le Mercredi 29 mai 2024
le Mercredi 8 novembre 2023 16:48 | mis à jour le 8 mars 2024 14:59 Arctique

Des scientifiques canadiens visitent Grise Fiord à bord du Amundsen

  Crédit : Amundsen Science
Crédit : Amundsen Science
Plus d’une centaine de jours par année, le brise-glace NGCC Amundsen navigue dans les eaux de l’Arctique avec à son bord de nombreux scientifiques provenant de partout au pays. Lors de son récent passage au Nunavut, le navire s’est arrêté dans la communauté de Grise Fiord où 37 personnes de la communauté et deux techniciens sont montés à bord.

Le brise-glace NGCC Amundsen navigue dans les eaux de l’Arctique plus d’une centaine de jours par année.

Crédit : Amundsen Science

Appartenant à la Garde côtière canadienne, le navire de recherche NGCC Amundsen, initialement nommé le Sir John Franklin, est en opération depuis 20 ans.

Possédant une technologie moderne, il comprend entre autres 22 laboratoires et espaces de travail internes et externes.

En 2023, neuf programmes de recherche, tous reliés à l’Arctique, se sont vu attribuer du temps de navire.

La mer du Labrador, la baie de Baffin, le détroit de Nares, le détroit de Lancaster, le bassin de Foxe et le détroit d’Hudson faisaient partie de l’itinéraire.

Pour la toute première fois de son histoire, l’Amundsen a atteint le 82e parallèle nord, aux portes de l’océan Arctique.

Ce sont environ 160 scientifiques canadiens qui sont accueillis annuellement sur l’Amundsen.

Crédit : Amundsen Science

Des sujets de recherche variés

Amundsen Science est l’organisation qui gère le mandat scientifique du brise-glace.

« C’est un navire qui nous permet d’aller assez loin au niveau du Nord canadien dans l’Océan Arctique pour pouvoir faire toutes sortes de prélèvement », résume Véronique Rochefort, gestionnaire des communications pour Amundsen Science.

Le navire de recherche est accessible principalement au cours de l’été pour l’organisation. Puis, la Garde côtière l’utilise pour déglacer le fleuve St-Laurent.

Amundsen Science est responsable de planifier la mission scientifique, organiser toutes les opérations et accompagner les scientifiques pour embarquer sur le navire et réaliser leurs études. 

Ce sont environ 160 scientifiques canadiens qui sont accueillis annuellement sur l’Amundsen.

Se déroulant du 8 juillet au 26 octobre 2023, l’expédition de cette année était divisée en quatre Legs d’une durée de 28 jours et a totalisé 111 jours de science en mer.

De 35 à 40 scientifiques étaient présents à chaque Leg. Ce nombre n’inclut pas les 40 membres de l’équipage de la Garde côtière qui gère le bateau.

Bien que l’organisation soit affiliée à l’Université Laval, Amundsen Science se veut très inclusif. « N’importe quel scientifique qui aurait besoin d’embarquer sur le navire pour réaliser ses recherches, simplement qu’à soumettre une demande », indique Véronique Rochefort.

Certaines recherches sont axées sur la dynamique au niveau des fonds marins et son histoire afin de mieux comprendre ce qui s’en vient pour le futur. D’autres s’intéressent au système atmosphère-glace-eau.

La biologie marine en Arctique est un autre sujet de recherche fréquent. « On a toutes sortes de filets sur le bateau pour nous permettre d’aller à la pêche », précise la gestionnaire des communications.

Puis, des scientifiques s’intéressent davantage aux zones côtières et sa présence de coraux, d’éponges et d’étoiles de mer.

Un véhicule sous-marin téléopéré (ROV) permet d’aller filmer les fonds marins sans endommager les espèces.

Bien que les scientifiques travaillent sur des sujets variés, Amundsen Science les invite à collaborer entre eux. « Souvent, quand on collabore puis qu’on met différentes disciplines ensemble, des fois ça peut faire émerger d’autres idées puis amener à faire encore avancer la science », estime Véronique Rochefort.

En 2023, neuf programmes de recherche, tous reliés à l’Arctique, se sont vu attribuer du temps de navire.

Crédit : Amundsen Science

Des conclusions préliminaires

Maxime Geoffroy est chercheur à l’Université Memorial à Terre-Neuve. Il était co-chef scientifique pour le Leg 3 et était présent lors de la visite à Grise Fiord.

Avec sa collègue Audrey Limoges de l’Université du Nouveau-Brunswick, il était responsable de superviser toutes les opérations scientifiques de la mission.

Il explique qu’au Nunavut, les scientifiques souhaitent particulièrement quantifier et monitorer l’écosystème entier; des petits organismes jusqu’aux plus grands, et ce, de manière holistique. 

Une vérification à savoir si les aires marines protégées actuelles sont appliquées aux bons endroits est effectuée.

Concernant le réchauffement climatique, de la cartographie est réalisée avec les grands glaciers arctiques.

Les scientifiques souhaitent également en apprendre davantage sur la diversité et l’abondance des poissons, alors que les communautés dépendent de ces ressources et les exploitent.

La présence de contaminants devant des communautés du Nunavut est aussi analysée.

Du côté du gouvernement et de Pêches et Océans Canada, du monitorage est fait pour faire un suivi annuel et mettre le tout en perspective en lien avec les changements climatiques.

Bien que l’expédition vienne de se terminer, certaines conclusions peuvent déjà être tirées.

« Il y a de plus en plus de variation donc on a des couverts de glace qui sont très variables, qui sont difficiles à prévoir. C’est ce que les communautés au Nunavut voient aussi. Une année, il peut y avoir beaucoup de glace à un endroit, il n’y en aura pas à l’autre. Même, au courant de la saison, ça peut commencer à fondre à des moments qu’on n’était pas habitués », déclare Maxime Geoffroy.

D’une mission à l’autre, les scientifiques dénotent aussi une fonte de plus en plus rapide et marquée des glaciers. 

Lors de son récent passage au Nunavut, le NGCC Amundsen s’est arrêté à Grise Fiord où 37 personnes de la communauté et deux techniciens sont montés à bord.

Crédit : Amundsen Science

Un moment de partage

La communauté de Grise Fiord a entre autres été choisie pour une visite en raison de sa position géographique.

« Ça fait quand même quelque temps qu’on a commencé à travailler avec la communauté. On a développé des liens intéressants puis je pense que c’est apprécié aussi de la communauté. Donc, on a bâti sur cette relation-là aussi pour vraiment organiser la visite et puis continuer la recherche dans le coin », indique Maxime Geoffroy qui navigue sur l’Amundsen depuis 2009.

Amudsen Science valorise beaucoup la collaboration et les échanges avec les communautés autochtones et tente, autant que possible, de faire monter des Nunavummiut à bord du navire.

En plus d’aider à faire des opérations scientifiques, les Inuit peuvent indiquer où aller et quelles sont les régions intéressantes à aller explorer.

« Je vois vraiment ça comme une marque de respect aussi puis de montrer de l’intérêt. Le projet de recherche, on essaie de le développer le plus possible avec les communautés, avec les intérêts aussi des gens au Nunavut, entre autres avec Grise Fiord », ajoute Maxime Geoffroy.

En plus de favoriser la formation auprès des Nunavummiut, cela permet d’obtenir leur perspective quant à leur environnement.