Ikajuqtigiikta, qui signifie « Aidons-nous les uns les autres » en inuktitut, s’articule autour de quatre axes : renforcer les liens familiaux et communautaires, soutenir la croissance économique et l’emploi, optimiser les opérations gouvernementales et les partenariats ainsi qu’investir dans l’avenir des Nunavummiut.
Élaboré en collaboration avec la Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI), des organisations inuit régionales, des ainés et les membres de l’Assemblée législative, le document privilégie des orientations générales et des principes de collaboration, plutôt que des priorités précises comme le logement, qui se retrouvait au cœur du mandat précédent.
Des actions encore floues
« Je crois fermement au Piliriqatigiinniq — travailler ensemble dans un but commun », affirme le premier ministre John Main. Il reconnait toutefois que le territoire fait face à des défis majeurs, notamment en matière d’infrastructures, de logement et de pauvreté.
Il évoque certaines pistes d’actions, comme la poursuite de programmes existants et la réalisation de projets d’infrastructure, sans en préciser les modalités de mise en œuvre ni le calendrier. « Les ministères présenteront les premières actions qu’ils entreprendront pour mettre en œuvre les priorités du mandat dans le plan d’affaires qui sera présenté ce printemps », indique l’attachée de presse du gouvernement du Nunavut, Joanna Awa.
Quelques initiatives sont toutefois déjà en cours, comme le centre de rétablissement d’Aqqusaariaq à Iqaluit, en construction et amorcé sous le précédent mandat.
Les plus récentes prévisions budgétaires font également état d’investissements dans le secteur de l’éducation, dans un centre de soins de longue durée à Cambridge Bay ainsi que dans des projets liés au logement et aux infrastructures municipales.
Une crise du logement toujours sans réponse claire
Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI) dit accueillir favorablement le mandat et souligne des priorités communes avec le gouvernement, notamment en matière de logement, d’emploi et de santé mentale. Sur le terrain toutefois, la crise du logement demeure bien présente.
Le logement figure parmi les enjeux les plus pressants au Nunavut, où une large part de la population dépend du logement public et où le surpeuplement touche encore de nombreux ménages.
Rowena House, directrice générale de la Chambre de commerce de la région de Baffin, constate que la pression se fait sentir dans plusieurs communautés. « L’accès au logement est crucial, car la stabilité résidentielle est directement liée à la participation au marché du travail », affirme-t-elle.
Elle ajoute que des investissements soutenus dans le développement et la rétention des compétences seront essentiels pour bâtir une main-d’œuvre forte et résiliente, capable d’alimenter la croissance économique à long terme au Nunavut.
Du côté des municipalités, la crise du logement reste l’un des défis les plus urgents et nécessitera des mesures concrètes et des investissements constants.
« De nombreuses communautés travaillent activement à se préparer à la croissance du logement, mais les municipalités ne peuvent pas résoudre la crise du logement à elles seules. »
Elle précise que les principales pressions en matière de logement incluent le surpeuplement, le vieillissement du parc immobilier et l’itinérance qui exercent une forte pression sur les familles, les services locaux et la rétention de la main-d’œuvre. « Nous espérons que le mandat de la 7e Assemblée du gouvernement du Nunavut mènera à des améliorations tangibles des conditions de logement et que les communautés bénéficieront de mesures concrètes et d’investissements soutenus », ajoute-t-elle.
Elle appelle notamment à un accès plus rapide à des terrains viabilisés, à des investissements dans les infrastructures et à une meilleure coordination entre les différents ordres de gouvernement.
Bien qu’il ne fasse pas l’objet d’un pilier distinct, le logement demeure un enjeu central, tant pour le bien-être des familles que pour le développement économique du territoire.
Un marché du travail sous pression
Au-delà de l’habitation, la pénurie de main-d’œuvre, également évoquée dans les priorités du mandat, demeure un frein majeur au développement du territoire. Concrètement, ces obstacles se traduisent entre autres par des difficultés de recrutement et de rétention. Pour Rowena House, ces priorités reflètent les réalités auxquelles les employeurs sont confrontés. « La pénurie de main-d’œuvre est un enjeu pour les entreprises locales et la croissance économique du territoire ».
Le mandat insiste également sur le développement de la main-d’œuvre et sur l’augmentation de la participation des Inuit au marché du travail, ce qui est jugé positif par Rowena House. Elle rappelle toutefois que les employeurs se heurtent toujours à plusieurs obstacles, notamment en raison d’un bassin de main-d’œuvre limité, d’un taux de roulement élevé et de pénuries persistantes de logements, qui compliquent directement le recrutement et la rétention.
Elle estime qu’une amélioration des résultats passerait par un meilleur arrimage entre l’éducation, les programmes de formation et les besoins du marché du travail. Cela pourrait inclure des subventions salariales, des apprentissages en milieu de travail et des partenariats plus étroits entre employeurs, institutions de formation et communautés.
Sans commenter directement les mesures du mandat, l’organisation Ilitaqsiniq, souligne que ces enjeux s’inscrivent dans des réalités vécues au quotidien et nécessitent des réponses adaptées. Pour les Inuit, ces défis sont également façonnés par les impacts continus de la colonisation et par le besoin d’approches culturellement pertinentes.
« Au Nunavut, l’emploi est indissociable des réalités sociales, culturelles et systémiques plus larges », affirme Olivia Tagalik, directrice des technologies de l’information et des communications à Ilitaqsiniq. « L’emploi ne se résume pas à un travail : il s’agit aussi de confiance, d’identité et de création d’occasions durables pour les individus, les familles et les communautés », conclut la directrice.