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Changer de parti : un pari pas si risqué en politique

Lori Idlout est la 4e défection au profit des Libéraux en moins d'un an. — Crédit : Archives - Brice Ivanovic
Lori Idlout est la 4e défection au profit des Libéraux en moins d'un an.
Crédit : Archives - Brice Ivanovic

Lori Idlout est loin d’être le premier cas de transfuge politique depuis l’élection fédérale d’avril 2025. Si les collègues et une partie de l’électorat peuvent ne pas digérer un changement d’allégeance, la réélection des transfuges n’est pourtant pas rare.

Changer de parti : un pari pas si risqué en politique
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Le 10 mars en soirée, le chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique (NPD) du Canada, Don Davies, a annoncé dans un message sur le site du parti qu’ils étaient «très déçus que Lori Idlout ait décidé de se joindre au caucus libéral».
La députée représente le Nunavut au fédéral depuis 2021. Elle a devancé la candidate libérale par 41 voies en 2025.

«Après beaucoup de réflexion personnelle et les encouragements de ma communauté, de ma famille et de mes concitoyens, j’ai décidé de me joindre au caucus du gouvernement et de travailler aux côtés du premier ministre Mark Carney afin de bâtir l’avenir meilleur sur lequel comptent les Nunavummiut».

— Lori Idlout, par voie de déclaration

Elle se dit prête à travailler avec Mark Carney, même si elle a souvent critiqué le gouvernement libéral lors de ses déclarations dans la Chambre des communes. Un changement de camp salué d’ailleurs par son adversaire libérale lors des dernières élections, Kilikvak Kabloona : «  Un inuk doit faire parti du pouvoir pour faire connaître nos priorités et influencer les décisions. Avec un seul député, le Nunavut en a besoin ».

Il s’agit de la quatrième défection au profit du Parti libéral en moins d’un an. Lori Idlout suit les traces des députés conservateurs Chris d’Entremont (Acadie–Annapolis en Nouvelle-Écosse), Michael Ma (Markham–Unionville en Ontario) et Matt Jeneroux (Edmonton Riverbend en Alberta).

La députée Lori Idlout a rejoint le caucus libéral le 10 mars.

Courtoisie

Le choix de l’électorat

La population canadienne est divisée sur la question des transfuges. Un sondage en ligne de la firme Angus Reid dévoilait en 2018 que 42 % des répondants et répondantes croyaient qu’il ne devrait pas être permis de changer de parti politique en cours de mandat, tandis que 41 % déclaraient que la défection était acceptable.
Les critiques les plus sévères viennent souvent du parti politique abandonné. «On va leur dire [aux transfuges] qu’ils ont été élus sous la bannière conservatrice ou libérale. En changeant de parti, les électeurs n’ont pas voté pour ça», explique la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier.

«Le contrargument, c’est que dans notre système parlementaire, on ne vote pas pour un parti, on vote pour un candidat. Le candidat, après, va choisir qui va former le gouvernement. Il y a des gens qui votent pour le candidat, puis il y a des gens qui votent pour le parti», ajoute la professeure.

Passer par l’indépendance

Une solution au mécontentement de l’électorat qui est couramment suggérée est celle de l’obligation de siéger à titre indépendant pendant un certain temps. Les personnes élues qui quittent un parti pour des raisons idéologiques le font parfois, comme Alain Rayes en 2022, lorsque Pierre Poilievre est devenu chef conservateur. C’est entre autres la position du NPD, a rappelé Don Davies lors d’un court point de presse le 11 mars : 

« Pour nous, la décision des électeurs à la boite de scrutin est un symbole sacré de confiance. Si des membres du Parlement veulent outrepasser cette décision, nous croyons qu’ils doivent retourner voir les électeurs, faire valoir leur point, et recevoir un nouveau mandat de leur part. »

Concernant la défection de Lori Idlout, il a lancé, en français, que c’était «une décision profondément antidémocratique».

La réélection est tout à fait possible

L’électorat ne tient pas toujours rigueur des changements d’allégeance quand un transfuge se présente à l’élection suivante. Scott Brison, autre député néoécossais, en est un bon exemple.
Il s’est fait élire en 1997 et 2000 sous la bannière conservatrice. Après la fusion du Parti progressiste-conservateur et de l’Alliance canadienne pour créer l’actuel Parti conservateur du Canada en 2003, Scott Brison a décidé de rejoindre le Parti libéral en affirmant que ce dernier reflétait davantage ses valeurs. Ce changement de camp ne l’a pas empêché d’être ensuite réélu comme libéral dans le comté de Kings–Hants à cinq reprises.

D’autres défections qui ont fait couler de l’encre n’ont pas entrainé de défaite par la suite. C’est le cas entre autres de Belinda Stronach, qui est passée des conservateurs aux libéraux en 2005. La libérale Leona Alleslev s’est jointe aux conservateurs en 2018 et a été réélue en 2019. Jenica Atwin, première élue du Parti vert au Nouveau-Brunswick, a joint le Parti libéral en 2021 et a été réélue la même année.
En quittant le Parti libéral pour entrer au Parti conservateur, David Emerson a créé plus de vagues en 2006. La circonscription de Vancouver Kingsway qu’il représentait a traditionnellement accordé plus de votes aux libéraux et aux néodémocrates. Alors, son passage au Parti conservateur a créé la surprise. 

En intégrant le parti dirigé par Stephen Harper, David Emerson a obtenu un poste de ministre. Le Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique a lancé une enquête. Il a finalement statué qu’aucune règle n’avait été enfreinte. David Emerson n’a pas tenté de se faire réélire en 2008.