Nunavut Arctic College et la Commission scolaire francophone du Nunavut (CSFN) figurent notamment parmi les organismes ayant prêté main-forte.
Un jumelage naturel
L’échange visait aussi à élargir les horizons des élèves d’Iqaluit en leur faisant explorer une autre réalité francophone en région éloignée. L’école cherchait d’ailleurs un établissement partageant plusieurs points communs avec sa communauté. La ressemblance entre les deux écoles ne s’arrêtait pas à la francophonie en contexte minoritaire. À Prince George, les élèves d’Iqaluit ont également été exposés à un milieu marqué par une culture autochtone, un parallèle que la direction jugeait particulièrement intéressant dans le cadre de ce projet. « On a trouvé notre jumeau », résume la directrice.
Avant même l’arrivée des élèves de Prince George à Iqaluit, un premier contact avait été établi entre les jeunes des deux écoles. Un échange vidéo a permis aux participants de faire connaissance, une façon de créer des liens avant le séjour.
Pour Nadine Petnkeu, il était toutefois essentiel que l’échange se déroule dans les deux sens afin de permettre aux jeunes de créer de véritables liens et de mieux découvrir la réalité nordique des jeunes d’Iqaluit.
Lorsque les élèves de l’École Franco-Nord ont été accueillis à Iqaluit en avril, ils ont notamment pu participer à différentes activités liées à la culture inuit, assister à des événements du festival Toonik Tyme et découvrir le quotidien des jeunes du Nunavut. Le séjour avait d’ailleurs été planifié en fonction du festival afin de familiariser les participants avec la vie culturelle locale.
Les visiteurs ont également dormi à l’école, une formule qui, selon la directrice, a contribué à créer une ambiance familiale. D’abord envisagé en famille d’accueil, l’hébergement a toutefois dû être adapté à la réalité du logement à Iqaluit. « L’école était vivante », résume-t-elle.
Une expérience formatrice
Kamagate Yacouba, éducateur spécialisé à l’École des Trois-Soleils ayant accompagné les élèves durant leur séjour, estime que les retombées les plus marquantes dépassent le cadre des activités prévues.
Il considère que l’expérience a notamment permis à plusieurs jeunes de gagner en autonomie. Certains n’avaient jamais quitté Iqaluit ou voyagé sans leurs parents auparavant. En Colombie-Britannique, les élèves partageaient des chambres, respectaient un horaire et assumaient certaines responsabilités du quotidien.
« C’est ce genre de choses qui les a fait grandir », souligne l’accompagnateur.
Il affirme d’ailleurs avoir été impressionné par le comportement des jeunes durant le voyage. Pendant les déplacements et les activités, les élèves ont fait preuve d’une discipline qui a surpris l’équipe.
La visite des jeunes de Prince George semble aussi avoir ravivé l’intérêt de certains élèves d’Iqaluit pour le programme d’échanges. « J’ai des élèves qui ne voulaient pas participer au programme d’échange, mais lorsqu’ils ont vu de nouveaux amis, une nouvelle dynamique, ils se sont impliqués », raconte la directrice.
Le séjour a également amené des jeunes francophones d’Iqaluit à envisager des études postsecondaires en français. Selon Nadine Petnkeu, certains participants ont découvert l’existence d’options en Colombie-Britannique, une avenue qu’ils n’avaient jusque-là pas explorée.
De retour de leur semaine en Colombie-Britannique, les élèves semblent d’ailleurs avoir apprécié le séjour. La directrice affirme que les jeunes qu’elle a consultés ont majoritairement évalué leur voyage entre 8 et 10 sur 10, malgré quelques défis liés notamment aux longs déplacements.
L’école songe déjà à répéter l’expérience. Malgré la fatigue et les nombreuses heures de travail investies par le personnel, l’équipe-école estime que les retombées sont suffisamment positives pour envisager une nouvelle édition.
Les liens semblent d’ailleurs se poursuivre au-delà du voyage. Selon la directrice, un parent lui a rapporté que son fils avait rencontré une famille prête à l’accueillir à nouveau l’an prochain.
Au moment du départ, des élèves ont eu du mal à cacher leur émotion. « Certains ont commencé à pleurer au moment où ils devaient se séparer », se souvient Kamagate Yacouba.