le Mercredi 29 mai 2024
le Mercredi 10 avril 2024 13:00 | mis à jour le 10 avril 2024 13:10 Actualités

Le service de téléphonie cellulaire coute cher au Canada

Des recherches indépendantes montrent que les Canadiens paient plus cher leurs forfaits cellulaires pour un service de moins bonne qualité qu’ailleurs sur la planète.  — Crédit : Jan Vašek – Pixabay
Des recherches indépendantes montrent que les Canadiens paient plus cher leurs forfaits cellulaires pour un service de moins bonne qualité qu’ailleurs sur la planète.
Crédit : Jan Vašek – Pixabay
Votre forfait de téléphonie cellulaire vous coute-t-il moins cher que dans le passé? Si l’on se fie aux données de Statistique Canada, nous payons 16 % de moins qu’en janvier, 26 % de moins que l’année dernière et même 50 % de moins qu’il y a cinq ans. Vous n’avez pas remarqué? Moi non plus.

C’était pourtant un des principaux arguments avancés par les patrons des trois grandes firmes de télécommunication au pays lors de leur passage en comité parlementaire la semaine dernière. Tony Staffieri (Rogers), Darren Entwistle (Telus) et Mirko Bibic (Bell) se défendaient de facturer des montants trop élevés pour leurs services de téléphonie cellulaire.

Le Comité permanent de l’industrie et de la technologie a décidé d’étudier la question des prix élevés des forfaits de téléphonie cellulaire en janvier. À ce moment, Rogers venait d’annoncer une hausse importante du prix de ses forfaits prépayés afin d’encourager ses clients à transiter vers des ses forfaits contractuels à long terme.

Cette hausse de prix n’a pas été bien vue à Ottawa. Il y moins d’un an, le gouvernement fédéral a donné son aval à la fusion de Rogers et de Shaw en échange d’une série d’engagements qui devaient notamment garantir l’abordabilité des forfaits de téléphonie cellulaire.

Téléphonie mobile et données cellulaires plus chères au Canada

Des recherches indépendantes montrent que le Canada est en queue de peloton, tant en matière de prix que d’offres de réseau.

Les écarts peuvent paraitre scandaleux. Le prix pour un forfait cellulaire de 100 Go de données mobiles en Europe varie entre l’équivalent de 30 à 70 dollars par mois selon les pays. Le même forfait vous coutera autour de 100 dollars au Canada. En Israël, un tel forfait peut couter aussi peu que 10 dollars par mois.

Peu importe votre forfait de données, ceux offerts au Canada sont plus chers que ceux de la plupart des autres pays.

Les particularités de la géographie canadienne ou la faible densité de la population n’expliquent pas ces écarts de prix. En Australie par exemple – où la densité de population est également peu élevée –, le prix des forfaits est environ la moitié de ceux d’ici.

Sans grande surprise, des recherches montrent qu’il y a une étroite corrélation entre la compétition et le prix. Les pays qui possèdent quatre opérateurs cellulaires ou plus ont des prix systématiquement moins élevés que les pays qui ont trois opérateurs ou moins, comme le Canada et les États-Unis.

Au Canada, dans les régions où il y a un quatrième opérateur important, comme Vidéotron au Québec par exemple, les prix sont plus bas.

Diminution de 50 % sur cinq ans?

Lors de l’audience du 18 mars, malgré le scepticisme des élus, les grands patrons de la télécom ont avancé sans broncher que les couts de la téléphonie cellulaire et des forfaits de données sont deux fois moins chers qu’il y a cinq ans et que si les prix étaient élevés au Canada, la faute revenait au gouvernement fédéral et aux fabricants de téléphones mobiles.

Pour soutenir leurs arguments, ils ont invoqué les données de Statistique Canada citées plus haut. Pour comprendre comment cette agence en arrive à la conclusion que les prix de la téléphonie mobile sont en chute libre au pays, il faut savoir comment elle collecte ses données.

Statistique Canada n’a pas accès aux couts réels des forfaits payés par les clients. Elle évalue les prix en fonction des prix affichés sur Internet.

Ainsi, si un forfait passe de 50 Go à 60 Go pour le même prix, Statistique Canada juge que le consommateur en a plus pour son argent et qu’en conséquence il y a eu une baisse de prix.

Évidemment cela ne correspond pas à la réalité des consommateurs. La plupart conservent leur forfait pendant des années. Souvent, des forfaits aux prix alléchants sont offerts aux nouveaux clients seulement. Quand les gigaoctets de données dépassent largement l’utilisation qu’en font les abonnés, est-ce vraiment une baisse de prix?

La faute du gouvernement et des fabricants de téléphones?

Rogers, Telus et Bell justifient les prix plus élevés au Canada par le cout des licences d’utilisation du spectre pour les services sans fil. Le gouvernement fédéral a récolté plus de 2 milliards de dollars lors de la dernière mise aux enchères des licences d’utilisation du spectre 5G. Le prix pour ces licences est plus élevé qu’ailleurs.

Le PDG de Bell, Mirko Bibic, a avancé que ses clients paieraient 5 dollars de moins par mois en moyenne si le prix des licences était comparable à ce que l’on retrouve à l’étranger. Même à 5 dollars de moins le forfait, on est loin du compte pour expliquer les prix plus élevés au Canada.

Le PDG de Telus, Darren Entwistle, a quant à lui avancé que les prix élevés au pays s’expliquent par le cout des appareils téléphoniques, souvent inclus dans les forfaits. Cet argument tient encore moins la route que le précédent.

Les téléphones sont vendus à un cout comparable partout sur la planète et ne sont pas inclus dans les comparaisons de prix des forfaits entre pays.

Malgré ce qu’en disent les uns et les autres, deux choses sont certaines. D’abord, les revenus et les profits des trois grands joueurs canadiens des télécommunications sont à la hausse. Ensuite, les Canadiens continuent de payer cher leurs forfaits de téléphonie cellulaire.

Le gouvernement a beau s’insurger contre cela, sans davantage de concurrence dans le marché, il est peu probable que les prix canadiens deviennent compétitifs.

David Dagenais est journaliste économique indépendant et entrepreneur. Auparavant, il a été journaliste à Radio-Canada après avoir terminé des études supérieures en économie politique à l’UQAM et à l’Université d’Ottawa.