Menée dans le cadre du Programme sur les données environnementales côtières de référence de Pêches et Océans Canada, l’étude visait à documenter l’état actuel de l’écosystème marin de la baie de Frobisher, expliquent Chris Lewis, biologiste aquatique et la Dre Andrea Niemi, chercheuse à Pêches et Océans Canada.
À partir d’échantillons recueillis entre 2018 et 2022, les chercheurs ont recensé 562 espèces de phytoplancton et d’algues de glace. Ces données constitueront une base de comparaison permettant d’évaluer son état futur, notamment à mesure que le trafic maritime et le développement côtier progressent.
Le projet s’inscrit dans une initiative plus vaste lancée en 2017 afin de documenter l’évolution des écosystèmes dans les régions où l’on prévoit une augmentation de la navigation, de l’aménagement du littoral ou une combinaison des deux. Les changements climatiques figurent également parmi les principaux facteurs ayant motivé ces travaux de recherche.
Les travaux ont aussi été réalisés en collaboration avec l’Amaruq Hunters and Trappers Association d’Iqaluit, tandis que des membres de la communauté ont participé à la collecte des données.
« L’objectif du programme est de mieux comprendre l’état actuel des écosystèmes marins côtiers dans les régions où le trafic maritime et le développement côtier devraient augmenter », indiquent-ils.
En comparant ces résultats à quelques études menées dans les années 1970 et 1980, les chercheurs n’ont pas observé de différences majeures dans la diversité des espèces.
Quand la glace se retire plus tôt
D’une année à l’autre, les principales différences concernaient surtout le moment où le phytoplancton atteignait son pic de croissance.
Les scientifiques ont observé que le retrait de la glace de mer influence le calendrier du pic de croissance du phytoplancton. Certaines années, ce pic survenait plus tôt lorsque la glace disparaissait plus rapidement.
« Le moment où survient le pic de phytoplancton ainsi que les espèces dominantes présentes à ce moment constituent des indicateurs utiles pour suivre l’évolution de l’écosystème marin dans un contexte de changements climatiques », soulignent Chris Lewis et Dre Andrea Niemi.
Comprendre le calendrier de ce pic de croissance ainsi que les espèces qui dominent alors aide les chercheurs à mieux saisir comment l’énergie circule dans l’écosystème marin et quels impacts cette prolifération peut avoir.
Des travaux d’échantillonnage, ici menés par Usaaraq Aariak, ont été réalisés par Pêches et Océans Canada sur la glace de la baie de Frobisher dans le cadre d’une étude visant à établir un portrait de référence de l’écosystème marin de la région.
Des indicateurs de l’état de l’écosystème
Une seule cuillerée d’eau peut contenir des milliers de cellules de phytoplancton.
Le phytoplancton marin et les algues de glace constituent la base de la chaîne alimentaire océanique.
« En raison de leur capacité à réagir rapidement aux conditions du milieu, le phytoplancton et les algues de glace constituent des indicateurs particulièrement utiles des variations environnementales », soulignent Chris Lewis et Andrea Niemi.
Non seulement son abondance fluctue au cours de l’année, mais les espèces dominantes évoluent également, ajoutent-ils. Les espèces présentes peuvent révéler si la glace de mer ou les apports d’eau douce modifient l’environnement local, ou encore si les eaux océaniques se sont mélangées différemment.
Des préoccupations pour l’avenir
Les changements qui s’opèrent dans l’Arctique pourraient avoir des répercussions sur l’ensemble de l’écosystème arctique en affectant le phytoplancton, qui constitue la base de la chaîne alimentaire marine, selon l’équipe de recherche.
L’étude actuelle permet d’approfondir les connaissances sur certaines espèces d’algues potentiellement nuisibles. Elle contribuera également à faciliter la détection future d’espèces envahissantes associées aux activités maritimes, ce qui pourrait aider à repérer d’éventuels effets négatifs sur les chaînes alimentaires côtières.
Deux préoccupations ressortent particulièrement de l’étude. La première concerne la présence de taxons rares observée dans cette étude, ce qui indique qu’il faudra poursuivre les travaux de surveillance afin de détecter de nouvelles introductions d’espèces ou l’apparition de taxons potentiellement nuisibles. Les chercheurs précisent toutefois n’avoir observé aucune espèce potentiellement nuisible ou toxique en grand nombre dans la zone étudiée.
La deuxième inquiétude concerne les répercussions potentielles que ces changements pourraient avoir sur les réseaux alimentaires côtiers.
Les chercheurs rappellent que les variations observées d’une année à l’autre ne doivent pas être automatiquement interprétées comme des transformations majeures de l’écosystème.
« Nous voulons éviter que les différences naturelles observées au fil du temps soient interprétées comme des changements importants », expliquent-ils.
Ils estiment qu’un suivi à long terme sera nécessaire pour distinguer les fluctuations naturelles des changements durables qui pourraient affecter la baie de Frobisher.