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le Mercredi 19 juillet 2023 14:04 | mis à jour le 25 mars 2024 14:08 Local

Mis en vedette par Patinage Canada : « une occasion rêvée » pour Kaniq Allerton

  Crédit : Lisa Milosavljevic
Crédit : Lisa Milosavljevic
Dans le cadre de la Journée nationale des peuples autochtones, Kaniq Allerton d’Iqaluit a été mis en lumière dans une vidéo produite par Patinage Canada. Disponible sur Facebook et Instagram, l’enregistrement fait partie de la campagne nationale de l’organisation « Patiner pour tous ».

Âgé de 15 ans, Kaniq Allerton a fait ses débuts dans le Programme de Patinage Canada il y a cinq ans, en compagnie de sa sœur Béatrice.  

Cinq mois par année à raison de trois fois par semaine, l’adolescent se rend à l’un des deux arénas d’Iqaluit.

Source de plaisir, le patinage artistique représente aussi pour Kaniq une véritable passion et une source d’inspiration.

En plus d’aimer tout particulièrement faire des sauts tels que le lutz, le loop et le flip, l’adolescent se plait à voir et à entendre la lame de son patin qui touche la glace.

En mars 2023, il s’est mérité deux prix d’or et un prix d’argent pour le Manitoba et le nord-ouest de l’Ontario lors d’épreuves à Winnipeg.

Kaniq Allerton, 15 ans, et son entraineuse Tina Chen à Winnipeg.

Crédit : Kaniq Allerton

La représentativité dans le sport

Le fait de se faire mettre en valeur par Patinage Canada était pour Kaniq « une occasion rêvée ».

Pour sa mère, Laura Thompson, elle qualifie cette mise en valeur de « simplement magique ».

La vidéo produite a été visionnée plus de 4000 fois sur Facebook. Elle présente Kaniq effectuant son programme solo chorégraphié en aout 2022 par l’entraineuse Tina Chen alors qu’il participait aux sessions de Patinage Winnipeg.

D’une durée d’un peu plus d’une minute, la vidéo démontre les prouesses de Kaniq qui enchaine divers jeux de pieds, pirouettes et sauts avec comme trame sonore une chanson en inuktitut de Riit, auteure-compositrice-interprète Inuk, originaire de Pangnirtung.

La journée de tournage a eu lieu sur le sentier de la rivière Nestaweya à Winnipeg avec la vidéaste de Patinage Canada, Carlotta Edwards.

« Elle est une patineuse professionnelle et a patiné à reculons tout en filmant alors que Kaniq patinait vers l’avant. Bien qu’il faisait environ -15 °C ce jour-là en mars, c’était relativement doux par rapport à ce à quoi nous sommes habitués à Iqaluit », relate Derek Allerton, père de Kaniq.

À la suite de la diffusion de ce vidéo, de nombreuses réactions positives tant des Inuit que des Qallunaat ont été partagées.

Le commentaire d’Annie Pisuktie affirmant que c’était la première fois qu’elle voyait un patineur artistique Inuk a particulièrement touché la famille.

« Les propos d’Annie m’ont fait bien réfléchir sur l’importance en matière du respect, de la reconnaissance et de la représentation des athlètes et des personnes autochtones, noires et de couleur », exprime Laura Thompson.

Patinage Winnipeg indique d’ailleurs que Kaniq est possiblement le premier patineur artistique Inuk, ou du moins le premier s’étant identifié comme tel, ayant compétitionné à Winnipeg en 2022-2023.

Kaniq et sa sœur Béatrice font partie du Programme de Patinage Canada depuis 5 ans.

Crédit : Lisa Milosavljevic

Faire ce que l’on aime malgré les obstacles

Le fait que la saison de patinage artistique à Iqaluit ne dure que cinq mois comparativement à huit pour le hockey fait partie des défis rencontrés par les patineurs.

Selon Kaniq, l’état de la glace, surtout à l’aréna Arnaitok laisse aussi à désirer.

Les patineurs artistiques ont subi plusieurs annulations d’entrainements l’hiver dernier.

« Le hockey n’était pas annulé, mais le patinage artistique l’était », affirme Kaniq.

Laura Thompson ajoute que l’aréna Arnaitok est consacré aux programmes de patinage artistique, mais que ce sont les dimensions de la glace de l’aréna Arctic Winter Games qui s’accordent aux standards pour les compétitions en patinage artistique à l’échelle régionale, nationale et internationale.

Elle ajoute que la popularité du hockey à Iqaluit, qui est également croissante chez les filles, ainsi que l’appui continu de leurs bénévoles font en sorte que leurs programmes sont plus nombreux et que le temps de glace est réparti en conséquence.

Les adeptes de hockey, de patinage de vitesse et de patinage artistique, doivent partager le temps de glace disponible dans les deux arénas.

« Il est d’autant plus difficile pour le patinage artistique de faire concurrence avec le hockey dont les programmes sont beaucoup mieux subventionnés par le gouvernement du Nunavut. En partie, il s’agit d’un travail important qui relève du CA des sports respectifs », se désole la mère de l’adolescent.

Vivre sa passion

En novembre 2022, alors que Kaniq était en préparation pour sa toute première compétition dans le Sud, sa mère a pris les choses en main concernant le manque de temps de glace et a loué à ses frais l’aréna AWG pendant les matins de semaine.

Dana McKee, l’entraineuse-chef de Patinage Winnipeg, a de son côté organisé son emploi du temps afin de donner des rétroactions à Kaniq par vidéo lorsqu’il s’entrainait.

« Moi, je tenais son téléphone cellulaire afin de le filmer. C’était quelque chose! », se souvient Laura Thompson.

Le mois prochain, Kaniq quittera le territoire afin de poursuivre sa passion à Winnipeg. Cette idée a demandé un long processus d’adaptation pour la mère de Kaniq.

« Pour moi, c’est un sentiment de perte et de fierté. La passion de Kaniq pour le patinage artistique m’incite à le soutenir davantage dans ses projets », affirme Laura Thompson.

Un appui substantiel demeure nécessaire pour la poursuite des rêves du jeune patineur.

Plus tôt cette année, Laura Thompson a formulé une demande de financement auprès de Makigiaqta Inuit Training Corporation, mais n’a reçu aucune confirmation pour l’instant.

Concernant son futur en tant que patineur, Kaniq ne manque pas de projets. En plus de souhaiter devenir un entraineur qualifié et certifié de Patinage Canada, il désire aussi avoir la chance de concourir et se perfectionner.

« Par-dessus tout, je veux entrainer des enfants inuit et développer le sport au Nunavut », conclut-il.