le Mercredi 29 mai 2024
le Mercredi 14 février 2024 13:00 | mis à jour le 23 février 2024 16:36 Arctique

Le Nord à l’honneur au festival de la bande dessinée d’Angoulême

Ayant un intérêt particulier pour les histoires d’horreur, elle narre le côté sombre de la vie des communautés nordiques où l’isolement peut avoir des effets négatifs sur la psychologie des habitants.  — Jon Walters
Ayant un intérêt particulier pour les histoires d’horreur, elle narre le côté sombre de la vie des communautés nordiques où l’isolement peut avoir des effets négatifs sur la psychologie des habitants.
Jon Walters
Le travail d’une soixantaine d’artistes canadiens est actuellement mis en lumière au festival de la bande dessinée d’Angoulême en France qui se tient du 24 au 28 janvier 2024.

Véritable vitrine du 9e art, ce festival international présente, pour la première fois cette année, une exposition de 58 artistes issus de l’ensemble des territoires et provinces à un public européen.

Alison McCreesh des Territoires du Nord-Ouest ou encore Claire Gallagher et Kim Edgar du Yukon sont quelques-uns des artistes du Nord dont le travail a été présenté dans une exposition à l’extérieur du site du festival.

Une exposition qui met le cap sur la BD canadienne

Composés de 36 panneaux en français ou en anglais exposés sur le parvis de l’hôtel de ville, les extraits présentés illustrent la diversité des talents canadiens à travers des histoires, des techniques et des ambiances très variées.

Pour Stéphane Dion, ambassadeur du Canada en France et à Monaco, les auteures et auteurs, francophones, anglophones et autochtones expriment une énergie propre au Canada à travers le 9e art : « […] Les bandes dessinées canadiennes sont bonnes, belles, intéressantes, drôles, émouvantes, évocatrices, un ravissement pour les yeux, l’esprit et le cœur. »

L’auteure Alison McCreesh de Yellowknife estime que l’exposition de plusieurs pages de son prochain ouvrage à paraitre au printemps 2024, Degrees of separation, lui permettra peut-être d’avoir plus de visibilité auprès du public européen. Originaire du Québec, Alison McCreesh s’est installée à Yellowknife après avoir obtenu un Baccalauréat Interdisciplinaire en Arts de l’Université du Québec à Chicoutimi en 2009.

À travers la bande dessinée et l’illustration, l’artiste dépeint le Nord et son quotidien à la fois banal et atypique loin de ce qui est décrit dans les brochures touristiques. Elle a publié son premier ouvrage, Ramshackle, en 2015 avec la maison d’édition Conundrum.

Thomas-Louis Côté est directeur de l’organisme Québec BD à la ville de Québec et partenaire canadien dans l’organisation de l’exposition. La bande dessinée canadienne est très variée selon lui, et l’exposition fait un portrait général de cette diversité de talents tout en incorporant les auteur.e.s autochtones et inuit.

« Il y a un regain d’intérêt pour raconter des histoires et pour les auteurs autochtones de faire leur place en bande dessinée. Il existe une bande dessinée canadienne beaucoup plus large que ce que les gens connaissent souvent, c’est-à-dire la bande dessinée québécoise. Dans cette exposition, on ne s’est pas attardé à mettre particulièrement la BD francophone en valeur, on a incorporé les artistes autochtones dans le paysage global de la BD au Canada », explique M. Côté.

Babah Kalluk et Olivia Akeeshoo Chislett du Nunavut et Cole Pauls, membre de la Première Nation de Champagne et Aishihik au Yukon représentent la vitalité et la diversité artistiques des auteurs de BD autochtones dans l’Arctique canadien.

Illustration conçue par Claire Gallagher, artiste de Whitehorse au Yukon.

Claire Gallagher

Une vitrine pour le Nord

Quatre artistes du Yukon étaient à Angoulême pendant toute la durée du festival afin de présenter et de discuter avec le public européen et les professionnels du monde de l’édition des diverses expressions artistiques issues du Nord. Kim Edgar et Juneau Macphee représentent la microstructure de publication Hecate Press basée à Dawson au Yukon. Claire Gallagher et Cole Pauls ont animé des ateliers et discussions.

Claire Gallagher, dont le premier ouvrage Strawberries a été publié en 2021 par Hecate Press, estime que le festival est une occasion unique pour elle de présenter son travail.

« J’ai hâte d’y aller parce que j’ai commencé ma carrière en BD au milieu de la pandémie et je n’ai pas vraiment eu la chance de présenter mon art au public et à l’extérieur du Canada », a-t-elle déclaré lors d’une entrevue avant son départ pour la France. 

Kim Edgar était aussi ravi.e de participer à l’évènement et envisage cette occasion unique pour parler du contexte de création d’Hecate Press. Créée par et pour les artistes de bande dessinée résidant dans les régions éloignées et septentrionales du Canada, cette microstructure fondée par Kim Edgar et Juneau Macphee a l’ambition de bâtir des liens dans les diverses communautés du Nord des trois territoires, du Nunavik et du Nunatsiavut.

Briser les stéréotypes

Dans une volonté de mettre en lumière le Nord vu de l’intérieur, Kim Edgar publie des BD dont la perspective nordique est au cœur de la trame narrative. Le recueil The Northern Gaze, publié en 2021, regroupe le travail de neuf artistes issus des trois territoires qui racontent des histoires destinées à un public nordique. Briser les stéréotypes en lien avec l’Arctique est aussi l’un des objectifs de Kim Edgar.

« Si vous laissez les gens maitriser leur (projet) et raconter leurs propres histoires, vous allez probablement briser les stéréotypes, » pense Kim Edgar, dont quatre BD ont été publiées par Hecate Press depuis 2019.

Vers des partenariats européens

En marge du festival, de nombreuses occasions de réseautage entre les artistes et les maisons d’édition permettront peut-être à Claire Gallagher de trouver une maison d’édition intéressée par son nouveau projet.

Ayant un intérêt particulier pour les histoires d’horreur, elle narre le côté sombre de la vie des communautés nordiques où l’isolement peut avoir des effets négatifs sur la psychologie des habitants.

« Je veux trouver une nouvelle maison d’édition pour publier mon projet qui est trop long pour Hecate Press. Ma nouvelle BD, sur un vampire dans le Nord qui tire parti de la noirceur de l’hiver, est entièrement en anglais, mais je crois que j’apprécierais vraiment la chance de la voir traduite en français. »

Kim Edgar souhaite également nouer des relations avec des maisons d’édition outre-Atlantique afin que les ouvrages édités par Hecate Press soient plus largement distribués en Europe.

IJL – Réseau.Presse – Arctique