le Mercredi 29 mai 2024
le Mercredi 24 avril 2024 10:00 | mis à jour le 25 avril 2024 14:57 Arctique

Neuf cinéastes de l’Arctique circumpolaire documentent le réchauffement climatique

Jennifer Kilabuk et Ashley Qilavaq-Savard sont originaires d’Iqaluit. Leur documentaire appelé « Activisme climatique intergénérationnel » explore les multiples voies de l'activisme climatique chez les Inuit. — Crédit : Courtoisie
Jennifer Kilabuk et Ashley Qilavaq-Savard sont originaires d’Iqaluit. Leur documentaire appelé « Activisme climatique intergénérationnel » explore les multiples voies de l'activisme climatique chez les Inuit.
Crédit : Courtoisie
Le Fonds du film autochtone de l’Arctique (Arctic Indigenous Film Fund — AIFF) et Téléfilm Canada ont annoncé la sélection de neuf cinéastes autochtones de l’Arctique pour participer à la deuxième ronde du programme de formation en cinéma. Quatre femmes cinéastes du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest font partie de cette nouvelle cohorte.

Ce programme appelé Witness a pour objectif de mettre en lumière les perspectives des communautés arctiques afin de créer des courts-métrages percutants sur les effets des changements climatiques.

Le programme pilote comptait cinq cinéastes en 2023, l’année de sa création. Pour cette deuxième édition, six projets menés par neuf cinéastes, en début ou milieu de carrières et venant de l’Alaska, des Territoires du Nord-Ouest, du Nunavut, du Groenland, de la Norvège et de la Suède bénéficieront d’un programme de mentorat.

Des ateliers sur la cinématographie et l’activisme climatique, encadrés par deux cinéastes autochtones canadiens renommés ainsi que de bourses de formation pour les aider à produire leurs films sont également prévus.

« Le programme Witness est dédié au soutien de la production cinématographique autochtone, à l’encouragement des jeunes à s’engager dans l’industrie des médias à partir de leurs propres communautés, et à la promotion de la collaboration entre les peuples autochtones du monde entier. Avec le soutien de Téléfilm Canada, notre partenaire actuel, le programme pilote a connu un succès l’année dernière », explique la coordinatrice du programme Witness, Amee Le. 

Le tournage des documentaires est prévu au printemps et à l’été 2024. 

Ashley Qilavaq-Savard et Jennifer Kilabuk d’Iqaluit ainsi que Eriel Lugt et Carmen Kuptana de Tuktoyaktuk font partie de cette cohorte et sont les quatre représentantes des communautés inuit du Canada cette année. 

Carmen Kuptana, de Tuktoyaktuk, travaille actuellement sur un court-métrage qui documentera l’érosion côtière dans sa communauté et les nombreux impacts sur la santé mentale.

Carmen Kuptana, de Tuktoyaktuk, travaille actuellement sur un court-métrage qui documentera l'érosion côtière dans sa communauté et les nombreux impacts sur la santé mentale.

L’activisme de génération en generation

Ashley Qilavaq-Savard et Jennifer Kilabuk sont sœurs et l’activisme climatique est une histoire de famille.

Leur documentaire appelé « Activisme climatique intergénérationnel » revient sur le parcours de leur grand-père aujourd’hui décédé qui, au début des années 2000, a parlé des changements qui se produisaient sur le territoire. 

« Il faisait de l’activisme sur le changement climatique et il partageait ses préoccupations sur les choses qu’il voyait. Nous voulions en quelque sorte fusionner notre travail ensemble et l’honorer de cette façon », indique Jennifer Kilabuk qui siège aujourd’hui au comité consultatif des jeunes sur le changement climatique du Nunavut. 

L’activisme climatique peut prendre plusieurs formes et ce sont les variétés des voix et des actions autochtones en Arctique que les deux sœurs souhaitent aussi mettre de l’avant.

Alors que l’Arctique se réchauffe quatre fois plus vite que le reste du monde, il est urgent pour Jennifer Kilabuk que les communautés inuit qui subissent ces effets du réchauffement, alors même qu’elles n’en sont pas responsables, partagent leurs points de vue avec le reste du monde. C’est la justice climatique qui entre en jeu selon elle.

« Ce sujet est très important pour moi pour des raisons de justice climatique. Nous, dans le Nord, subissons beaucoup d’impacts du changement climatique qui ont des répercussions sur notre vie quotidienne et nos moyens de subsistance, et ce, de nombreuses façons différentes. [Il y a des] impacts sur nos infrastructures et nos services, des impacts sur notre culture, sur notre santé y compris notre santé mentale, sur la sécurité alimentaire et sur l’accès au territoire », pense-t-elle. 

Pour Carmen Kuptana dont le documentaire porte sur l’érosion côtière dans la communauté de Tuktoyaktuk, le réchauffement climatique a aussi de nombreux impacts sur la santé mentale des habitants.

« Nous voulons montrer comment le changement climatique provoque l’érosion côtière, mais aussi comment il a un impact sur la santé mentale et sur notre culture. C’est vraiment injuste parce qu’il y a tellement de pollution dans le monde et c’est comme si nous recevions une gifle pour quelque chose dont nous ne sommes pas responsables », dénonce-t-elle. 

Les gardiens du territoire

L’activisme climatique et la surveillance du territoire sont des valeurs ancrées profondément dans la culture inuit d’après Jennifer Kilabuk. La relation étroite et le savoir acquis de génération en génération font aujourd’hui des Inuit, les gardiens du territoire aux premières loges pour parler du réchauffement climatique en Arctique.

« L’activisme climatique est ancré dans nos valeurs inuit. Depuis des temps immémoriaux, nous [sommes les gardiens du] territoire. Nos ancêtres, nos grands-pères étaient des activistes climatiques, ils ont géré le territoire et en ont pris soin comme ils l’entendaient, comme les peuples autochtones le font depuis la nuit des temps. Ce que nous essayons de montrer, c’est qu’en renforçant notre relation avec la terre et notre culture, nous faisons de l’activisme climatique. En gérant notre terre, en renforçant notre relation avec la terre, nous remplissons notre mission de gérance. »

Le peuple inuit a toujours su s’adapter et faire preuve de résilience, rappelle Carmen Kuptana.  

« Mon peuple s’adapte au territoire, nous ne le changeons pas pour notre bien et c’est ce que mon père m’a toujours dit, il faut s’adapter au changement et s’y habituer parce que notre peuple était déjà un peuple de voyageurs, car nous suivions la migration des animaux. »

Des projections en avant-première en Finlande

L’ensemble des courts-métrages allant de trois à cinq minutes sera présenté en avant-première au Festival du film autochtone Skábmagovat qui aura lieu à Inari, en Finlande, en janvier 2025. Un calendrier de projection au Canada n’a pour le moment pas été dévoilé.