le Mercredi 29 mai 2024
le Mercredi 14 février 2024 13:00 | mis à jour le 23 février 2024 16:35 Société

Indice pâté chinois : augmentation généralisée

  Ivo
Ivo
« Steak, blé d’Inde, patates », l’épilogue. En janvier et en mai 2023, Francopresse avait calculé le cout moyen d’un pâté chinois maison dans chaque province et territoire du Canada. Un an après, la facture continue d’augmenter, inflation oblige.

Le résultat était attendu, mais reste éloquent.

En janvier 2023, le prix moyen d’un pâté chinois au pays était de 22,53 $. En mai, la moyenne s’établissait à 22,70 $. La facture affiche aujourd’hui 23,46$.

Le prix moyen a donc augmenté de 0,93 $ en un an, soit une hausse de 4,12 %. Des chiffres cohérents à la lumière du contexte inflationniste actuel.

Méthodologie

La récolte des données s’est faite entre le jeudi 11 janvier et le mercredi 17 janvier 2024, dans 36 commerces des 10 provinces et 3 territoires.

Des journalistes de partout au pays sont retournés à l’épicerie pour recueillir le prix des ingrédients nécessaires à la préparation d’un pâté chinois de la recette de La Nouvelle Encyclopédie de la cuisine, édition 1978, de Jehane Benoît, le ketchup en bonus.

Inflation au ralenti

Selon Statistique Canada, l’Indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 3,4 % d’une année à l’autre en décembre. Les prix des aliments achetés en magasin ont quant à eux augmenté de 4,7 % par rapport à l’année dernière.

En 2023, le taux d’inflation a été de 3,9 % au pays, marquant un ralentissement après avoir atteint une hausse sans précédent de 6,8 % en 2022, résume Statistique Canada dans son rapport annuel. Les prix des aliments achetés en magasin ont enregistré une hausse de 7,8 % en 2023.

L’inflation s’est donc calmée, mais elle est toujours là.

Si l’inflation alimentaire reste plus élevée que l’inflation générale au pays, « il y a quand même un rapprochement », constate Maurice Doyon, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation à l’Université Laval, à Québec. Une tendance qui selon lui devrait se poursuivre l’année prochaine, « s’il n’y a pas de choc ».

« En agriculture, en règle générale, il y a souvent un bon décalage », explique-t-il. Il peut s’écouler un certain temps entre l’achat des intrants (comme les semences) et la vente des produits récoltés. « Ce décalage peut facilement atteindre un an, voire plus. »

Pour cette raison, il n’est pas anormal que le prix des aliments ne suive pas exactement la même courbe que l’inflation au cours d’une année.

Francopresse

Le Québec en tête

En janvier 2024, seules trois provinces arrivent préparer un pâté chinois pour moins de 22 $ : le Québec, l’Ontario et la Saskatchewan. Pourtant, il y a un an, neuf provinces pouvaient le faire.

Si c’est au Québec que le pâté chinois est le moins cher en janvier 2023 et en janvier 2024, cette province a tout de même vu le prix moyen augmenter de 9,17 %. Selon Statistique Canada, l’inflation a connu au Québec une accélération en décembre dernier en passant à 4 %.

Depuis janvier 2023, seules la Nouvelle-Écosse et l’Alberta ont connu une baisse du prix du pâté chinois, de respectivement 0,58 % et 3,93 %. Partout ailleurs, les chiffres sont tous à la hausse, particulièrement à Terre-Neuve-et-Labrador (+21,13 %).

« L’inflation alimentaire semble avoir affecté davantage des marchés plus éloignés, plus petits », commente David Dagenais.

Au niveau régional, c’est en Atlantique que le cout moyen a plus augmenté (+10,38 %). À l’Ouest cependant, les prix sont restés stables (-0,06 %).

Francopresse

Le maïs plus cher

Pour David Dagenais, journaliste et chroniqueur économique, la plupart des ingrédients d’un pâté chinois restent des aliments de base « abordables ». « La croissance des prix de ces aliments-là a été plus faible que la moyenne », souligne-t-il. Contrairement aux produits transformés, comme le ketchup, qui affiche maintenant une hausse de 10,52 % par rapport à janvier 2023.

« On se retrouve ici un peu au-dessus de 4 % [d’écart de prix] pour des éléments de base. Ce n’est pas mauvais », relativise-t-il, faisant référence au bœuf, aux ognons et aux pommes de terre, seul aliment dont le cout a diminué (-3,49 %).

À l’inverse, c’est le maïs qui a connu la plus grande augmentation de prix (+27,36 %) dans notre panier d’épicerie.

« On a des fois des augmentations très fortes dans certaines cultures quand on a des mauvaises récoltes, analyse David Dagenais. Ce sont aussi des récoltes qui sont faites à très grande échelle et le cout de la machinerie et de l’essence, du diésel, est très important là-dedans. Comme on a eu de très fortes augmentations du cout jusqu’à l’été, c’est rentré dans les intrants pour les cultures. Le maïs est plus dépendant des prix à l’international. »

Selon Statistique Canada, les légumes en conserve et les préparations à base de légumes figurent parmi les produits d’épicerie qui ont affiché les plus importantes hausses de prix en 2023.

Quel panier pour 2024?

« Par rapport à l’inflation générale, on est un peu en train de tourner la page […] On est un peu en train de passer par-dessus le psychodrame qu’on a vécu en 2021-2022 », rassure David Dagenais.

« Oui, on s’attend à ce que l’inflation alimentaire moyenne soit plus élevée que la moyenne de l’inflation en 2024 […], mais les taux d’inflation vont vers la normale. La Banque du Canada évalue autour de 2,5 % l’inflation en 2024. »

Là où il y a des possibilités d’instabilité, selon le chroniqueur économique, c’est au niveau des conflits dans le monde. « En Ukraine, on ne peut jamais écarter un embrasement plus grand ou des difficultés d’exporter les graines à partir d’Ukraine. Ce qui fait mal, c’est les tensions au Proche-Orient, puis le fait que les bateaux ne passent plus par le canal de Suez. »

Pour lui, il y a plus de signes encourageants que décourageants au niveau de l’alimentation. « On s’en va vers une certaine normalisation. Bien sûr, il y a des facteurs de risque. Mais on s’en va vers une stabilisation des prix. »

Nouvelle normalité

Cependant, les prix ne baisseront pas. Une désinflation serait problématique, signale le spécialiste. « Parce que ça crée un effet d’entrainement où il y a beaucoup moins de consommation. »

« Au niveau psychologique, ça reste difficile pour les gens, parce que les prix ont beaucoup augmenté. […] Mais une fois qu’on a dit ça, une fois qu’on l’a absorbé, ça devient un peu la nouvelle normalité », constate David Dagenais.

À ses yeux, le pire se situe ailleurs. « L’inflation est à peu près sous contrôle depuis l’été. Là où ça dérape, c’est vraiment [dans] le milieu du logement, de façon évidente. Les taux de croissance des prix sont énormes. » Encore plus difficiles à digérer qu’une part de pâté chinois.

Le coût du ketchup au Arctic Ventures à Iqaluit est de 12.99$ pour une bouteille de 1L.

Gabrielle Poulin

Le coût du ketchup au NorthMart à Iqaluit est de 13.29$ pour une bouteille de 1L.

Gabrielle Poulin

Le coût du maïs en conserve au Arctic Ventures à Iqaluit est de 5.49$.

Gabrielle Poulin

Le coût du maïs en conserve au NorthMart à Iqaluit est de 4.69$.

Gabrielle Poulin

Le coût d’un sac d’oignons de 2lb au Arctic Ventures à Iqaluit est de 3.49$.

Gabrielle Poulin

Le coût d’un sac d’oignons de 2lb au NorthMart à Iqaluit est de 2.99$.

Gabrielle Poulin

Le coût d’un sac de patates de 5lb  au Arctic Ventures à Iqaluit est de 6.99$.

Gabrielle Poulin

Le coût d’un sac de patates de 5lb  au Arctic Ventures à Iqaluit est de 7.29$.

Gabrielle Poulin

Le coût du boeuf hâché au Arctic Ventures à Iqaluit est de 8,99$ pour 454g.

Gabrielle Poulin

Le coût du boeuf hâché au NorthMart à Iqaluit est de 12.98$.

Gabrielle Poulin