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le Mercredi 6 décembre 2023 10:57 | mis à jour le 8 mars 2024 14:58 Actualités

Les poussières produites par le secteur minier sous la loupe de chercheurs

  Crédit : Shelly Elverum (Ikaarvik)
Crédit : Shelly Elverum (Ikaarvik)
Trois scientifiques de Ressources naturelles Canada étaient en visite à Pond Inlet en novembre dernier pour élaborer conjointement un projet de surveillance de la poussière autour de la mine Mary River. Leur séjour leur a aussi permis d’entendre les préoccupations des Nunavummiut concernant la poussière et de partager avec eux leurs recherches.

Lors de la visite de RNCan à Pond Inlet en novembre 2023, l’Inuit Qaujimajatuqangit a été utilisé dans la sélection des sites d’échantillonnage. Sur la photo : Michael Milton (à gauche), Amy Cleaver (à droite).

Crédit : H. Peter White.

Lancé en 2018, le projet CanmetMINES de Ressources naturelles Canada permet de mener des recherches de pointe dans le domaine de l’exploitation minière.

Alors qu’à sa première année, l’étude était axée sur les sites miniers abandonnés en Nouvelle-Écosse, les recherches se sont étendues pour inclure d’autres sites au Québec et une route praticable en toute saison dans les Territoires du Nord-Ouest.

Parallèlement, le Centre canadien de cartographie et d’observation de la Terre (CCCOT) a mené un projet de recherche distinct sur la cartographie des environnements autour des résidus miniers et des sites miniers.

Ces deux initiatives ont fusionné pour mener à un projet qui vise à cartographier et à caractériser la poussière et l’environnement autour de la région de la mine Mary River.

Image de l’atelier communautaire qui s’est tenu à Pond Inlet en mars 2023.

Crédit : Eric Soloman (Ikaarvik)

Obtenir plus d’informations sur les niveaux de poussière

Compte tenu de l’intérêt actuel pour la poussière de mine dans le nord-ouest de l’île de Baffin, l’équipe de recherche a commencé à s’engager auprès des collectivités, des ministères et de l’industrie en 2020.

Malgré certains retards dans l’organisation des réunions en personne causés par la pandémie de COVID-19, une série de rencontres ont été tenues avec les membres de la communauté pour guider le développement du projet.

« Depuis décembre 2022, nous nous sommes rendus à plusieurs reprises dans les communautés de Pond Inlet et d’Igloolik pour rencontrer des membres de la communauté, leurs organisations respectives de chasseurs et de trappeurs et développer un partenariat de travail avec Ikaarvik », affirme H. Peter White, chercheur scientifique au Centre canadien de télédétection-Centre canadien de cartographie et d’observation de la Terre de Ressources naturelles Canada.

L’équipe composée de Philippa Huntsman, Amy Cleaver et H. Peter White réalisera des recherches qui consistent à évaluer le rendement des techniques au sol telles que les bidons de poussière avec l’intégration de la télédétection et de l’observation de la Terre par satellite.

Les bidons de poussière, qui sont actuellement utilisés par Baffinland, sont considérés comme la norme de l’industrie.

Ils se composent d’un récipient ou d’un seau à toit ouvert placé à deux mètres au-dessus du niveau du sol et recueillent la poussière et les précipitations sur une période de 30 jours.

L’équipe de recherche n’a pas l’intention de déployer de nouveaux bidons de poussière, mais plutôt de placer des collecteurs passifs de dépôt à sec (PAS-dd), qui sont un type relativement nouveau d’échantillonneur passif de poussière.

Placés à côté des bidons de poussière existants de Baffinland, les PAS-dd seront utilisés à des fins de comparaison.

D’autres échantillonneurs seront déployés à des endroits déterminés par la communauté.

« Ces techniques nous aideront à mieux comprendre la répartition des poussières dans les environnements régionaux et locaux.  De plus, nous prévoyons de faire progresser les techniques analytiques afin d’améliorer les connaissances sur la caractérisation géochimique et minéralogique des poussières », ajoute H. Peter White.

Les résultats viendront démontrer quels éléments sont présents dans la poussière ainsi que leur mobilité potentielle dans l’environnement.

Cela appuiera toute étude future dans les domaines de la flore, la faune, la qualité de l’eau ou la santé humaine, qui sont des préoccupations communes soulevées par les Inuit.

Suivant les indications des membres de la communauté selon lesquelles la poussière est transportée par le vent, des échantillons de neige seront également prélevés, ce qui donnera des indications sur le transport et la distribution de la poussière.

Bien que la poussière soit un mécanisme de transport notable, la recherche scientifique et la compréhension de ses effets sont limitées, en particulier dans l’Arctique.

« La poussière des sites miniers peut être non diluée en raison de la roche excavée et a donc le potentiel de contenir des métaux qui, lorsqu’ils sont dispersés, peuvent contribuer au transport et à l’accumulation de ces éléments dans l’eau, le sol et le biote », souligne H. Peter White.

Au Nunavut, il n’existe aucun règlement normalisé ni ligne directrice sur les émissions de poussière provenant des activités industrielles, y compris l’exploitation minière.

Image de collecteurs passifs de dépôt à sec (Pas-DD) déployés autour d’un site minier abandonné en Nouvelle-Écosse.

Crédit : Courtoisie

À l’écoute des communautés

Pour l’équipe de recherche de Ressources naturelles Canada, la participation de la communauté est importante à toutes les étapes du projet, y compris l’élaboration et la planification des méthodes, les activités sur le terrain, l’analyse et l’interprétation des données ainsi que la production de rapports.

En mars 2023, un atelier avec la communauté de Pond Inlet a été organisé et a permis d’aider à formuler les questions de recherche à aborder dans le cadre du projet.

Un mois plus tard, l’équipe a réalisé une première visite sur le site de Mary River, ce qui a permis de se familiariser avec l’exploitation minière et le programme de surveillance actuel.

Puis, lors de leur récent séjour en novembre, un kiosque à la Co-op avec des membres d’Ikaarvik Youth, a permis de mobiliser la communauté et de solliciter leurs commentaires sur le plan d’échantillonnage.

« Le but de cette visite était d’orienter l’élaboration de notre programme de surveillance des poussières afin de s’assurer que nos recherches répondent aux questions de la communauté. L’information qui nous a été communiquée nous a aidés à finaliser notre proposition en vue de sa présentation à l’Institut de recherche du Nunavut », indique H. Peter White.

Ressources naturelles Canada travaille actuellement à l’obtention de son permis de recherche au Nunavut et si tout se passe comme prévu, l’équipe débutera ses travaux sur le terrain en avril 2024.

IJL – Réseau.Presse – Le Nunavoix