le Dimanche 23 juin 2024
le Mercredi 5 juin 2024 8:06 | mis à jour le 6 juin 2024 18:08 Société

La livraison gratuite n’est plus au Nunavut

  Crédit : Global Panorama - Flickr
Crédit : Global Panorama - Flickr
En inscrivant un code postal erroné, les Nunavummiut ne résidant pas à Iqaluit parvenaient jusqu’à tout récemment à bénéficier de la livraison gratuite d’Amazon Prime. Maintenant que Postes Canada a intensifié l’application de sa politique visant à renvoyer les articles avec une mauvaise adresse, les consommateurs qui effectuent un achat auprès du commerce en ligne doivent faire face à des coûts d’expédition exorbitants.
La livraison gratuite n’est plus au Nunavut
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Amazon Prime, le service de livraison payant d’Amazon offre la livraison gratuite partout au Canada, à l’exception des communautés éloignées. Au Nunavut, seule la clientèle d’Iqaluit bénéficie de cette gratuité.

En inscrivant un mauvais code postal, Amazon Prime déposait auparavant les colis au bureau de poste de la localité inscrite sur l’adresse, permettant ainsi aux Nunavummiut de faire des économies considérables.

Depuis que Postes Canada a resserré ses politiques, cette manœuvre n’est à présent plus possible.

Des frais de livraison inabordables

Avec environ une moyenne de 280 vols par semaine pour acheminer le courrier dans les communautés du Nord, Postes Canada affirme travailler fort pour servir les résidents.

En vertu de ses politiques de longue date, Postes Canada peut renvoyer un article à l’expéditeur lorsque l’adresse est incorrecte ; lorsque l’article contient des marchandises dangereuses, comme des piles au lithium qui ne peuvent pas être transportées par avion ; ou quand un article est resté trop longtemps au bureau de poste sans qu’on le réclame.

« Nous avons demandé à notre clientèle du Nunavut de prendre soin d’utiliser l’adresse exacte, puisqu’à l’avenir, les articles mal adressés seront renvoyés à l’expéditeur. Nous comprenons l’importance du service que nous offrons, et nous concentrons nos efforts sur la manière d’offrir le service uniforme et fiable que la clientèle attend de nous. Nous demandons à notre clientèle de nous aider à y arriver, en utilisant l’adresse exacte sur les envois », déclare Lisa Liu des relations avec les médias chez Postes Canada.

En utilisant son bon code postal, un résident du Nunavut ne vivant pas à Iqaluit peut se voir facturer presque 50 $ de livraison pour une bouteille de lotion qui affiche un prix de 10 $ sur Amazon.

Autre exemple, un paquet de couches de taille 5 se vend 35 $ auprès du géant du commerce en ligne comparativement à près de 60 $ dans un magasin du Nunavut. Cependant, au moment de passer la commande sur Amazon, la facture grimpe de plus de 100 $ en frais d’expédition.

Dans un échange de courriel, Postes Canada explique que chaque article qui porte une adresse incorrecte nécessite un traitement supplémentaire et souvent manuel, ce qui entraîne des retards.

« Lorsque nous recevons une quantité importante de colis mal adressés, notre personnel doit passer plus de temps à tenter de découvrir leur destination et dispose de moins de temps pour servir la clientèle. Cela entraîne des accumulations et des retards qui affectent le service que nous offrons à l’échelle du Nunavut. Une adresse exacte est la clé d’une bonne expérience de livraison », souligne Lisa Liu. 

Les frais d’expédition sont payés soit par la personne qui utilise un service de Postes Canada pour expédier l’article, soit par le détaillant, qui décide s’il passe ou non la facture à la personne qui a commandé l’article en ligne.

À titre de société d’État qui doit se financer à l’aide des revenus qu’elle génère, Postes Canada n’offre pas l’expédition gratuite à sa clientèle.

Du côté d’Amazon, l’entreprise n’a pas répondu à notre demande de commentaires concernant les frais de livraison facturés aux résidents des communautés éloignées.

Krista Matthews, résidente de Cambridge Bay, a lancé une pétition en ligne demandant à Amazon d’étendre sa zone de couverture de son service Prime à l’ensemble des communautés du Nunavut.

Crédit : Courtoisie

Une pétition qui rallie les Nunavummiut

Krista Matthews, résidente de Cambridge Bay, a lancé le 26 avril dernier une pétition en ligne demandant à Amazon d’étendre sa zone de couverture de son service Prime à l’ensemble des communautés du Nunavut.

Un mois après le lancement de cette pétition, celle-ci avait récolté près de 4000 signatures.

« J’ai lancé la pétition parce que je travaille avec la population vulnérable de cette communauté et j’ai vu à quel point il était important pour les gens qui luttent contre la pauvreté d’avoir accès à une livraison abordable, en particulier ici dans le Nord où les choses sont limitées et si chères », informe Krista Matthews.

Avec des coûts d’alimentation au Nunavut étant jusqu’à deux fois plus élevé que la moyenne nationale selon des données de Statistiques Canada de 2016, le service d’Amazon Prime permettait d’accéder à des produits de première nécessité à un moindre prix.

Outre la nourriture, Krista Matthews indique que les vêtements sont aussi très recherchés puisque la variété et les tailles sont limitées dans les communautés et qu’il est également important d’avoir accès à des vêtements appropriés au froid extrême.

D’autres articles tels que les vitamines, les lotions, les couches, les articles pour bébés et les soins de la peau ne sont tout simplement pas disponibles dans certaines localités.

Se considérant personnellement très privilégiée puisqu’elle se rend régulièrement dans le Sud et peut rapporter des articles à coût abordable, Krista Matthews a souhaité lancer la pétition pour venir en aide à tous les membres des communautés touchées qui n’ont pas d’autres choix que de subir les prix élevés des aliments et d’autres nécessités.  

Elle considère aussi qu’elle est en mesure d’utiliser des mots qui attirent l’attention afin que la pétition soit une réussite.

La femme souhaiterait que toutes les communautés du Nunavut aient accès aux mêmes privilèges que le reste du Canada.

« Mais pour être honnêtes, nous serions juste heureux avec des tarifs d’expédition qui seraient abordables », conclut-elle.