le Mercredi 29 mai 2024
le Mercredi 17 janvier 2024 13:00 | mis à jour le 28 février 2024 10:23 Société

Resolute Bay cartographiée

Encore en cours de production, la carte de Resolute Bay comporte environ 180 noms traditionnels de lieux importants pour la communauté. — Crédit : Inuit Heritage Trust
Encore en cours de production, la carte de Resolute Bay comporte environ 180 noms traditionnels de lieux importants pour la communauté.
Crédit : Inuit Heritage Trust
S’étant d’abord déplacée une première fois à Resolute Bay en 2007 pour travailler à la cartographie des noms traditionnels de la communauté, une équipe du Inuit Heritage Trust a poursuivi ses efforts en 2023. Jusqu’à présent, l’organisation a consigné plus de 10 000 noms de lieux dans le territoire et réalisé des cartes pour plus d’une dizaine de communautés.

Puisque la carte de Resolute Bay contient moins de noms que d’autres communautés, des photos d’archives y ont été ajoutées.

Crédit : Inuit Heritage Trust

Une petite équipe du Inuit Heritage Trust s’affaire actuellement à compléter la carte de noms traditionnels pour la communauté de Qausuittuq, soit Resolute Bay, qui signifie « où il n’y a pas d’aube ».

Pour parvenir à une telle réalisation, plusieurs visites à Résolute Bay ont été nécessaires afin de récolter le plus d’informations possible des résidents.

De telles cartes s’avèrent importantes pour que les communautés puissent continuer à accéder aux connaissances des aînés.

Avoir une base commune

Lynn Peplinski est liée à l’organisation Inuit Heritage Trust depuis plus de 20 ans et travaille en toponymie depuis une trentaine d’années.

Participant actuellement à la création de la carte de Resolute Bay, elle relate qu’anciennement, les jeunes apprenaient de leurs parents par l’expérience en voyageant avec eux.

Tous les lieux significatifs portaient un nom en inuktitut et la connaissance du territoire était grande.   

« Pour communiquer avec la famille ou des voisins, il fallait se servir des noms des lieux », souligne Lynn Peplinski.

Ces connaissances étaient essentielles pour survivre.

En inuktitut, les noms descriptifs sont utilisés et désignent par exemple une bonne place pour pêcher, des terrains de chasse ou des lieux où la glace est mince.  

« Si tu connais la langue et que tu entends les noms, ça donne une image dans ta tête de ce que tu vas trouver », explique-t-elle.

La carte de Resolute Bay comporte environ 180 noms, ce qui est très peu si on la compare à celle de Naujaat qui en compte 700.

Cela s’explique par le fait que l’histoire de Resolute Bay date de 1953, tandis que Naujaat est habité depuis des centaines d’années.

« Quand ça fait longtemps que les gens sont là, ils connaissent très très bien le territoire; où les animaux sont; tout. Mais à Resolute, c’est beaucoup beaucoup plus récent », résume Lynn Peplinski.

Dans le contexte où plusieurs des aînés de Resolute Bay sont aujourd’hui décédés, le travail de nomenclature est ardu.

Ce ne sont également pas tous les aînés qui possèdent les connaissances nécessaires.

Une nouvelle visite dans la communauté peut donc permettre de venir ajouter des informations d’autres aînés qui n’étaient pas présents lors d’une rencontre précédente.

Une experte en langue participe toujours à ces réunions communautaires. Lynn Peplinski souligne que d’être accompagnée de cette experte est vraiment important puisque l’inuktitut est une langue complexe.

Chaque endroit sur le territoire possède aussi son propre dialecte, ce qui complexifie l’exercice. Les noms traditionnels sont d’abord écrits en syllabique, puis transcrits en mots inuktitut.

Lors de leur récente visite à Résolute Bay, l’équipe du Inuit Heritage Trust a découvert que des membres de la communauté nommaient un endroit « Nanuit Itillinga » parce qu’ils l’avaient traduit littéralement du nom anglais « Polar Bear Pass ».

En se référant à leurs notes prises en 2007, l’organisation a vu que des aînés avaient désigné le même endroit par le nom « Kitturajaaq ».

Cette anecdote est un exemple qui démontre que les membres de la communauté ne connaissent pas toujours les noms traditionnels des lieux.

« L’important, c’est qu’on partage toutes ces connaissances-là au sujet du nom avec tout le monde pour que tout le monde ait une base commune », affirme Lynn Peplinski.

Puisque la carte de Resolute Bay contient moins de noms que d’autres, des photos d’archives trouvées à l’école de l’endroit y ont été ajoutées.

Un travail apprécié

La participation des résidents demeure essentielle pour parvenir à cartographier les noms traditionnels d’un endroit.  

Lorsque l’équipe du Inuit Heritage Trust se déplace dans une communauté, elle place une annonce sur Facebook et informe l’organisation de chasseurs et de trappeurs ainsi que d’autres résidents de leur arrivée.

« C’est bien accepté dans les communautés. Les gens veulent vraiment avoir cette information-là. Les aînés veulent vraiment que ça soit partagé. C’est extrêmement important pour eux que ces connaissances-là ne meurent pas avec eux », déclare Lynn Peplinski.

L’organisation a réalisé ce type de carte pour de nombreuses communautés, dont Coral Harbour, Sanikiluaq, Kinngait, Iqaluit/Kimmirut, Igloolik, Chesterfield Inlet, Rankin Inlet et Arviat.

Un travail est aussi en cours pour Clyde River et Pond Inlet.

Dans sa forme actuelle, la carte de Resolute Bay n’est pas encore prête à la distribution.

Lorsqu’elle le sera, deux cartes seront envoyées gratuitement dans chaque foyer. L’objectif est que les gens aient facilement accès à l’endos et au verso de la carte. Les organisations de chasseurs et de trappeurs reçoivent aussi des exemplaires.

IJL – Réseau.Presse – Le Nunavoix