le Mercredi 29 mai 2024
le Mercredi 8 mai 2024 8:00 Actualités

Miss autochtone Canada : bien plus qu’un concours de beauté

Pour Aleria McKay, directrice du concours Miss autochtone Canada, c’est le caractère et le leadeurship des candidates qui seront pris en compte par le jury lors de la compétition qui aura lieu fin juillet 2024 en Ontario. — Crédit : Eden Graham
Pour Aleria McKay, directrice du concours Miss autochtone Canada, c’est le caractère et le leadeurship des candidates qui seront pris en compte par le jury lors de la compétition qui aura lieu fin juillet 2024 en Ontario.
Crédit : Eden Graham
Kristen Smith et Meghan Breen participeront au prochain concours de Miss autochtone Canada qui aura lieu du 24 au 27 juillet 2024 à Six Nations en Ontario et sont les deux représentantes du Nord.

Cette toute première édition n’est pas un concours de beauté. Pour Aleria McKay, créatrice et directrice de cette compétition, il s’agit d’un véritable programme d’accompagnement dans lequel les participantes, âgées de 18 à 30 ans, sont encouragées à développer leurs compétences en matière de leadeurship au sein de leur communauté.

Aleria McKay estime que la beauté physique n’a pas sa place au sein de l’organisation Miss autochtone Canada. Ancienne miss Six Nations, miss teen Six Nations et miss teen Ontario, elle rappelle que cette compétition est avant tout un séjour de retraite avec des ateliers, des conférences et des visites.

Le contingent de participantes assistera notamment au spectacle The Celestial Bear qui entremêle le savoir traditionnel des Six Nations de la rivière Grand sur le ciel nocturne, l’histoire et l’astronomie moderne.

« Il ne s’agit pas d’un concours de beauté et nous nous concentrons uniquement sur le caractère des candidates, leur leadeurship, leur rôle d’ambassadrices et leur service à la communauté. [Ce concours vise] le développement du leadeurship et la formation de modèles et des leadeurs de demain », explique Aleria McKay.

Kristen Smith, petite fille d’Elijah Smith, a choisi de parler de l’importance de l’autonomie gouvernementale des Premières Nations lors du concours Miss autochtone Canada.

Crédit : Nelly Guidici

Dans les pas de son grand-père

Kristen Smith est membre de la Première Nation de Champagne et Aishihik au Yukon. Petite fille d’Elijah Smith, elle souhaite, à travers cette compétition, mettre en lumière le rôle fondamental de son grand-père dans la négociation des revendications territoriales au Yukon dans les années 1970.

En avance sur son temps, Elijah Smith a pavé la voie des négociations des traités modernes non seulement au Yukon, mais aussi dans l’ensemble du pays.

« Je souhaite sensibiliser les gens sur les ententes de revendications territoriales et sur l’importance de l’autonomie gouvernementale des Premières Nations. Au Yukon, mon grand-père s’est vraiment battu pour que nous ne soyons pas signataires de traités et il y a consacré sa vie », explique Kristen Smith.

Pour autant, la candidate souhaite parcourir sa propre voie, se faire un nom et avoir elle aussi un impact positif sur sa communauté. 

« J’aime travailler pour les choses, j’aime prouver aux gens que je les ai mérités. Maintenant que je suis acceptée dans ce concours, je ressens un énorme sentiment de responsabilité et d’excitation. C’est comme si je commençais à croire en moi et les gens vont me connaitre pour moi », pense Kristen Smith, qui dit être très fière d’être issue de la famille d’Elijah Smith.

Meghan Breen, de la Première Nation Deh Gáh Got’ı ̨ ę de Fort Providence, est l’unique représentante des TNO au concours Miss autochtone Canada.

Crédit : Courtoisie

Un soutien de la nation Dénée

Meghan Breen est née et a grandi en Alberta. Elle vit actuellement à Edmonton et est membre de la Première Nation dénée Deh Gáh Got’ı̨ę à Fort Providence aux Territoires du Nord-Ouest. Sa préparation aux quatre épreuves de la compétition qui inclut une présentation traditionnelle et communautaire en est à ses prémices.

Cependant, la candidate a plusieurs idées de thèmes à aborder et souhaite être conseillée par sa famille. Commanditée par la Première Nation Deh Gáh Got’ı̨ę qui lui a envoyé un drapeau pour la cérémonie, Meghan Breen se dit reconnaissante de l’aide et du soutien communautaire qui lui a été apporté jusqu’à maintenant.

Cette compétition est l’occasion pour la candidate d’en apprendre davantage sur les autres participantes.

« J’espère pouvoir en savoir plus sur les cultures, les traditions et les communautés des autres candidates. J’espère aussi que j’obtiendrai des informations utiles qui me permettront de faire mes propres choix de carrière et d’éducation », explique-t-elle.

Une implication forte dans la communauté

C’est par la relation étroite que les participantes nouent avec leur communauté, dans le cadre du concours, qu’elles pourront renforcer leur sentiment identitaire.

Même si une candidate n’est pas nécessairement aussi connectée ou impliquée que ce qu’elle souhaiterait, c’est vraiment l’occasion pour elles d’être moins réservées et de commencer à s’impliquer d’après la directrice.

« Je pense que ce concours peut être un excellent moyen d’aider les filles à sortir de leur coquille et à s’impliquer dans les activités qu’elles souhaitent. Et je pense que ce concours peut être un excellent tremplin non seulement pour cela, mais aussi pour rencontrer des jeunes femmes qui ont des antécédents et des objectifs similaires aux leurs. Ce sera un excellent moyen pour elles de trouver des paires et des concurrentes qui partagent les mêmes idées qu’elles et, je l’espère, de se faire des amies pour la vie », précise Aleria McKay. 

Kristen Smith, qui a eu l’occasion de contacter les autres participantes, les trouve toutes belles à leur manière. L’énergie unique qui se dégage de ce groupe de participantes motive la jeune femme à poursuivre sa voie dans la compétition.

« Ce n’est pas spécifiquement un concours de beauté, mais chacune de ces femmes est tellement belle à sa manière naturelle, le fait qu’elles portent leur costume et, qu’elles le portent fièrement, qu’elles sourient et qu’elles soient si heureuses, ça m’encourage encore plus et je me sens si fière d’être une femme des Premières Nations », explique-t-elle avec un large sourire.

Une compétition sur le long terme 

Dans un désir de proposer une compétition nationale aux jeunes filles autochtones canadiennes, Aleria Mackay a comblé un manque dans ce domaine, car il n’y a pas beaucoup d’occasions de participer à ce type de concours au Canada. 

« Il y a bien quelques compétitions locales, mais il n’y a rien à grande échelle, alors j’ai voulu créer quelque chose qui réunirait d’autres femmes de tout le pays pour qu’elles puissent concourir à un haut niveau, comme elles le feraient lors de certaines compétitions aux États-Unis. Il y a beaucoup de concours différents aux États-Unis qui sont axés sur les femmes autochtones, mais il n’y en a pas autant ici, et c’est pourquoi je voulais offrir cette possibilité au Canada », déclare-t-elle.

Même si aucune candidature du Nunavut n’a été proposée cette année, Aleria McKay souhaite que le Nord soit encore plus représenté lors des compétitions dans le futur.

« Nous avons été heureux d’accepter (les candidatures) du Yukon et des TNO, car nous voulons avoir ce genre de représentation du Nord. Mais nous n’avons malheureusement reçu aucune candidature de femmes inuit et nous aurions aimé les inclure également », conclut-elle.