le Mercredi 29 mai 2024
le Mercredi 11 octobre 2023 16:56 | mis à jour le 8 mars 2024 17:00 Francophonie

Loi sur les langues officielles du Nunavut : l’AFN soumet ses recommandations

Goump Djalogue (gauche), président, et François Ouellette, vice-président de l’Association des francophones du Nunavut. — Crédit : Christian Ouaka
Goump Djalogue (gauche), président, et François Ouellette, vice-président de l’Association des francophones du Nunavut.
Crédit : Christian Ouaka
Goump Djalogue, président de l’Association des francophones du Nunavut, était présent le 27 septembre devant l’Assemblée législative du Nunavut pour transmettre les recommandations de l’organisation concernant l’examen prochain de la législation linguistique du Nunavut. Ces recommandations se veulent le fruit d’une consultation profonde avec diverses organisations francophones sur le territoire.

Créée en 2008, la Loi sur les langues officielles (LLO) du Nunavut permet au législateur du Nunavut d’édicter un certain nombre de règles visant à reconnaître l’existence et la place égale des quatre langues du territoire, dont fait partie le français, et de définir le cadre de mise en œuvre et d’application de cette loi au territoire.

C’est la première fois en 15 ans, soit depuis sa création, que le Nunavut révise sa législation sur les langues officielles.

Bien que l’Association des francophones du Nunavut (AFN) se réjouisse de l’existence de cette Loi et de sa révision, elle relève un certain nombre d’irrégularités qui ont été observées au fil des années.

À moyen terme, l’AFN estime que ces irrégularités risquent de fragiliser la place du français au Nunavut comme langue officielle.

Au moment de la comparution, Goump Djalogue était entouré de Christian Ouaka, directeur général de l’AFN, et de François Ouellette, vice-président de l’AFN.

Plusieurs autres intervenants concernés par les questions linguistiques sur le territoire ont aussi partagé leurs opinions au courant de la semaine.

Goump Djalogue, président de l’Association des francophones du Nunavut.

Crédit : Capture d’écran Assemblée législative du Nunavut

Plusieurs recommandations émises

Dans une allocution de près d’une heure, Goump Djalogue a fait valoir devant l’Assemblée législative du Nunavut les différentes recommandations et propositions de l’AFN concernant la révision de la LLO.  

Parmi celles-ci, l’organisation met de l’avant trois éléments essentiels.

Premièrement, elle demande la révision et l’intégration systématiques de clauses linguistiques dans les ententes Canada-Nunavut et les services gouvernementaux du gouvernement du Nunavut.

Goump Djalogue indique que ceci est essentiel pour garantir le respect et la promotion de nos langues officielles.

Ensuite, l’organisation plaide en faveur de l’adoption de règlements découlant de la LLO pour assurer un suivi rigoureux de son application.

Ce point est primordial pour maintenir la cohérence et l’efficacité de la Loi.

Finalement, l’AFN insiste sur la création du cadre législatif permettant la signature d’une entente AFN-Nunavut pour la mise en place d’un guichet unique pour les services en français permettant d’offrir des services et communications francophones au nom du gouvernement du Nunavut.

L’organisation soutient que les services en français font grandement défaut auprès des administrations publiques et ont fait l’objet de demandes des Franco-Nunavummiut depuis plus de vingt ans.

Devant l’Assemblée, Goump Djalogue a reconnu que la langue inuktut a besoin d’un appui particulier pour sa revitalisation et pour s’assurer qu’elle soit mieux utilisée dans toutes les sphères de la vie au Nunavut.

« En suivant cette même logique, nous aimerions également souligner la situation minoritaire de la langue française dans notre territoire. Le français est une langue minoritaire tant au Canada qu’au Nunavut et a pareillement besoin d’un effort de revitalisation et de promotion pour assurer sa survie », a affirmé Goump Djalogue.

Il est suggéré que l’appellation « communauté francophone » soit remplacée par « communauté franco-nunavummiut » faisant référence au fait d’être avant tout des Nunavummiut.

Une autre proposition concerne le fait que l’Assemblée législative soit dotée de services de traduction et d’interprétation simultanée de façon permanente.

Il est aussi recommandé que l’ordre d’affichage des langues soit l’inuktut, le français et l’anglais.

« Cette séquence symbolise l’importance de l’inuktut dans notre culture et dans notre territoire et symbolise l’engagement résolu du gouvernement envers la revitalisation des langues minoritaires », a indiqué Goump Djalogue.

Parmi les nombreuses autres revendications, l’AFN propose que le Nunavut adopte une journée symbolique des Franco-Nunavummiut et reconnaisse le drapeau franco-nunavummiut afin de faire la promotion de la communauté francophone au Nunavut.

« En adoptant cette mesure, le gouvernement du Nunavut exprimerait son soutien indéfectible à la communauté franco-nunavummiut et renforcerait les liens qui nous unissent en tant que Nunavummiut », a déclaré le président.

François Ouellette, vice-président de l’Association des francophones du Nunavut.

Des précisions demandées

À la suite de la présentation, une période de questions s’est ouverte avec quelques clarifications demandées par Adam Arreak Lightstone, député d’Iqaluit-Manirajak.

Le député souhaitait en connaître davantage sur les défis que les francophones rencontrent au Nunavut.

Goump Djalogue a mentionné des difficultés telles que celles dans l’utilisation des services essentiels comme à l’hôpital ou dans un centre de santé.

« Nous savons que, quand on est sous une question de santé par exemple, on a besoin de comprendre l’information qui nous est transmise par notre professionnel dans notre langue et bien comprendre l’information. Et, quand il y a une barrière linguistique et qu’on ne comprend pas bien, ça ajoute un stress supplémentaire à notre problème de santé », a souligné Goump Djaloque.

D’un côté plus positif, il ajoute que davantage de places seront offertes à la garderie francophone, bien que cela ne réponde toujours pas à la demande. 

Une autre des nombreuses questions est venue de Georges Hickes, député d’Iqaluit-Tasiluk qui souhaitait savoir quelles sont les priorités de l’AFN concernant les recommandations proposées.

Conscient que l’organisation suggère de nombreux changements, Goump Djalogue convient que tout ne pourra pas se faire en même temps.

Il considère qu’il serait important de prioriser le règlement entourant les clauses linguistiques, l’accessibilité des communications dans les trois langues officielles ainsi que l’accessibilité à la justice dans les trois langues officielles.

Crédit : Christian Ouaka

Une tribune appréciée

Questionné au lendemain de sa comparution, Goump Djalogue s’est dit satisfait.

« Le comité était à l’écoute. Je pense qu’ils ont quand même compris nos points », résume-t-il.

Il faut à présent que l’organisation attende les propositions de l’Assemblée législative concernant le projet de loi.

Aucun délai n’a été fourni quant au temps nécessaire pour obtenir des rétroactions.

Lors de la période de questions, le président affirme que les échanges ont été courtois et ont permis de fournir plusieurs clarifications.

« On est content quand même que ça se soit, de manière générale, très très bien passé », conclut Goump Djalogue.

IJL – Réseau.Presse – Le Nunavoix