le Mercredi 29 mai 2024
le Mercredi 27 mars 2024 13:00 | mis à jour le 27 mars 2024 15:11 Francophonie

Formations en français au niveau postsecondaire : le projet avance!

Pour Marie-France Talbot, gestionnaire du centre de formation Qaujimaniq au Nunavut, le projet de gouvernance panterritorial permettra « d’accélérer le processus ». — Crédit : Courtoisie
Pour Marie-France Talbot, gestionnaire du centre de formation Qaujimaniq au Nunavut, le projet de gouvernance panterritorial permettra « d’accélérer le processus ».
Crédit : Courtoisie
L’Association franco-yukonnaise (AFY), en collaboration avec l’Association francophone du Nunavut (AFN) et le Collège Nordique francophone des Territoires du Nord-Ouest (CNF), souhaite créer une entité de gouvernance panterritoriale pour offrir une éducation postsecondaire en français au Yukon, au Nunavut et aux Territoires du Nord-Ouest (TNO).

Stéphanie Bourret, directrice Formation et Personnes aînées à l’AFY, est à la tête du projet de gouvernance panterritoriale.

Crédit : Archives AB

Le projet ne date pas d’hier. En effet, Stéphanie Bourret, directrice Formation et Personnes aînées à l’AFY, rappelle que l’AFY travaille à ce dossier depuis les années 2000.

En 2018, Anna Tölgyesi, alors élève en 11e année à l’Académie Parhélie, avait lancé une pétition pour sensibiliser les politiciens et politiciennes sur le peu d’options d’études postsecondaires offertes en français dans l’ouest et le nord du pays. Aujourd’hui, cette dernière étudie au Campus francophone Saint-Jean à Edmonton, en Alberta. Elle se réjouit des avancées du projet.

Une étude de faisabilité, visant à améliorer l’accès aux services postsecondaire en français à sa clientèle au Yukon, a été réalisée l’année dernière. Cette étude a recommandé entre autres une collaboration panterritoriale entre le Yukon, les TNO et le Nunavut.

Les trois territoires ont alors jusqu’à juin pour explorer la faisabilité d’un modèle de gouvernance panterritorial. Les quatre prochaines années seront consacrées à implanter le modèle de livraison.

« Il est trop tôt encore pour dire quels types de programmes [seront offerts]. Toutefois, le but est d’offrir des formations au niveau collégial et universitaire, de la formation continue et de poursuivre l’offre de formation linguistique », admet Stéphanie Bourret.

Jean-Sébastien Blais, président de la Commission scolaire francophone du Yukon, encourage le projet, car selon lui, la croissance de la communauté francophone « demande de diversifier nos services ».

Crédit : Gwendoline Le Bomin

Retenir la population francophone dans le Nord

Il n’existe pas actuellement au Yukon la possibilité de poursuivre des études postsecondaires en français.

Jean-Sébastien Blais, président de la Commission scolaire francophone du Yukon (CSFY), affirme « qu’on devrait offrir un choix aux diplômés de Mercier, car en ce moment c’est soit en anglais ou s’ils veulent en français, il faut aller en dehors du territoire. C’est dispendieux et tous ne peuvent pas se le permettre. »

Dans ce projet, la CSFY jouera un rôle d’appui tant au niveau de la réflexion et de la planification. Elle faisait partie du comité lors de l’étude de faisabilité.

« Depuis plus de dix ans, la communauté, l’AFY et tous les autres partenaires ont beaucoup soutenu la CSFY pour la longue bataille juridique, pour la planification scolaire, la création de Mercier. Donc, c’est à notre tour de soutenir le développement du postsecondaire pour offrir un continuum en éducation qui porte de la maternelle jusqu’au postsecondaire en français », pense le président de la CSFY.

D’ailleurs, ce projet permettra selon lui d’assurer la rétention des élèves une fois leur programme secondaire terminé.

« Ce projet est important, car le choix de faire nos études à l’université ou au collège dans lequel on poursuit nos études postsecondaires détermine beaucoup le type de carrière qu’on va mener et où on s’établit. S’il faut que quelqu’un s’exile de son territoire comme le Yukon pour aller étudier pour une profession quelconque, il y a une forte probabilité que cette personne demeure là où elle a reçu son diplôme. Puis, aussi au niveau de la carrière, si on étudie au postsecondaire en anglais, il y a tout un vocabulaire technique professionnel qui vient avec la formation et qui va être maîtrisé en anglais. Parfois, ça va être dur de pouvoir poursuivre sa carrière en français. »

« C’est la suite logique. On a développé la petite enfance, puis le primaire, le secondaire, et maintenant, il faut porter notre attention sur le postsecondaire », conclut-il.

L’union fait la force

« Le fait de mettre les trois territoires ensemble permettrait à notre offre d’être plus solide. Les trois territoires sont sensiblement au même niveau dans l’avancement ou le développement du projet, donc cela était logique qu’on travaille ensemble », affirme Stéphanie Bourret.

La directrice voit d’un bon œil la formation d’une gouvernance francophone. « On est plus maître de ce qu’on choisit comme programmes. On est maître de décider où on met notre argent, puis ce qu’on veut développer plutôt que devoir rendre des comptes à une autre institution ». Jean-Sébastien Blais abonde dans le même sens. « Ça donne un droit de regard sur l’offre de service, sur la gestion de cette institution. »

Patrick Arsenault est directeur général du Collège Nordique Francophone à Yellowknife, aux TNO. Il se dit content et très confiant de cette collaboration panterritoriale. « C’est vraiment rafraîchissant et énergisant pour nous de penser qu’on pourra structurer davantage de partenariats dans le Nord, où on pourra travailler ensemble et mettre sur pied des formations qui pourront fonctionner dans un territoire ou dans l’autre avec certaines adaptations. »

Marie-France Talbot, gestionnaire du centre de formation Qaujimaniq au Nunavut, partage le même enthousiasme. « C’est un beau projet qui vient offrir une belle solution au problème du manque de l’éducation postsecondaire en français aux territoires […] C’est le concept de l’union fait la force! On va travailler de concert pour pouvoir avancer ensemble pour le bien-être de nos communautés. »