le Mercredi 29 mai 2024
le Mercredi 31 janvier 2024 13:28 | mis à jour le 8 mars 2024 14:58 Actualités

Surveillance des eaux d’égout : vers une détection précoce de la tuberculose

  Courtoisie Taima TB
Courtoisie Taima TB
Une étude quinquennale a récemment été lancée à Iqaluit par l’organisation Taima TB afin d’explorer la surveillance des eaux d’égout comme outil de détection et de prévention de la propagation de la tuberculose au Nunavut. Ce projet pourrait ultimement venir freiner cette maladie qui a une incidence au-delà de 400 fois plus élevée dans l’Inuit Nunangat que chez les personnes non autochtones nées au Canada.

Taima TB est un projet collaboratif qui a été établi en 2011 par l’institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, la Nunavut Tunngavik Inc. (NTI) et le ministère de la Santé du gouvernement du Nunavut afin d’effectuer de la recherche visant à améliorer la prévention, la détection et le traitement de la tuberculose au Nunavut.

Lancée le 16 janvier dernier, l’objectif de la nouvelle étude de Taima TB est de développer et d’optimiser la surveillance de la tuberculose à partir des eaux d’égout de la ville d’Iqaluit.

Cela servira à voir si une détection précoce des bactéries de la tuberculose peut permettre des interventions de santé publique plus précoces pour traiter la maladie et en réduire la transmission.

Du 16 au 18 janvier, l’équipe de recherche de Taima TB était présente à Iqaluit pour y organiser des évènements publics.

De gauche à droite : Dr Robert Delatolla, chercheur pour Taima TB et professeur à l’Université d’Ottawa ; John Main, ministre de la Santé du Nunavut ; Naomi Tatty, spécialiste de l’engagement communautaire pour Taima TB ; Dr Gonzalo Alvarez, chercheur pour Taima TB et spécialiste de la tuberculose à l’Hôpital d’Ottawa ; Dr Sean Wachtel, administrateur en chef de la santé publique du Nunavut ; Laurel McCorriston, directrice de la société Uquutaq ; Aluki Kotierk, présidente de la Nunavut Tunngavik Incorporated et Solomon Awa, maire d’Iqaluit.

Courtoisie Taima TB

Agir plus rapidement

Actuellement, les méthodes de diagnostic de la tuberculose au Nunavut reposent sur les tests cutanés, les tests d’expectoration et les radiographies pulmonaires.

À cela s’ajoutent la recherche de contacts et la mise sur pied d’opérations de dépistage.

Bien que ces méthodes fonctionnent, la nouvelle étude vise à établir un niveau de détection précoce de la maladie.

Il est d’abord essentiel de développer l’infrastructure nécessaire pour mesurer la tuberculose dans les eaux usées.

« Il faut aussi déterminer le niveau de base de la tuberculose pour ensuite pouvoir déceler tout changement. Les instruments utilisés pour mesurer la tuberculose dans les eaux usées se basent sur l’amplification de matériel génétique, semblable aux tests cliniques. L’objectif des mesures est d’identifier la présence, mais aussi la concentration du matériel génétique associé à la tuberculose dans les eaux usées », explique le Dr Robert Delatolla de l’Université d’Ottawa.

Alors qu’aucune norme n’est actuellement établie dans la littérature concernant les niveaux de tuberculose dans les eaux usées, l’équipe souhaite procéder à l’exercice pour la communauté d’Iqaluit.

En surveillant de manière fiable les niveaux de tuberculose dans les eaux d’égout, il sera plus facile de cibler les efforts de dépistage là où ils sont le plus nécessaires.

La même méthode a été utilisée pour identifier le virus de la COVID-19.

Des patients atteints de tuberculose seront invités à participer à l’étude afin d’avoir une meilleure compréhension de la signification des niveaux de tuberculose dans les eaux usées.

« Nous avons développé des structures de gouvernance et une équipe composée de chercheurs, de santé publique du département de santé du Nunavut, et de représentants de la communauté (NTI). Notre plan est de travailler en équipe pour l’analyse des résultats », affirme le Dr Gonzalo Alvarez chercheur principal pour Taima TB, conseiller spécialiste de la tuberculose pour le gouvernement du Nunavut et médecin et scientifique à l’Hôpital d’Ottawa.

L’étude est dirigée par des chercheurs de l’Hôpital d’Ottawa, de l’Université d’Ottawa, de l’Université de la Colombie-Britannique, des partenaires de la NTI, avec l’appui du comité directeur de Taima TB.

Elle est financée par une subvention de 3 millions de dollars des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et de 500 000 dollars de NTI.

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Éradiquer la maladie à travers le territoire

Considérant le taux disproportionné de tuberculose chez les Inuit, il est essentiel selon Aluki Kotierk, présidente de la NTI d’utiliser tous les outils possibles pour arrêter la propagation et éliminer la tuberculose au Nunavut.

L’automne dernier, l’organisation, en partenariat avec le ministère de la Santé du Nunavut, a mené avec succès un dépistage de la tuberculose dans la communauté de Pangnirtung.

« Des initiatives comme celle-ci continueront d’être nécessaires, mais si nous pouvons trouver des moyens plus simples et plus efficaces de détecter la tuberculose dans les collectivités du Nunavut, nous pourrons être mieux préparés à de futures éclosions, ce qui nous rapprochera encore plus de l’éradication de la tuberculose chez les populations inuit », affirme-t-elle par voie de communiqué.

L’étude, qui doit d’abord être approuvée par le comité d’éthique de recherche de l’Hôpital d’Ottawa, devrait commencer à Iqaluit au cours de l’année 2024.

Puis, Dr Gonzalo Alvarez rêve qu’un jour, cette recherche soit appliquée à plus grande échelle sur le territoire.

IJL — Réseau.Presse — Le Nunavoix