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le Mercredi 20 décembre 2023 13:00 | mis à jour le 28 février 2024 15:18 Local

La patience des parents d’Iqaluit mise à rude épreuve

  Crédit : Aglaë Thibaudeau
Crédit : Aglaë Thibaudeau
À Iqaluit, les demandes pour une place en garderie sont nettement plus élevées que les places disponibles, causant de longs délais d’attente pour de nombreux parents. Au moment où des centaines de familles souhaitent voir leur enfant bénéficier d’un service de garde, l’annonce de l’ouverture de la garderie Inuusirvik pour 2024 crée un fort engouement.

Les données recueillies auprès de quelques services de garde d’Iqaluit démontrent un besoin criant de créer davantage de places : une quarantaine, plus de cent et environ une centaine sont les réponses reçues au sujet du nombre d’enfants qui figurent sur la liste d’attente dans trois installations de la ville.

Alors que le ministère de l’Éducation du Nunavut avait annoncé que la nouvelle construction du CPE Les Petits Nanooks permettrait d’accueillir 52 enfants, l’organisation est forcée de constater que ce chiffre sera moindre.

Sur une note plus positive, le Centre Inuusirvik se dit conscient du réel besoin de places en garderie et offrira des services dès 2024.

Des installations à leur pleine capacité

Maintenant installée dans ses nouveaux locaux, l’équipe du CPE Les Petits Nanooks est en mesure de dresser un portrait juste de la situation.

« Selon l’emménagement, les dimensions des locaux et les séparations, il ne serait pas possible, selon moi, d’accueillir plus de maximum 34 enfants et plus confortablement 30 enfants, en considérant que nous souhaitons que le milieu soit sain et agréable pour tous, autant pour les enfants que pour les éducateurs.rices qui y travaillent », déclare Aglaë Thibaudeau, directrice générale au CPE Les Petits Nanooks. 

Avec l’aide de parents bénévoles qui ont mis la main à la pâte durant la phase de transition, l’équipe de la garderie francophone n’a jamais cessé d’offrir ses services de garde aux dix enfants fréquentant l’établissement.

Le 1er octobre dernier, six enfants supplémentaires ont été accueillis dans le nouveau bâtiment portant le total à 16.

Puis, en novembre, quatre autres enfants ont été admis; doublant ainsi l’offre de services d’il y a deux mois.

Le manque de matériel pour être fonctionnel empêche présentement l’installation d’être à sa pleine capacité.

Par exemple, la pouponnière qui accueillera des bébés de dix mois et plus n’est pas encore ouverte, car quelques articles indispensables sont toujours manquants.

En ce moment, une dizaine d’enfants de 2 ans et plus sont sur la liste d’attente et une trentaine figurent sur celle des 2 ans et moins.

De ceux-ci, certains poupons ne sont pas encore nés ou ne sont pas encore en âge d’être admis à la garderie.

« Ceux qui ont une place en garderie sont certainement très chanceux. Ce n’est pas le cas de bien des familles, non seulement pour les familles francophones, mais aussi pour toutes les autres familles à Iqaluit », souligne Aglaë Thibaudeau.

La garderie Aakuluk offre de son côté 44 places pour les enfants âgés de 6 mois jusqu’au début de la 1ère année; divisées par catégorie d’âge.

« Lorsqu’une place s’ouvre dans l’un de nos groupes, nous nous tournons vers notre liste d’attente pour une famille avec un enfant dans cette catégorie. Il existe également d’autres facteurs déterminants lorsqu’il s’agit de sélectionner un enfant sur la liste d’attente. Nous devons d’abord tenir compte du ratio d’enfants bénéficiaires et d’enfants non bénéficiaires, car cela a une incidence directe sur notre financement », déclarent conjointement Anne-Marie Tucker, directrice adjointe et Leslie Evaloakjuk, directrice générale de la garderie Aakuluk.

D’autres facteurs comme les familles ayant un statut prioritaire sont aussi pris en considération. Celles-ci comprennent les membres du conseil d’administration et les personnes qui ont déjà des enfants inscrits. 

La situation est similaire pour la garderie Pairivik qui accueille 16 enfants de 2 à 5 ans et 18 jeunes de 5 à 11 ans dans le cadre du programme parascolaire.

Encore une fois, la garderie est au maximum de sa capacité et il faut compter de deux à trois ans pour y obtenir une place.

Selon Nathalie Beaudoin, directrice de l’établissement, il semble y avoir une augmentation des demandes depuis quelques mois.

« La ville grandit; il y a beaucoup de gens de l’extérieur qui viennent travailler ici », remarque-t-elle.

Une centaine d’enfants figurent actuellement sur la liste d’attente.

Le défi du recrutement de personnel

La direction de la garderie Aakuluk révèle qu’il est difficile de maintenir une équipe d’employés complète.  

« Nous offrons un certain nombre de places pour les enfants du personnel afin d’aider à faire venir du personnel qualifié. Sans une équipe complète du personnel, nous ne sommes pas en mesure de remplir toutes nos places d’inscription », soulignent Anne-Marie Tucker et Leslie Evaloakjuk.

L’embauche de personnel dans une garderie francophone en milieu minoritaire comme Les Petits Nanooks demeure aussi un défi constant.

Le fait que les éducatrices doivent parler français fait en sorte que l’embauche à l’extérieur du Nunavut peut être nécessaire.

« La plupart du temps, nos éducatrices viennent simplement pour faire des contrats d’un an et repartent ensuite. Donc, nous devons constamment embaucher du nouveau personnel, les reformer quant au fonctionnement particulier de notre garderie, leur trouver un logement ce qui n’est pas tâche facile avec la pénurie de logements à Iqaluit », explique Aglaë Thibaudeau.  

Cette pénurie de personnel semble toutefois épargner la garderie Pairivik, où tous les postes sont occupés.

Pour Nathalie Beaudoin, la difficulté se situe plutôt au niveau de la formation puisqu’elle est la seule en mesure de former les employés.

Lorsque l’occasion se présente, le personnel assiste aux formations données par le gouvernement du Nunavut et à des formations en ligne.

À travers toutes ces difficultés, des intervenantes questionnées voient toutefois une bonne nouvelle dans la mise en place de l’échelle salariale du gouvernement fédéral au Nunavut, permettant la reconnaissance des diplômes et années d’expérience des éducatrices.